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RÈGNE DU FAUX DMITKT

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OlrépiefF, ponr parvenir au trône, avait un obstacle à vaincre, c'était le fils de Boris-Godounof ; mais les crimes lui coûtaient peu, et dans son impatience de régner , vous allez voira (juoi il se détermina.

Ce fils de Boris se nommait Fédor 5 c'était nu beau jeune homme , âgé de seize ans, plein de vertus, d'esprit, de science, et qui annonçait toutes les qualités nécessaires pour bien gouverner un peuple. Quoiqu'il firt fds d'un homme qui avait usurpé le trône, les Russes reconnaissant ses grandes qualités et désirant avant tout la tranquillité de l'État, ce qui ne peut exister dans un pays oii il n'y a point de chefl, le nommèicnt Tzar : on lui donna t:ois minislrt^s pour l'aider deleurs conseils, et sa mère fut nomn;ée régente.

Fédor n'était que depuis peu de jours

sur le trône, lorsque des gens envoyés par le faux Dniilri arrivèrent à Moskou pour soxdever le peuple en sa faveur ; ils se rendirent sur la place de la ville et là ils firent aux habitans de si beaux discours et tie si belles promesses, que tout \v, monde se mit à crier : Vive le tzar Dniitril Vive le tzarDmitri! Aussilôt ces envoyés, profitant des bonnes dispositions du peuple, l'entraînent au palais, se saisissent du jeune Fédor et l'enferment avec sa mère et sa sœur dans une maison où ils mettent des gardes, puis ils courent avertir Olrépieff de tout ce qui venait de se passer.

Celui-ci ne balança pas sur le parii qu'il avait à prendre; persuadé qu'il ne serait pas tranquille sur le trône tant que le jeune tzar vivrait, il ordonna qu'on le mît à mort ainsi que sa mère, et chargea de-

c»il

ce crime tl "infâiues scélérats qui étranglèrent ces deux malheureux avec une affreuse cruauté.

Aussitôt quOtrépieff fut certain qu'ils avaient cessé de vivre, il partit pour Moskou avec ses deux armées russe et polonaise, et entra dans la ville au milieu des cris de joie du peuple, qui était bien convaincu quil revoyait le véritable Dmitri, échappé au fer des assassins.

Ce qui contribuait à tromper ainsi les Russes, c'est qu'en effet Otrépieff avait quelques traits de ressemblance avec le jeune Dmitri, quoiqu'il fût beaucoup plus laid ; il avait comme lui la taille petite, les épaules larges, les yeux bleus, le nez gros, une verrue sous l'œil droit, uue autre sur le front, et un bras plus court que l'autre; du reste, il était hardi, éloquent, plein d'esprit et de noblesse dans les manières.

Le faux Dmitri était bien parvenu à se faire nommer tzar de Russie, mais une chose l'inquiétait beaucoup; la mère du véritable Dmitri vivait encore enfermée dans un monastère , oit elle pleurait le meurtre de son pauvre enfant, et Otrépieff tremblait qu'elle ne déclarât un jour qu'il n'était pas sou fils. Dans cette incertitude, il lui envoya des députés avec des présens magnifiques et un des plus beaux carosses de la cour pour l'engager à venir partager son trône.

Cette pauvre femme, qui avait joui de tousleshonneursetde tous les plaisirs d'une reine, se trouvait si malheureuse dans ce couvent oîi elle était privée de tout cela, qu'elle ne put résister au désir de régner de nouveau^et consentit à tromper les Russes en feignant de reconnaître Otrépieff pour son véritable fils.

Elle partit donc dans le carosse qu'on lui avait envoyé, et elle rencontra en chemin le faux Dmitri qui e'tait venu au devant'd'elie avec toute sa cour : ils se précipilèient dans les bins l'un de l'autie, avec une si grande tendresse en apparence.

que tou9 ceux qui les virent restèrent persuadés que c'était bien uue mère qui retrouvait son fils.

Vous vous souvenez, mes enfans, que lorsquOtrépieff était simple domestique en Pologne, son maître avait promis de lui donner en mariage la belle Marina, sa fille, s'il parvenait à devenir tzar de Russie. Ce seigneur polonais s'imaginait sûrement que le tzar ne pensait plus à sa fille, lorsque tout à coup, à son grand étonnement, il vit arriver des ambassadeurs qui venaient de la pai't dOtrépieff chercher la jeune Marina, et qui lui offrirent une quantité prodigieuse de pierreries.

Marina , transportée de joie , partit avec son père, et, arrivée à Moskou, elle trouva tout disposé pour célébrer son mariage. Les deux époux se rendirent de suite à la cathédrale, qui était toute tendue en velours cramoisi, et quand la cérémonie fut terminée, ils revinrent au palais au bruit des canons et des cloches.

Otrépieif était au comble du bonheur, et certainement il ne s'attendait pas qu'un règne qui commençait d'une manière si heureuse pût finir si tristement ; mais il n'avait pas reçu l'éducation convenable à un prince qui doit un jour gouverner un grand peuple; il était brutal, ivrogne, orgueilleuy, et laissait entièrementaux ministres qu'il avait choisis le soin du gouvernement : aussi les Russes commencèrent-ils bientôt à se plaindre tout haut de l'ignorance et de l'injustice de ce nouvel usurpateur.

Il y avait alors à Moskou un boyard très ambitieux nommé Chouiiki : ce seigneur entendait tous les jours le peuple murmurer de ce que toutes les places, toutes les dignités, toutes les récompenses étaient accordées aux Polonais, qu'Otiépieff favorisait, parce que celait principalement à eux qu'il devait d'être monté sur le trône; déjà les plus mécontens des l'iusses avaient l'urmé une conjuration pour se défaire de ce (aux Dmitri, et il ne

ieor manquait plus qu'un chef, quand Chouiski, se présentant à eux, leur offrit de diriger le complot.

Le hasard voulut qu'Otrépieff eût connaissance de cette conspiration, et comme il vit que le nombre des conjurés était trop grand pour les punir, sans causer une révolte, il imagina une ruse pour s'en défaire d'un seul coup=

Il fît publier que, le i5 mai suivant, il donnerait une fête militaire , à laquelle devait assister toute la garnison russe de Moskou , et afin que la fêle fût plus brillante, il voulut que l'on élevât une forteresse en bois garnie de véritables canons, que les Russes devaient faire semblant d'attaquer; mais les Polonais avaient ordre de se défendre sérieusement, de tirer le canon avec des boulets , puis de massacrer tous les Russes quand ils les verraient surpris et en désordre.

Heureusement pour les Russes , Chouiski, informé de cet épouvantable projet, prévient les conjurés, qui courent aux églises, sonnent le tocsin et mettent tout le peuple en révolution :

Chouiski paraît alois un poignard dans une main , un crucifix dans l'autre ; il anime tous les révoltés, et les entraîne au palais, afin de s'emparer d'OtrépieiF.

Le faux Dmitri , épouvanté en entendant les cris des Russes, qui, dans leur fureur, massacraient les Polonais, et apprenant qu'on en veut à sa vie, cherche à se sauver du palais; mais comme toutes les portes étaient déjà gardées, il saute par une fenêtre , tombe sur le pavé , se casse une jambe et se fait une grande blessure à la tète : alors on s'empare de lui et on le porte à moitié mort dans une église voisine.

Chouiski, pour détromper entièrement le peuple , envoya bien vite demander à la tzarine mère si Otrépieff était véritablement son fils. La princesse toute troublée avoua que c'était un imposteur; aussitôt les envoyés revinrent en instruire le»

Russes qui , furieux d'avoir été si indignement trompés, achevèrent le malheureux tzar et traînèrent son cadavre par les rues de la ville.

C'est ainsi que périt le fameux OtrépicfF connu sous le nom de faux Dmitri ; de simple domestique, il était devenu empereur, et avait occupé près d'un an le trône de Russie : sa mort fui un châtiment bien juste de son imposture, et vous prouve que Dieu finit toujours par abaisser ceux qui ne se sont élevés que par le mensonge et la méchanceté.

NAGUI ET MARINA.

VASSILI V. — CHOUISKI.

Vous avez sûrement deviné, mes enfans que les projets de Chouiski, en faisant cette dernière révolution, étaient de se faire nommer Izar à la place du malheureux Otrépicfi": il s'occupa donc promptemenl de se faire des partisans et envoya ses plus fidèles serviteurs par la ville pour parler au peuple en sa faveur.

Il y avait déjà plusieuis joara que lea

Russes, asspn)blés pour l'élection d'un tzar, étaient dans l'incertitude sur le choix qu'ils devaient faire, quand un des partisans de Chouiski venant à prononcer son nom au milieu de la foule, et plusieurs personnes autour de lui l'ayant répélé, tout le peuple se mit à crier quil ne voulait pas d'autre tzar que Chouiski, et, sans tarder davantage, il fut conduit à Téglise

cathédrale, où se fit la cérémonie du couronnement.

Les habitans de Moskou venaient à la vérité de nommer un tzar ; mais ceux des provinces étaient très mécontens qu'on ne les eût pas consultés là dessus, et plusieurs bojards, qui croyaient avoir autant de droits au trône que Chouiski, prohtant de ce mécontentement, imaginèrent de répandre le bruit que Dmitri n'était pas mort. Les uns prétendaient qu'on avait massacré un de ses officiers à sa place, que le cadavre avait une grande barbe, tandis que Dmitri n'en avait pas ; d'autres disaient avoir remarqué que le jour où l'on croyait avoir massacré Dmitri, trois chevaux avaient manqué à Técurie du prince, et que c était lui assurément qui les avait pris pour fuiravec deux domestiques fidèles.

A peine ce bruit fut-il parvenu dans les provinces qu'il parut tout à coup plusieurs Dmitri qui voulaient se faire passer pour le dernier tzar, échappé, disaient-ils, aux soldats de Chouiski.

Le plus fameux de ces nouveaux imposteurs fut un jeune homme appelé Nagui, fils d'un simple maître d'école de village : ce jeune homme s'associa un camarade aussi menteur que lui, et tous deux se rendirent dans une ville où. ils n'étaient pas connus.

' Le camarade de Nagui raconta aux habitans de cette ville que le véritable Dmitri, échappé au poignard de Boris et à celui de Chouiski, venaitd'arriver chez eux; mais qu'il voulait y vivre comme un simple particulier, en attendant que la providence lui rendît son trône occupé par l'usurpateur Chouiski. Le peuple fut assez simple pour croire à un conte aussi ridicule; on sonna aussitôt toutes les cloches en signe de réjouissance , et chacun voulut savoir dans quelle maison était loge ce prince, afin de lui aller prêter serment de fidélité.

Cette nouvelle sVtant répandue dans les

environs, plusieurs boyards vinrent se soumettre au nouveau Dmitri , et peu après il appris que les Polonais, qui cherchaient toujours à entretenir des troubles en Russie, lui envoyaient des troupes pour le soutenir : avec ces secours il remporta plusieurs victoires sur ceux des Russes qui refusaient de le reconnaître , et déclara qu'il allait marcher sur la capitale.

Cette résolution mit la ville de Moskou dans la plus grande consternation ; les seigneurs parlaient déjà d'abandonner Chouiski, et ce prince effrayé résolut de renvoyer en Pologne la belle Marina et son père qu'il retenait prisonniers, croyant ôter par là aux Polonais tout prétexte de lui faire la guerre.

Nagui, averti du départ de Marina , songea de suite à profiter de cette heu. reuse circonstance ; il envoya une troupe de ses soldats , afin de s'emparer de la belle veuve et de la lui amener ainsi que son père : son projet était de la forcer à le reconnaître pour le véritable Dmitri , et par conséquent à l'accepter pour époux.

Celte ruse réussit : soit frayeur , soit ambition , Marina, quoiqu'elle s'aperçût bien que ce nouveau Dmitri ne ressemblait en rien à son dernier mari, que d'ailleurs elle savait bien être mort, ne rougit pas de commettre une action honteuse en faisant semblant de retrouver son époux ; elle espérait que Nagui réussirait à se faire nommer tzar et qu'elle se verrait encore sur le trône de Russie ; mais Dieu ne le permit pas , comme je vais vous l'apprendre.

Ce mensonge de Marina contribua beaucoup à persuader aux Russes que Nagui était le véritable Dmitri ; plusieurs autres villes se soumirent à lui : les généraux que Chouiski lui opposa furent presque toujours battus, tandis que les troupes de cetimposteurgrossissaientde jour en jour, si bien que les habitans de Moskou commencèrent à abandonner ouvertement lear

tzar : il se forma mùine une conspiration contre lui. Quelques conjures coururent au palais pour le poignarder ; mais son courage le sauva. Au lieu de fuir, Chouiski se présenta fièrement à ces turieux en leur demandant ce qu'ils voulaient ; celle audace, à laquelle ils ne s'attendaient pas , les effraya tellement, que, sans penser qu'ils étaient plusieurs contre un seul homme, ils prirent la fuite et se rendirent Ters ÎVagui, qui était campe' près de la ville.

Toutefois le courage de Chouiski ne servit qu'à lui sauver la vie ; les habitans de Moskou, lui altiibuant tous les malheurs de la guerre civile, l'enlrainèrent dans un monastère , et le forccjent à embrasser l'état religieux. Peu de temps après, on le fît partir pour la Pologne, oii il mourut de chagrin.

iVagui croyait bien réussir par cette révolution ; mais il n'en fut pas ainsi : personne à Moskou ne voulut le icconnaître pour le vrai Dmitri , de sorte qu'il se vit forcé de s'éloigner pour attendre une occasion favorable, et se retira dans le pays des Cosaques, oùii trouva la mort, comme vous allez voir.

Cet homme avait dans son camp uu prince russe qui avait formé le projet de l'assassiner j en ayant eu avis, il attira ce prince dans un lieu écarté, le tua de sa

main et fit jeter son corps dans une rivière voisine ; mais ce prince russe avait un ami qui jura de le venger , et un jour que ÎSagui venait de sortir pour une partie de chasse, il le suivit, le joignit à un quart de lieue du camp , lui abattit la tète d'un coup de sabre, et se sauva dans la Crimée , presqu'île au midi de la Russie.

Peu de temps après, Marina fut faite prisonnière, envoyée à Moskou et enfermée dans une étroite piison , oii elle ne vécut pas long-temps.

La mort de Nagui ne rendit pas la paix à la Russie; chacun prit les armes et alla se ranger sous un chef de sou choix , de sorte qu'on ne voyait partout que des bandes de gens armés qui ravageaient leur j^ropre pays. Trois années se passèrent ainsi, pendant lesquelles aucun tzar n'occupa le trône, et (|ui furent un temps de désolation pour la Kussie : c'est que pendant les révolutions , mes enfans , les peuples qui n'ont plus de maîtres , et qui veulent se conduire eux-mêmes, deviennent cruels, ambitieux, insensés, et se rendent ainsi bien malheureu.x , jusqu'à ce que, reconnaissant leur erreur , Ils reviennent à la raison et finissent par se choisir un cht f; car les peuples sont comme une grande famille, qui a toujours besoin d'un père pour conserver son bonheur et sa tranquillité.

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