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LES FEMMES

L'influence des femmes se porte sur tout ce qui tient pour nous à la gloire, de quelque genre qu'elle soit. Quoique nous ne nous en rendions pas compte dans chacun des instants où celte influence se fait sentir, pour peu que nous voulions réfléchir sur ce qui se passe en nous, il nous sera facile de reconnaître que le désir d'obtenir leurs suffrages se mêle toujours à nos désirs de succès. Quelque carrière que nous parcourions, c'est ce désir qui, à notre insu même, nous anime et nous soutient, et notre joie n'est parfaite qu'autant qu'elles applaudissent à nos succès. Soyons tous de bonne foi ; savants , poètes , artistes , moralistes même, aux théâtres, aux lycées, à la tribune, il n'en est pas un de nous qui n'ait

le désir de mériter leur approbation et d'y trouver le premier dédommagement de ses veilles. C'est à nous de mériter la gloire; c'est à elles de nous en inspirer et d'en combler le désir.

Mais ces avantages de grâces , de goût , qu'elles nous apportent en dot, ne sont pas les seuls dont nous devions , pour elles et pour nous, remercier la nature. Elle ne s'est pas uniquement occupée de nos plai sirs, elle leur en a donné qui sont d'un plus grand prix encore et qui doivent assurer notre bonheur. Sous ces cliarmes dont elle les a revêtues, elle a caché des qualités solides, qui souvent nous manquent; elle a en même temps ajouté quelques degrés de plus, en perfection, à quelques-unes de

celles quelles partagent avec nous. Tels sont cette sensibilité aux pins légères peines des autres; celte douce bienfaisance , qui semble être en elles un instinct nécessaire ; cette grâce dans la manière d'obliger, cette attention à cacher le bienfait afin que rien ne puisse en diminuer le plaisir pour celui qui le reçoit; enfin ce sentiment exquis des égards les plus scrupuleux, même dans les plus petites choses. Non, la nature ne nous a trompés en rien de ce que nous pouvions attendre du soin qu'elle a mis à les former. Aux charmes de ces images que nous nous faisons des êtres célestes, elle a uni en elles toutes les douces vertus dont nous pouvons avoir l'idée. Elle leur a prodigué tous les moyens de calmer, d'adoucir le sentiment de nos maux; elle leur a confié, et à elles seules, le soin de nous diriger dans le premier sentier de la vie , de nous en alléger le travail et la fatigue au milieu de notre course, et d'en rendre encore pour nous la sortie moins douloureuse. Les passions sont chez elles plus vives et plus opiniâtres que chez les hommes; par la même raison, elles poussent plus loin le degré des vertus. Toute femme qui se pique de délicatesse et de générosité est capable d'en soutenir le caractère dans des occasions où des hommes estimables échoueraient.

En examinant de près l'espèce humaine, on remarque cependant que la femme n'a pas été la mieux partagée dans la somme des biens et des maux dispensés par le Créateur. L'homme se proclame orgueilleusement le maître de la nature, il impose à tous sa loi, sa volonté, la femme lui est civilement inférieure, elle doit plier, elle doit obéir.

Les jouissances, même les plus pures, elle ne les obtient qu'aux dépeus de ses forces, de sa vanité, quelquefois de sa vie. Si la femme, sortant des habitudes qui lui sont imposées par nos mœurs , cultive les sciences et les lettres; si son génie se montre supérieur à celui de la plupart des hommes parcourant

la même carrière, malheur à elle ! au lieu de rivales, l;i voilà exposée à des ennemies; les femmes la haïssent, l'accusent ; les hommes louent ses talents en déplorant l'u-sage qu'elle en fait ; ils ne sont pas assez généreux pour l'absoudre de sa célébrité. Ainsi donc la nature, la société ont d'avance coudamné la femme à une vie obscure, dont elle ne peut sortir sans danger pour sa réputation. Esclave par la pensée, elle ne l'est pas moins dans ses habitudes, dans ses besoins physiques. Les lieux publics, les spectacles, les promenades lui sont interdits si elle n'est accompagnée d'une personne d'un autre sexe; il n'est pas d'amusements pour une femme sans la présence des objets qui signalent sa dépendance.

La première et la plus importante qualité d'une femme est la douceur. Faite pour obéir à un être aussi imparfait que l'homme, souvent si plein de vices et toujours si plein de défauts, elle doit apprendre de bonne heure à souffrir même l'injustice; ce n'est pas pour lui, c'est pour elle qu'elle doit être douce. L'aigreur et l'opiniâtreté des femmes ne font qu'augmenter leurs maux et les mauvais procédés des maris; ils sentent que ce n'est pas avec ces armes-là qu'elles doivent les vaincre. Le ciel ne les fit point insinuantes et pei'suasives pour devenir acariâtres ; il ne les fit point faibles pour être impérieuses ; il ne leur donna point une voix si douce pour dire des injures; il ne leur fit point des traits si délicats pour les défigurer par la colère. Quand elles se fâchent, elles s'oublient; elles ont souvent raison de se plaindre , mais elles ont toujours tort de gronder. Chacun doit garder le ton de son sexe.

Il faut donc que les jeunes personnes s'habituent de bonne heure à vaincre leur caractère, à dompter ce désir immodéré de commander qui les saisit dès l'âge où , conduites dans le monde par leur mère , elles écoutent les adulations qui leur sont prodiguées.

Fascinées par les dehors séduisants du

monde , elles se croient les reines de la so- i ciété, et comme on les habitue à recevoir des éloges qui ne s'adressent qu'à leur extérieur, le plus souvent, rentrées dans leurs foyers domestiques, elles conservent, pour les personnes qui les enlourent et qui dépendent d'elles, une morgue, un orgueil, une hauteur déplacés chez tous , ridicules surtout chez une jeune fdle.

Qu'elles sachent donc que loin de leurs yeux clairvoyants on se dédommage de leurs caprices, de leur vanité; le petit manège qu'elles emploient souvent pour qu'on les regarde, pour qu'on les admire, est le sujet de singulières conversations. Il n'est pas un détail de leur toilette trop apprêtée , de leur maintien trop étudié, de leur position de tête trop artistique , de leur son de voix plus ou moins prolongé à dessein , de leur démarche travaillée , il n'est pas jusqu'à la moindre phrase de la conversation qui ne soit le sujet d'ime critique presque toujours injuste. On ne saurait trop le répéter, le nature» dans le maintien , dans la démarche et dans les paroles est ce qui plaît le plus dans une jeune fille et même dans une femme en général.

Les Françaises sont aux autres femmes ce que les femmes sont à la société en général. Elles sont vives, enjouées, sémillantes, pétries de grâce et d'esprit, sensibles sans être ni fades ni pédantes, bienveillantes pour tout le monde, vertueuses autant par caractère que par principes, capables des plus grandes et des plus sublimes actions, quoique portées naturellement à une excessive gaité. Chez elles le plaisir s'unit à l'exercice de la vertu, le badinage au sérieux de la vie, le charme de l'esprit à

la raison, le ton, le port gracieux et imposant à ces attraits qui font leur apanage exclusif. Habituées à un ciel modéré comme leui's passions, elles sont plus gaies, plus gracieuses, plus libres d'influences étrangères à elles-mêmes que les femmes d'aucun pays. Les E.spagnoles sont tendres , d'une vivacité commandée par leur sang, et cette influence est tellement extérieure qu'elle semble ne jamais venir des sentiments du cœur. On doit cependant excepter de cette règle générale les Andalouses, qui joignent à la grâce, à l'esprit, a lame d'une Française, à l'imagination élevée et fière des femmes de l'Espagne, celte pudeur rêveuse qui fait passer dans le regard des filles de la Grande-Bretagne tout ce qu'il y a de tendre et de pur dans le cœur des femmes. Les Allemandes sont franches et bonnes, plus instruites, plus pesantes que les Françaises, mais froides et systématiques. Les Italiennes sont vives, souvent plus délicates que les Epagnoles, et obéissent comme malgré elles à la maligne influence du climat. Les Anglaises sont mélancoliques et sentimentales. Leur beauté plaît moins qu'elle n'étonne ; à une certaine distance on est frappé de son éclat ; à mesure qu'on approche on est fâché de ne pas la trouver plus aimable et plus animée $ mais quand, dans l'intérieur de sa famille, l'Anglaise dépouille sa longue réserve, ce n'est plus une femme, c'est une déesse. En résumé, les Espagnoles ont plus de fougue et d'abandon que les Italiennes; celles-ci sont plus sensibles réellement ; les Allemandes plus raisonnables, les Hollandaises plus solides et plus naturelles.

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