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SUITE DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE

HISTOIRE

Nota. Les numéros marquent les siècles; — (?) signifie douteux.

Les mélanges de littérature et d'histoire de à' Jlembert , ceux de Truhlet et de Gaillard, ont donné naissance à une foule d'ouvrages du même genre, mais qui tous, étant de la même couleur, ne sont intéressants que par des anecdotes littéraires ou quelques pièces fugitives qu'on ne trouve que dans ces recueils. On en pourrait dire autant des Ana , qui cependant ont le mérite de présenter en substance tout ce qu'il y a de bon à conserver dans les volumineux ouvrages des auteurs dont ils portent le nom et de ces livres de maximes et de pensées froides copiées de celles de La Rochefoucault,à6n\. les imitateurs se dispensent si commodément aujourd'hui de mettre de la liaison dans leurs idées pour donner l'abrégé de leur esprit. Les éloges que Fontenelle a donnés, les académiciens célèbres et ceux que l'on doit à Mairan et Duclos, forment un recueil où l'instruction la plus variée se trouve ressortir des plus intéressantes analyses. Les œuvres inscrites sous tant de noms que les fastes littéraires ont conservés ne sont qu'une immense addition à ces mélanges et peuvent prouver que le mérite réel n'est pas toujours un attribut de l'abondance.

On voit s'élever au-dessus de cette masse quelques écrivains d'un ordre supérieur, tels que : Moncrif, Cazotfe , Bernardin de St.-Pierre et le comte de Tressan qui, comme eux, amantfavorisé des sciences etdes lettres, fit revivre pour nous, dans un style plein de grâce et d'esprit, les nobles aventures et les brillants exploits de l'ancienne chevalerie. Ce genre de romanesque , écrit par la féconde plume de l'abbé Prévôt, qui l'avait mis à la mode, devint plus intéressant et plus agréable entre les mains de Caylus, de Ma^ rivaux, de Marmontel et de Florian ; mais ce fut du brillant pinceau de M""^ Cottin qu'il reçut le plus profond intérêt, et c'est à la vive imagination de M"^ de Staël et au style élégant et pur de M"^ de Genlis qu'il doit encore aujourd'hui ses charmes et ses succès. Ce n'est pas sous ce rapport seulement que les ouvrages de ces deux femmes célèbres font honneur à la littérature française et quelque opposition que la différence de leurs talents puisse former entre elles, la compensation qu'on pourrait établir n'intéressera guère la postérité quand celleci n'aura plus à s'occuper que des droits qui leur resteront à leur estime. Elle leur associera des productions d'une autre espèce et

non d'un moindre mérite, quand elle confirmera la justice qu'on rend aux oeuvres pot'tiques de M""= Dufresnoy , la Deshoulière de notre siècle, et de M""* de Fannoz, dont les muses peuvent offrir les ouvrages comme des modèles où le naturel le plus aimable unit aux charmes du sentiment toutes les grâces de l'esprit. Déjà vous pouvez apercevoir la suite nombreuse de tous ces favoris de la renommée qui se pressent vers son temple, et dont les noms y sont inscrits d'avance en caractères que le temps n'effacera point ; la divinité qui reçoit leurs hommages prépare la double couronne de la littérature et des sciences aux Chateaubriand, auxBea'Jsset, aux Suard, aux Boufflers, aux Ségur, aux Ginllard, ainsi qu'aux Dacier, aux Gosselin, aux Boissonade, aux Millin, aux Choiseul , aux Visconti, aux Michaud, à ce nombre d'élus, en un mot, qui compose l'Institut de France, où se trouvent réunies les lumières les plus variées, les talents de tout genre et l'érudition la plus profonde, comme dans un fais(?eau qui présente l'esprit de tous les temps et la science de tous les âges. Il me serait aise' de former une liste plus nombreuse encore eu rendant justice au mérite des productions de plusieurs auteurs modernes, si je ne croyais devoir confier à ceux qui travailleront aux fastes littéraires du xix* siècle l'heureux emploi de leur payer le tribut d'éloges que l'on doit à leurs ouvrages. II est juste de laisser se répandre .sur le commencement de ce siècle les premiers ravons d'une gloire nationale, et qui concourt d'une manière si précise avec l'époque séculaire de la restauration de la France et de la félicité que lui promet le rétablissement des Bourbons sur le trône auguste de leurs pères.

La marche progressive des talents et du génie ne pouvait se terminer sous vos yeux d'une manière plus agréable que par le cortège 'les hommes célèbres dont les efforts constants et les études mieux dirigées ont maintenu dans les beaux-arts le degré d'il-

lustration qu'ils étaient menacés de perdre. Les traces du bon goût en peinture commençaient à s'effacer sous les pinceaux maniérés de Boucher et de Kenloo, et peut-être Iccole française eût- elle entièrement dégénéré si le génie sage et les belles compositions de Vien , de Ménageât , de Vincent et de quelques autres ne l'eussent ramenée aux règles nobles et judicieuses de la belle imitation de la nature. Le premier d'entre eux, par sa constance à les suivre et son zèle à les faire observer, mérita de la munificence royale les marques d'estime les plus flatteuses , et comme Rubens vit sa longue carrière se terminer dans les distinctions honorables qu'il ne dut qu'à ses talents, à ses vertus. Ceux qui furent ses élèves et ses amis se félicitent de trouver parmi leurs successeurs les noms déjà célèbres des Girodet, des Guérin , des Fernet, des Gros et des Gérard, etc.

La même restauration se fit remarquer dans la sculpture sous les ciseaux ingénieux et savants de Pigal, de Houdon, de Julien, de Déjoux, de Moitié, de Chaud el de Lemot, et dans l'architecture d'après les plans de Souflot, de Perronet et de Chalgrin.

La musique avait eu Rameau qui fut longtemps rOrphée de la scène lyrique, et qui depuis, sous l'empire capricieux du goût, fut surpassé par les Philidor , les Monsigny, les Gluck, les Gossec , les Aléhal, les Dalayrac et les Grétry. De modernes productions renouvellent sans cesse la jeunesse de cet art le plus fugitif et peut-être le plus aimable de tous et nous jouirons longtemps encore du plaisir qu'il prodigue dans les jeunes compositeurs qui le cultivent et qui ne craignent pas de s'éloigner de la route tracée par de si bons modèles.

Finissons le xviiie siècle. Dans la longue énumération que les siècles précédents nous ont fournie, je vous ai fait remarquer plusieurs fois que , danscette espèce d'optique littéraire, je n'avais pu faire passer sous vos yeux les objets les plus saillants de l'im-

mcDse tableau des connaissances de l'esprit humain.

Celte esquisse au simple trait n'en contient peut-être que la moindre partie, et vous aurez peine à croire que le nombre des auteurs ou des ouvrages que je vous ai cités est peut-être vingt -cinq ou trente mille fois au-de3Sous de celui dont les catalogues de la bibliothèque du roi se composent.

Le Pétrarque moderne qui aurait entrepris de retracer le caractère et la physionomie des plus illustres parmi les grands hommes eût s;ins doute employé les plus brillantes couleurs pour immortaliser dans leurs traits l'expression du génie; il eût signalé son repos et ses conquêtes et rapprochant sous un même point de vue les intervalles et des distances qu'un grand nombre de siècles a séparés, il eût offert à l'attention du spedateur une remarque intéressante pour la littérature française ; c'est que la marche triomphale de l'esprit hu-

main commence par Homère et Confucius , et qu'elle termine par Voltaire et Montesquieu. L'instruction devant avoir pour but principal la connaissance des vérités utiles et l'amour des devoirs que prescrit la vertu , j'ai détourné vos regards autant qu'il a été possible de ces écrivains malheureusement célèbres dont les ouvrages n'ont propagé que des erreurs ou des principes également contraires à la religion , aux mœurs et à la sagesse des institutions sociales. Si j'ai bien exprimé ma pensée, j'ai dû rendre compte de 1.1 dissémination des lumières dans le monde civilisé depuis leur origine jusqu'à nosjours, comme on esquisserait le tableau du système céleste en marquant avec précision la marche régtdière des astres qui le composent et laissant aux savants l'observation deceuxdontles aberrations semblent se soustraire à l'ordre général auquel fut soumis le plan de l'univers par l'éternelle toute-puissance.

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