FRA.NCE. — LITTÉRATURE EUROPÉENNE
Nota. Les numéros marquent les siècles; — (?) signifie douteux.
Portez vos regards sur la foule brillante et nombreuse des hommes célèbres qui ont ouvert ou illustré le siècle de Louis XI f^, et le parallèle que vous en pourrez faire sur-le-champ suffira pour vous convaincre que la France a obtenu une supériorité que lui devait la justice et que la postérité a confirmée.
Ce siècle de Louis XI^^, sous le rapport des sciences et des lettres, ne commence qu'avec le milieu du dix- septième siècle. En remontant de l'époque où nous sommes jusqu'à la mort à' Henri IV., nous trouvons tout le règne de Louis Xlll \à.e. 1610 à 1643), c'est la que vous pouvez placer en regard comme contemporams Descartes avec Bacon , Malherbe avec Sfiakspeare, et vous aurez pour mettre en balance avec trois poètes et deux savants anglais les Scévole de Sainte-Marthe, littérateurs d'une érudition ircmense; Claude Saurnaise et Pierre du Puy, l'un critique excellent et l'autre profondément versé dans le droit et dans l'histoire ; Fetan, le plus habile chronologiste, le plus estimé; de Thou, l'hisiorien le plus ûdèle et le plus éloquent; /«^a/z-
nin, l'un des plus grands hommes d'état que la France ait produits; Voiture, Vaugelas^ Balzac, enfin ce savant ingénieux, ce philosophe émiile et rival de Descartes, Pierre Gassendi, ti cevéridique Charron, dont le livre par sa singularité plutôt que par sa hardiesse rappelle le mérite de Montaigne.
Suivez maintenant le cours des années qui commencent avec le règne de LouisXlV et vovez combien d'hommes illustres et d'écrivains célèbres se pressent pour ajouter, à la gloire militaire de son règne, l'éclat plus doux mais plus durable des sciences, des lettres et des arts. Il faudrait un cadre plus vaste que celui-ci pour nous les présenter tous; mais je vous uommerai du moins ceux que la postérité a distingués et dont le mérite a recueilli les plushonorables suffrages.
Dans le groupe des savants, vous voyez à la tête ce penseur religieux et profond, ce précoce génie qui devina ce que les autres sont obligés d'apprendre. Biaise Pascal, dont la plume savante sut fixer la clarté, la délicatesse et l'énergie de la langue française; Samuel Bochartj prodige
d'érudition qui répandit tant de lumières sur la géographie sacrée depuis Jean Picard grand astronome; Jacques Spon, célèbre investigateur des antiquités de l'histoire; Ducange, dont la profonde science est devenue classique pour la connaissance des langues inusitées; d'Herbelot, le plus savant orientaliste de ce temps; Mabillon, dont les recherches laborieuses ont fourni tant de secours à la diplomatie et à l'histoire; le marquis de L'Hôpital, dont la sagacité sut étendre si loin le domaine des mathématiques ; J. Barbeyrac et Anielot de la Houssaje, l'un et l'autre très versés dans le droit public et riiistoire; Tourncfort, aussi intéressant par ses voyages qu'il est illustre parmi les botanistes; Bernard Lami,hon mathématicien; La Hire, savant géomètre et astronome ; enfin Malebranche , philosophe célèbre, et que j'aurais dû nommer d'abord si Pascal ne se fut emparé de la première place que la renommée donne au génie.
Voyez ensuite cette foule d'auteurs célèbres, d'écrivains distingués, de poètes et de littérateurs de tout genre qui semblent disputer entre eux de talents, de mérite et de gloire; A. Amould^ Nicole et La Bruyère recevront vos premiers hommages, celui ci ne vous offre que ses Caractères-, mais l'ouvrage est d'une perfection inimitable; les deux autres recevront une partie des éloges dus à l'école célèbre de Port-Royal, qui laissa tant de leçons importantes sur l'art de raisonner et d'écrire, tant de précieux modèles à la littérature nationale. Vous voyez naître le bel-esprit et la sentencieuse philosophie, dans les productions ingénieuses de Larnot/ie le Fayej; du duc de la Rochefoucauld et de Saint-Evremond. Le goût de l'érudition, d'heureux efforts pour naturaliser en France les beautés classiques de l'antiquité conduisent la plume des d Ablancourt, des Ménage, des Perrault, des Coù«^, des Dacier et des La Monnaye . De laborieux et élégants écrivains tiennent les crayons de l'histoire; Tillemont trace
avec fermeté le portrait des empereurs; Saint-Real écrit les révolutions de Venise; Fleury élève ce vaste et beau monument de V Histoire de l'Eglise, qiii a la majesté et la simplicité d'un édifice antique et que les efforts du temps ne sauraient détruire ; le sévère et véridique Mëzerai grave sur l'airain les Annales françaises; V Histoire de l'Académie, fondée par Richelieu, est confiée à Pellision; Félibien donne celle des peintres; d'Orléans celle d'Espagne et Rapin Ihoiras celle d'Angleterre.
L'imagination, le goût et les grâces offrent ensuite à vos regards le cortège précurseur de ces talents illustres , qui dans leur ensemble ont porté la littérature française à ce haut degré de perfection que le siècle suivant a pris le parti d'abaisser un peu en désespérant de l'atteindre.
La poésie marche à la tête; les Muses latines s'honorent d'avoir été cultivées par Santeuil, Comndre Rapin et La Rue. Ces poètes, heureux imitateurs des modèles du siècle à! Auguste, semblaient se méfier de la souplesse et de l'abondance d'un idiome déjà perfectionné par des écrivains du premier ordre, et abandonnèrent l'honneur de cet essai aux plumes élégantes et gracieuses des La Suze et des Deshoulières, des Racan et des Benserade, qui trouvèrent de dignes émules de leurs aimables talents dans Scgrais et Boursault, Pavillon et Vergier, mais surtout dans La Fare et Chaulieu, ces deux favoris des Muses si dénués de mélancolie, mais si riches de ce genre d'esprit d'insouciance et de gaité que nos écrivains du jour appelleraient la philosophie du plaisir.
En se rapprochant autant qu'il est possible des charmes de la poésie dans les ouvrages qui peignent avec décence les tendres émotions du cœur, vous voyez des plumes élégantes et pures entre les mains des Im Fayette, des Scudéry et des La Sablière ; celle de M""" d' Aulnay trace des esquisses qui sont encore les originaux de tant de jolis contes, tandis que Mme De
Séngné écrit ces lettres pleines de charme | naître la musique en France, tandis que Le
et qu'un natUî^^ inimitable embellit de ce genre d'intérêt que les grâces meltent à l'abri des injures du temps.
L'éloquence, à son tour, attire vos regards sur des modèles dans tous les genres. Vous reconnaissez comme les représentants de tant d'hommes célèbres qui l'ont illustrée, les Lamoignon et les Bourdaloue, les Talon et les Fléchier, et les Mascarin, et cet Olivier Patru qui joignit à ses talents oratoires le genre de travail qui lui valut le nom de Quinlilien français.
Déjà vous apercevez ce temple de la renommée oii vous allez voir Louis XIV tout ravonnant de la gloire que réfléchissent sur lui les hommes ill .stres dont il honora le mérite. C'est dans le rapprochement de la puissance avec le génie qu'il est en effet majestueux et grand. Franchissez, en suivant ceux que je viens de vous nommer, ce beau péristyle qui se présente à vos yeux ; entrez dans cette superbe rotonde semblable à celle dont Raphaël conçut la noble architecture pour y placer tousles grandshommes del'école àH Athènes; voyez, sur les estrades qui soutiennent le trône du monarque, d'un côté Bossuet et Fénélon, Corneille, Racine, Boileau, Molière, Quinault et La Fontaine ; de l'autre ces hommes illustres et ces héros que le génie conduisit à la gloire, Turenne et Colbert, Louvois et Condé, Villars et Catinat, f' aubanet Vendôme, Diiquesneei Tourvillc, Duguay-Trouin et Jeun-Bart; au milieu d'eux Louis XIV, dont les regards dominent tous ces grands hommes, son sourire encourage les beaux-arts, et ils ne produisent que des chefs-d'œuvre. La peinture nous TiionKï^ Le Poussin, Lebrun, Mignard, Boulogne , Lafosse et Jouvenel; lu sculpture, Girardon , Puget, Coysevox et Coustou ; la gravure , Audran et Sébastien Leclerc ; l'architecture, Perrault, Mansard et Blondel.
Tous les talents sont frèreset tous ces grands artistes sentirent et apprécièrent le mérite des Lulli et des Campra, qui faisaient re-
Nôtre lui donnait le plan du plus beau jardin de l'Europe et peut-être de l'univers.
Si vous cherchez la cause qui rendit si brillante cette époque héroïque et littéraire de la France sous un prince qui la gouverna pendant un demi-siècle, vous la trouverez dans ce peu de mots : '< Louis XIV sut deviner le génie, encourager les talents, honorer tous les arts; il n'accorda sa confiance qu'à la vertu, sa faveur et son estime qu'au vrai mérite, et il trouva le movcn de s'attacher tellement la gloire qu'elle ne l'abandonna ni dans sa vieillesse ni dans ses revers. »
Représentez-vous maintenant plusieurs avenues à la suite de ce Panthéon littéraire et toutes aboutissant à une immense galerie dans laquelle vont, se placer successivement les savants, les hommes célèbres, les écrivains distingués qui ont partngé le brillant héritnge du siècle de Louis XIV e\. qui forment l'histoire littéraire du dix-huitième siècle. Plusieurs de ceux qui survécurent à ce grand prince conservèrent sous la régence les principes sages et la tradition du bon goût, qui bientôt ne se trouva plus - d'accord avec les mœurs et les opinions du temps; ils semblent appartenir également à l'un et à l'autre siècles; tels ionX: Massillon, Louis Racine, J.-B. Rousseau, La Mothe^ Fontenelle, et beaucoup d'autres.
Mais avant d'entrer dans ce musée où nous verrons tous les hommes célèbres qui ont maintenu d'une manière encore assez brillante la supériorité de la littérature française, et qui dans les sciences ont fait faire de nouveaux progrès à l'esprit humain , considérons ceux que l'enthou siasme etpeut-être l'émulation produisirent chez les nations contemporaines dans le dix-huitième siècle qu'il nous reste à parcourir; ceci nous servira d'introduction à la dernière époque de la littérature française.
Quelques rayons de la vive lumière qui brillait alors eu Europe pénétrèrent jusque
dans VJsIe et V Amérique. On vit naître des sociétés savantes à Batavia et à Philadelphie, et les noms de Davila, de Cla\>iger, de Moline et de Franhlin les ont rendues célèbres.
La Russie,}Aà^\s regardée comme barbare, vit s'élever l'académie de Saint-Pétersbourg, dontles Mémoires sont maintenant l'un des plus riches recueils que les savants aiment à consulter; elle a d'ailleurs pour but la perfection de la poésie, de l'éloquence et des arts. Lomonoiof, Platon Soumarocoj et Schovalof ont donné d'heureux essais que la culture et l'étude des bons modèles peuvent perfectionner encore.
Les vovages de PalLas et ses profondes connaissances en histoire naturelle feront un éternel honneur à son pays.
En Suède, les académies d'C^^a^etde Stockholm s'honorent des noms célèbres de Wallerius et de Linné, de celui-ci surtout qui soumit toutes les productions du globe terrestre à sa méthode, comme Neivton avait soumis tous les mouvements célestes à son calcul.
\J Espagne continue de se distinguer par des ouvrages savants en mathémaiiques, eu physique, en histoire naturelle, tels que ceux de Feijoa, de Juan d' Ullva, d' Urtégu; en philosophie et en littérature, par ceux de Luzan, de Montiano, de Perez, Bayer des Maians, des Moédans, et l'histoire de la poésie espagnole est complétée par Joseph Velasquez et Sarmiento.
La première moitié du dix-huitième siècle n'a pas, produit un seul poète espagnol qui mérite d'êlpe cité, mais la seconde voub dédommage en vous montrant TViO/zz^j Yriarte, dont les fables rapj)ellent la grâce e! la naïveté de notre La t'onlaine,t\ Juan Mclcndcz, y aidés ^ le Thcocrite et le Tibulle moderne de l'Espagne; ses églogues et ses poésies |)aslorales sont un moaeic de déli- CiitPbse et de cette vérité de sentiment qui fait le pli icipal ornement, le jnérite de ce
genre.
La ^«//«(iif donuele jour à trois grandis
hommes, auxquels elle doit la plus grande partie de sa célébrité littUo^ire, S'Graves ande Musschenbroeck et Boerhaave.
Les têtes allemandes, que de laborieuses et patientes méditations endurcissent à la science, multiplient les ouvrages qui retendent et l'enrichissenf; Sthal se rend célèbre en médecine et en chimie, Albert Schaltens dans les langues orient.iles, Jean Fabricius et P. Burinan par leurs savantes recherches sur les auteurs grecs et latins, Christ. Jf'olf par ses profondes connaissances en philosophie et en droit public, Laurent Mosheim par l'ingénieuse conception d'un système intellectuel. Winch clmann par un ouvrage cijssique sur les beaux-arts, Euler eniiu par les lumières qu'il répandit sur les hautes sciences et par les hommages que lui rendent tous ceux qui les cultivent. Un autre temps dira tout ce qu'elles doivent et tout ce qu'elles devront encore au savant HumboUlt, dont le zèle infatigable et une prodigieuse sagacité leur donnent l'espoir d'accumuler des conquêtes qui deviendront le patrimoine de la postérité.
La philosophie du célèbre Kant et les commentaires de ses nombreux sectateurs ne laisseront peut-être pas des traces aussi brillantes. L'Allem.igne et tons ses cercles rendrontjustice aux travaux des nombreux écrivains dont le savoir inouï et les facultés font vraiment peur, selon l'expression de Mme de Staël; on reconnaîtra avec plaisir dans Schiller, M aller et le baron Hormayr, des historiens profondément instruits; dans Herder ei W. Schlegel,des critiques et des littérateurs du premier mérite, mais la poéSie s'enorgueillira d'avoir vu ses charmes se rajeunir sous les couleurs touchantes et naïves des HageUurn, des Gronegh, des Kleist et surtout des Haller, dos Qessner, des KlopstocA el deà.Lessing. Le gjnre dramatique etceliu des romans présenleiaieuLencore une liste plus nombreuse dont se rejiipiissenl les faslcs liitei4Ui.es de l'Aiicwagne; mais d'après nue réputaliuu , bioii établie daos le pays sur des produo
tlons très aboadantes et très variées, telles que celles de Gellert, de Goethe, de Claudius et de Richter, je dois vous nommer JVifilandy charge de vous représenter tous les littérateurs de sa patrie, comme Voltaire, auquel on a jugé à propos de le comparer, pourrait vous représenter tous les littérateurs de France.
Portons maintenant nos regards sur l'itali^^ cette terre classique des talents et des arts, où le repos du génie la fait changer de direction en l'appliquant de préférence au genre sérieux, des sciences de l'histoire, delà politique et de la haute littérature; le nombre en est grand, mais l'estime qui dispense d'une renommée bien établie distingue à vos yeux Maraldi, Bianchini, Marsigli^ profondément versés dans les mathématiques et l'astronomie, Qiannone et Muratori, élégants et laborieux historiens, modèles imités par le savant Denina; Apostolo, Zéno, Quirini, Gravina, Zanotti, Al^arotti, qui se disputent entre eux le prix de l'éi;udition la plus variée; P assert et Pa,'ciendi, dont les recherches curieuses s'appliquent à la critique et aux antiquités; FUanghieri, l'un des plus célèbres publicistesdece siècle; Tiraboschi, le plus entendu et le plus exact appréciateur des productions littéraires de l'Italie; Beccaria, dont le traité des délits et des peines a été traduit dans toutes les langues, comme un hommage a la justice et à l'humanité; puis une foule de savants dont les études et les observations ont si rapidement accéléré les progrès des sciences naturelles. A leur tête vous voyez l'illustre Fallisnieri, et sur ses traces Funtana, Scopoli, Folta, Spallanzanni , Malacarne, enfin Galvnni avec Àldini, son neveu, dont les prérieuses découvertes perfectionnées par l'expérience, pourront devenir un jour la source de bienfaits et de soulaijement pour l'humanité souffrante.
Ce zèle pour l'acrrois'^ement des connaissances dans ce genre scientifique ne fait qu'amortir sans l'éteindre le goût national qui se porte toujours vers l'art dra-
matique, la musique et la poésie, depuis l'ode jusqu'au sonnet, qui est l'éternelle production du climat.
La poésie, dans le genre lyrique, vous a montré Chiabrera, celui de tous les Italiens qui sut le mieux rendre les grâces aimables à'Anacréon et suivre le vol hardi de Pindare, Filica/a et Florentin, distingué par un élan de sentiment patriotique et par les vers qu'il composa sur les malheurs de sa patrie; dans le genre épique, Alexandre Tassoni, dont l'imagination riante répandit dans son poème du Seau enlevé , moins de grâce et de giiité peut-être que Carteromaco dans son poème charmant de Richard et Ricciardetto, le dernier des poèmes chevaleresques dans le goût de VArioste, ajoutons Racciolini qui, dans le sien, tourna les Dieux du paganisme eu ridicule et donna naissance à ceux de Lorenzo Lippi ( U. Malmantile racquistato) et de Paolo Minucci (il Torrachiano desolutoj , qui sont du même genre. La scène italienne vous présente Maffei y célèbre par sa Mérope, première tragédie italienne faite sur le modèle des Grecs; Métastasio, comme un modèle qu'aucun autre n'a pu imiter; Goldoni, qui a presque rendu Plaute et Térence à V Italie, et cet Alfieri si abondant, si original, et qui, ne consultant que la nature, s'est rapproché des anciens qu'il n'avait pas lus. Sa haine contre la tyrannie donne une même couleur à toutes ses tragédies et son ardeur patriotique ressemble à la fureur. Il fut à plaindre, il i;e faisait pas cas de Racine.
Voyez ensuite dans des genres différents de poésie, soit comme originaux, soit comme traducteurs, les Frugoni , les Bondi .^ les Parini, et parmi ceux dont les écrits illustreront le dix-huitième siècle, Cesarotli, imitateur à' Homère et très bon traducteur û!Ossian ; Louis Savioli, dont les poésies charmantes rappellent celles d'^/zacreon, et Vm-enzio Monii ; je Liisse /.-B, Casti sous un voile que la décence ne permet pas de lever. Vos regards se porteront avec plus d'intérêt sur les célèbres corapo-
sîteurs qui ont porté la musique à sa perfection, Pergolese^Sacchini, Cimarosa, Piccini, Paesiello et tant d'autres, dont le génie naturalisé en France y produit une exaltation dont l'Italie doit s'enorgueillir.
En Angleterre, vers cette époque, les hautes sciences furent portées à un degré de splendeur qu'elles n'avaient point encore atteint; les Mémoires de l'académie royale de Londres, les célèbres universités A' Oxford, de Cambridge, et des transactions philosophiques, sont des monuments qui l'attestent en consacrant le nom de ceux qui ont si laborieusement enrichi le dépôt des connaissances humaines. Le plus éminent sans doute est Newton, dont le génie aurait suffi pour euorgueillir deux siècles et que le dix-huitième siècle peut bien réclamer en partie, puisqu'il n'est mort qu'en 1727. Les mathématiques, la physique et l'astronomie s'honorent, après lui, d'avoir été cultivés par Halley, Simpson, Haies et Bradley; la philosophie et la métaphysique, ipAT £oUngbro/xe, Chesterfieldet PVollaston; l'histoire par Laurent, Echard, Robertson, Goldsmilh, David Hume et Gibbon; la médecine par Sydenham, IVillis , Buchan, Cullen, et rimmor(el auteur de l'importante découverte de la vaccine; l'histoire naturelle par Jf^oedward et Priestley ; la chimie par Cavendish ; l'astionomie par Herschel ; la littérature par Si\'ift et JVarton; la poésie enfin par Congrève, Jean Gray, Young, Macpherson et Pope, le plus illustre de ceux qui parurent dans ce siècle et dont l'érudition, le talent et le goût donnèrent à sa patrie deux chefs-d'œuvre et
un Homère anglais qui n'a rien perdu de son antique beauté.
Un succès qui tient à la gloire nationale a fait distinguer les Anglais parmi tous les voyageurs , et l'Europe a recueilli une foule de connaissances des travaux continuels, du zèle infatigable et même des dangers de ces hommes que l'estime publique et que l'humanité honorent d'une gratitude éternelle. Aces traits vous reconnaissez les Cook, les Bruce, les Bjron, les IFallis, les Vancouvert^ les Macartney, les Machensie, les Anderson, les Mungo-Park, et tant d'autres dont les recherches, les récits et les aventures disséminent l'instruction avec ce charme de l'intérêt que ne présente aucune autre lecture.
Des goûts moins sérieux pourront donner la préférence à un autre genre, dans lequel le génie anglais a fourni des modèles que la Fiance a peut-être trop cherché à imiter; ce sont les romans, productions de l'esprit frivoles en apparence, mais dont la morale pouvait tirer tant de secours, si le respect qu'on lui doit avait toujours eu la préférence sur l'art de s'emparer de toutes les fiiiblesses du cœur, pour donner aux passions exagérées l'empire du sentiment et de la vertu. Vous excepterez cependant de cette improbation que les Français ont dédaignée les productions estimables de Richardson, de Fielding, de Sterne et de Miss Burney; celles-ci du moins offrant une peinture fidèle du caractère et des mœurs nationales, ont l'avantage de prêter au roman les couleurs de l'histoire et de présenter sous l'appât d'un touchant intérêt d'excellentes maximes et d'importantes leçons.
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