SAINT-DENIS
Les vieux monuments ont pour mol un charme inexprimable ; des pierres qui me parlent des siècles passés me font oublier le temps qui s'enfuit et m'entraîne dans sa course rapide. C'est surtout dans ces vieilles églises gothiques que j'éprouve ces sensations douces et mélancoliques; ces longues ailes à demi éclairées , ces vitraux qui répandent une lumière mystérieuse, ce silence, cette solitude, tout parle à l'âme de la grandeur de Dieu et la conduit à la méditation ; on se croit, pour ainsi dire, transporté dans ces antiques forêts où s'offiait le grand sacrifice aux premiers temps du christianisme, où la voûte du ciel servait de dôme et les arbres centenaires de colonnes. Ah ! nos pères comprenaient mieux que nous l'architecture sacrée; c'est qu'ils avaient de la foi et que nous n'en avons point.
Ces pensées me furent inspirées par une visite à Saint-Denis. Il y a quelque chose de solennel dans la vue de ce monument d'expiation élevé par un monarque qui espérait effacer par là les souillures d'une vie impure. Dernier terme des grandeurs humaiues , cette royale abbaye fut placée à la porte de Paris pour rappeler aux rois qu'ils n'étaient que poussière et que Dieu seul est grand; et comme si ce n'était pas assez de cette dure leçon, l'homme est venu eur eu donner une encore plus terrible.
La mort avait laissé un peu de poussière , et cette poussière avait été un roi : l'homme, profanant les mystères du tombeau, livra cette poussière au vent; dans sa rage sacrilège il ne respecta ni la majesté du trône ni la majesté du sépulcre; ni la vertu ni la gloire ne purent le fléchir , et de la même main il dispersa les restes du bon Henri et ceux du cruel Louis XI, les restes du chevaleresque et noble François et ceux du faible Charles -le -Simple. Dnguesclin et Turenne , ces héros immortels qui tant de fois sauvèrent la patrie, partagèrent le sort des maîtres qu'ils servirent avec tant de fidélité. Le cœur se serre lorsque, passant dans ces longues galeries où se résume toute l'histoire de France, on vous dit en vous montrant un tombeau vide : " Là fut Henri IV, ici fut Louis XII. Trois caveaux qui se sont ouverts de nos jours pour recevoir des dépouilles royales, pénètrent l'âme de douleur au milieu de ces débris, car ils contiennent les victimes de cet esprit destructeur qui rendit les autres sépulcres vides, Louis XVI, le duc de Berri et le dernier des Condé. Ah ! qui jiourrait sans larmes prononcer ces trois noms ? Ce n'est pas moi, et c'est du fond de l'àrae que ma prière est montée pour eux jusqu'au trône de grâce et de miséricorde.