SUR QUELQUE SUJET QUE CE PUISSE ETRE
Chez tous les peuples , la conversation est un besoin né du perfectionnement de l'étal social. La conversation , comme talent, n'existe qu'en France ; dans les autres pays . elle ne sert qu'à la politesse , à la discussion ouà l'amitié. Les Allemands ne causent pas , ils argumentent. La conversation des Italiens est une pantomime mêlée d'exclamations. Chez les Anglais,
ce qu'on nomme conversation est un silence syncopé par des monosyllabes, et interrompu de quart d'heure en quart d'heure par le bruit de l'eau qui s'échappe de l'urne à thé. Chez les Français, la conversation est un art, qui a ses règles, ses préceptes, sa méthode, auquel l'imaginaiion et l'ame sont sans doute nécessaires , mais qui a pourtant aussi , quand
on le veut, des sucicls pour suppléera l'absence de l'une et do l'auirc; c'est une sorte de plaisir national qui l'emporte sur tous les autres , le plus grand attrait et le principal lien de la suciélé. En France, toutes les formes et tous Icsarrangemens tendent en général à favoriser la conversation. On ne cherche pas à s'y éclipser muluellement, à faire avec csteniaiion l'étalage de ses moyens, et le pr^'uiier venu n'a pasla prélenlicn de s'en emparer. Les lalens qui prêtent leurs chaimes à la réunion sociale, sont estimés plus que le rang qui peut lui donner de la dignité, plus que la magnificence qui fenrichlt de ses oruemcns.
A l'exception de quelques complimens, de quelques réparties, on peut rapporter tout ce qui se dit dans la conversation à ces deux chefs , conter et raisonner.
On raisonne sur les affaires, sur les sciences, sur les moyens de venir à bout de quelque chose. On conte des nouvelles; on fait le récit d'une aventure arrivés à soi-même ou à un autre ; on cite un trait d'histoire, etc. Ces deux manièies de converser se mêlent ou se succèdent.
L'amour du paratloxe , le ton sec et décisif , le besoin continuel l'e soi , 1 ironie ou la moquerie continuelle, l'équivoque elle calembourg, sont les fléaux de la conversation ; le ton solennel employé pour prononcer sur des riens, l'égoïsme toujours occupé de ramener à soi la j)ensée générale, la pétulance et le pédanlisme , sont aussi des ennemis de la conversation, mais dont il est plus facile de se délivrer: le ridicule en a bientôt fait justice.
Pour que la conversation soit agréable, il faut parler avec beaucoup de simplicité, ne parler de rien avec chaleur, mais pren-
dre toujours le parti de la justice et de la raison, y rappeler les autres par un air de douceur et do condescendance.
Pour intéresser dans la conversation , il faut parler peu, et paraître hasarder ce que l'on dit; la modestie manque rarement de s'insinuer dans l'esprit de ceux qui écoutent, et prévient en faveur de celui qui parie. Il faut ne se formaliser de 1 icn, et ne pas contredire ce qui vous déplaît ; rarement diie tout ce que l'on sait, et persuader aux autres qu'ils vous l'apprennenf, ou au moins qu'ils le savent comme vous.
Le secret de plaire dans la conversation est de ne pas trop expliquer les choses : les dire à demi, et les laisser un peu deviner , c'est une marque de la bonne opinion qu'on a des autres, et lien ne flatte tant leui- amour pi opre. En général, il ne faut pas se faire une affaire de fournir la conversation, c'est le métier des parasites : les grands parleurs n'imposent qu'aux petits espiits, et on ne leur confie point des affaires de quelque importance.
QUESTIONS
Qu'est-ce que la conversation?
Quelle difiérencey a-t-il entre la conversation des Anglais, des Français et des Allemands?
Quels sont les deux chefs de la conversation?
Quelle différence y a-t-il entre raconteret raisonner ?
Comuient la conversation devient-elle ennuyeuse ou agréable?
Comment l'intéressc-t-Qn? El comment plaîl-on ?