‹ La Mère-institutriceChapitre 17 sur 224 · II · texte numérisé non relu

II

« Puissant monarque, puissant vainqueur, il repose sur son lit funéraire. Pas un cœur sensible, pas un œil compatissant pour honorer d'une larme ses obsèques*. Le prince Noir a-t-il disparu? Ton fils, il n'est plus! il est couché parmi les morts ^. L'essaim qui t'escortait aux jours de ta prospérité , il est parti pour saluer le soleil levant. L'aurore sourit d'un air favorable; un doux zéphir enfle les voiles, tandis que le brillant navire glisse fièrement sur la plaine azurée. La Jeunesse est sur la proue et le gouvernail J. Ils ne songent pas aux fougueux génies de la tempête qui, dans un. silence farouche, attendent leur proie du soir!

« Emplissez la coupe ëtincelante, préparez le somptueux banquet privé d'une couronne. Il peut encore prendre part au festin; mais déjà, près du fauteuil royal, la Soif cruelle et la Faim dévorante observent avec un affreux sourire leur hôte abusé ^*. Entendez-vous mugir l'airain des combats 5? La lance rencontre la lance, et le coursier heurte le coursier. Le Destin, ouvrant une longue carrière de désastres, arme des escadrons de frères et de concitoyens. O vous, tours de César! éternel opprobre de Londres! souillées dans l'hor-

(l) Mort d'Edouard III, abandonné par ses enfants.

(-2) Le prince Noir, mort quelque temps avant son père.

(S) Allusion à la magnificence du règne de Richard II.

(4) Richard II, mort de faim,

(») Guerres civiles d'York^ et de Lancailre. -

ïeur des nuits de tant de meurtres affreux*, respectez la foi de son épouse '2, le nom de son père^; épargnez la têle sainte de l'innocent usurpateur! Par;out nous entrelaçons la rose blanche et sa rivale, tandis qu'à l'ombre du buisson épineux le sanglier hérissé se roule dans le sang de deux enfants^. C'est maintenant, amis, que, courbes sur ce tissu funeste , il faut y tracer notre vengeance et marquer son arrêt. »

n Ourdissons la trame; le fil est préparé. Edouard, nous dévouons aux coups inexorables du sort la moitié de ton cœur». La toile est achevée; l'œuvre est accomplie. »

« Arrêtez , chers compagnons , arrêtez ! Par pitié j ne m'abjntionnez pas ici pour pleurer seul, sans espoir et sans consolation! Hélas! dans ce lumineux sillon qui brille à l'Occident, ils s'évanouissent, ils disparaissent à mes yeux. Mais quel sublime spectacle couronne le sommet de Snowdon et déploie lentement sa pompe solennelle? Tableaux glorieux, épargnez ma vue débile! Siècles futurs, n'accablez pas mon esprit éperdu ! Nous ne pleurons plus notre Arthur, objet de tant de hirmes. Salut, nobles rois ! fils de la Grande-Bretagne, salul!

Page 1