FORMATION DE LA TERRE
Depuis que le naturalistes se sont posé celte question : comment le monde a-t il commencé? une mulliuide de systèmes ont été établis pour expliquer la formation de notre planète, Avouons-le franchement, il est très douteux que l'homme pénètre jamais dans une telle profondeur des temps ; il ne pourra probablement donner, à ce sujet, que des hypothèses plus ou moinsbrillantes, des conjectures plus ou moins bien raisonnées. Néanmoins, comme il est intéressant de connaître où en sont les opinions des géologues relativement aux âges qui ont précédé l'espèce humaine sur ce globe, en voici un tableau abrégé.
Première Epoque. La terre, d'abord incandescente, n'est qu'une agglomération de matières en fusion , dont quelquesunes, telles que l'eau, le soufre, le plomb, le zinc, etc., forment une atmosphère embrasée , exerçant sur la masse centrale une pression considérable. De toutes parts, le globe, roulant dans l'espace, projette une immense quantité de calorique ; il finit par éprouver à sa surface un lefroidissemeut qui permet aux matières de se solidifier et de former peu à peu une croule au globe terreslrej puis les vapeurs minérales, par la même cause, se déposent sur cette croûte , en augmentent l'épaisseur et s'y cristallisent en formant le terlain primitif, dont les granités et les g'iieiss forment les bases, cl dars lequel on
rencontre le cristal de roche, les beaux marbres, la terre à porcelaine, quelques pierres précieuses, quelques filons de cuivre et d'or. Aucun être vivant n'appardit encore. ,,
Deuxième Epoque. Quand la terre se fut assez refroidie , les autres vapeurs se condensèrent; l'eau se répandit sur la surface du globe, y forma des mers et des grands lacs. Alors commencèrent à paraître les premiers être organisés : des animaux marins, des reptiles amphibies, des végétaux gigantesques. La chaleur étant très forte, les plantes croissaient vite et se multipliaient beaucoup; elles s'entassèient au fond des lacs où elles fermèrent ces immenses dépôts de charbon de terre, uniquement composés de Congères d'une grandeur énorme, seule espèce qui alors, pi obablement, s'élevait sur le globe. Les vapeurs, les gaz renfermés dans le sein de la terre, pressés par la croûte qui les environnait et se dilatant par l'effet de la chaleur, acquéraient une force considérable, formaient des ondulations, des seule vemens qui produisaient des montagnes; ils perçaient cette croûte, et lançaient sur la terre une immense quantité de matières qui s'accumulaient en hauteur. L'atmosphère se déchargeant des matières que la chaleur lui faisait tenir en dissolution , s'abaissait et devenait plus transparente; elle laissait parvenir jusqu'à la terre les rayons solaires. Les minéraux et les mé->
taux qui doivent leur formation à celle époque sont en grand nombre ; ce sont : les ardoises, les calcaires, les grès, la picj-re de touche, l'alun, levitriDl, le soufre, le jaspe, nresque tous les filonsdemélaux, les marbres, les albâtres, les pieries à bâtir, les meules de moulin, les mines de
arbon de terre.
Troisième Epoque. Elle est remarquable par l'apparition d'animaux terrestres, de coquillages etde poissons d'eau douce; le monde se peuple d'êtres organisés, mais le règne animal ne présente plus de créations nouvelles; cependant une succession alternative de couches marinesel de couches d'eau douce fait présumer (|ue la mer a envahi plusieurs fois ces terrains ; dans Uis premières couches on trouve en grande abondance des fossiles malins ; dans les secondes, des ossemens de mannnifères, dont les espèces n'existent plus ou dont les analogues se trouvent entre les tropiques; on y retrouve également des oiseaux, des reptiles, des poissons et des coquillages d'eau douce, des empreintes de végétaux et de fleurs. Enfin, pour le règne animal, les terrains de la troisième époque, ou intermédiaires^ renferment des agathes , des turquoises, des bois pétiifiés, des opales, du soufre, des argiles, des pieires, des meulières, du plâue, du grès, elc.
Quatrième Epoque. Elle est signalée par une grande catastrophe, par un déluge universel, car d'immenses dépôts de cailloux roulés se tiouvent dans toutes les parties du monde, gisent loin des montagnes, loin des eaux; ces cailloux n'ont pu être ainsi arrondis que par le frottement des vagues' et semblent attester la présence des eaux sur toute la surface de la terre. Comme on n'a trouvé aucun fossile humain avant cette époque, on peut présumer (jue l'homme n'était point encore créé. Les grandes races d'animanx de la troisième époque disparaissent, ou bien il n'en reste que quelques espères
analogues vers les climats chauds. Enfin, les poissons et les plantes que l'on découvie parmi les fossiles de cette époque sont en grande partie dans la zone'torride, et tout donne à penser qu'il y a eu un changement dans les pôles de la terre , qui devaient être alors dans la direction du nord-est au sud-ouest.
Des déluges partiels suivirent ce déluge universel; l'histoire de tous les peuples en fait mention. Us furent causés par l'engorgement des lacs, ou par des soulèvemens de grandes masses de terres qui ont formé, par l'eiTet des éruptions volcaniques, les grandes chaînes de montagnes.
C'est dans le sol de celte époque que l'on trouve ces blocs erratiques (errans), dont quelques-uns pèsent jusqu'à cent mille livres, les cailloux roulés, les mines d'or, de platine, de fer, les diamans, les saphirs, les rubis tous formés pendant la première époque , mais soulevés par la grande catastrophe qui détruisit les montagnes , où ces substances avaient été déposées j ce sont là les terrains secondaires dans lesquels on trouve aussi les fossiles de grands quadrupèdes mêlés avec des animaux marins et des végétaux pétrifiés.
Depuis, il s'est encore formé d'autres terrains, dit tertiaires, d'alluvion ou de transport; ils proviennent desoulèvemens ou de déluges partiels, et conùennenl des aigiles, des tourbes, du salpêtre et des fossiles d'espèces qui existent encore dans les mêmes endroits.
On a cherché à calculer, d'après le temps nécessaiie à la formation des couches, quel peut être l'âge de la terre, et l'on est porté à croire qu'elle a trois cent mille ans d'existence ; suivant les géologues, des successions de siècles ont marqué chaque époque, et en regardant chacun des jours de la création suivant Moïse comme une époque, on arrive à une concordance approximative aiec la Genèse , d'autant mieux que le mot hébreu qui veut dire
jouf e^prjme également uue espèce de temps indéterminé.
Quoi qu'il en soit, l'homme fut créé et doué de Dieu de facultés physiques et morales; avec des mains habiles et hardies, avec Tintelligence pour les diriger, il devait marcher toujours à la (été de la création; il devait soumettre des animaux dont la douceur et la patience lui promettaient de se faire obéir et aider pour repousser les bêtes nuisibles qu'une expérience prompte lui apprit ne devoir point lui céder ; il put, sur une terre vierge encore, féconde et pleine de ■vigueur, se créer les ressources premières pour la nourriture de chaque jour, par la culture et la chasse.
Les premiers liens furent nécessairement ceux de la famille ; le père fut chef de la société. Puis bientôt la population se multipliant, des hommes se levèrent que des aptitudes intellectuelles dirigèrent vers une autre série de travaux, et les arts furent trouvés ; il y eut échange d'occupations. Mais la population s'étanl accrue, des différens survinrent ; lautorilé Fut dévolue de plein droit aux plus anciens dans chaque fajnille. L'Écriture sainte nous offre de nombreux exemples de l'autorité des pères sur leurs enfans, et l'idée en est exprimée par le nom d'Âl/inielech { i ), un des premier? souverains dont il soit lait mention.
D'autres hommess'élevèrent aussi, forts, indomptables, formés déjà au combats par leurs luttes contre les animaux farouches: ils usèrent de cette force sur ceux qui les entouraient. Devenus grands parmi leurs compatriotes, ils trouvèrent bon de se .fpir^ ^ervir, et dés lors il y eut des conquérans et des sujets, des maîtres et des esclaves. L'histoire nous apprend que la forme oiiginaire du gouvernement était Tponarchique. Les plus anciens peuples .f^ont parle Moïse , les Babyloniens, les
Yi,°(i) Âliinaélech signifie en hébreu mon pire roi.
Assyriens, les Égyptiens, les Élamites, les Chananéens , et toutes les autres nations qui habitaient les bords du Jourdain et la Palestine, étaient soumises à des rois.
L'histoire profane s'accorde en ce point avec les livres saints. Homère exalte toujours les prérogatives de la royauté et les avantages de la subordination. Durant cette longue suite de siècles dont les Chinois se vantent, ils n'ont jamais été gouvernés que par des rois. Il ne paraît pas que les premiers peuples aient eu l'idée d'une autre forme de gouvernement.
Les premiers souverahis ont dû leur élévation aux services qu'ils avaient rendus à la société. Selon Moïse, Nerabrod fut le premier qui commença à être puissant sur la terre, et il mérita la reconnaissance et la soumission de ses égaux en dépeuplant les forêts et les campagnes des animaux malfaisans et ennemis de l'homme ; car Moise ajoute queNembrod était un chasseur très habile et très renommé.
Ces rois héritèrent de l'autorité qu'avaient jusqu'alors exeicée les patriarches. Cependant, il paraît que cette autorité fut d'abord très limitée et que les peuples avaient beaucoup de part au gouvernement. Les fonctions du souverain ne consistaient guère que dans le soin de rendi'e la justice et de marcher à la télé de la nation lorsqu'elle était attaquée.
Mais les peuples devinrent plus nombreux , les villes se mulliplièi-ent , les | royaumes s'agrandirent; et les rois, ne pou- ^ vaut plus suffire à la multiplicité des affaires et (les différends qui étaient soumis à leur décision, durent déléguer une portion de leur pouvoir à* des hommes probes et expérimentés qui rendirent la justice en leur nom. Les prêtres furent d'abord les arbitres que l'on choisit ; les jugemens se rendaient devant le peuple assemblé, en plein air et le plus souvent aux portes des villes.
£a déléguant une partie de son autorité.
lé souverain comprit que l'unité indispensable à toute justice ne pouvait plus régner, s'il n'établissait des rfgles ou coutumes pour guider les juges. Ce sont les premières lois positives qui furent publiées (i), et dès lors chacun ne fui plus juge indépendant dans sa propre cause.
Ces lois roulaient principalement sur les crimes, et on remarque que les plus fréqueus étaient le meurtre, le vol, le
(i) Avant l'invention de l'écrilure, le moyen de publication le plus usité était de composer en vers l'histoire des faiis dont on voulait conserver la mémoire, et de chanter ces vers Apollon, suivant une tradition très ancienne, passait pour un des premiers législateurs. Cette même tradition disait qu'il avait publié ses lois au son de la lyre.
viol, le rapt, les injures, en un mot tout ce qui se commet par la violence. Les preaiières lois politiques, publiées comme base et soutien de la société, eurent trait au mariage et au soutien de la religion.
L'accroissement que prit la population, et la naissance de l'agriculture et de l'industrie qui en fut la conséquence, nécessitèrent bientôt d'autres lois. Ce sont les lois civiles qui réglèrent le partage des propriétés et des successions, les ventes, le commerce, les contrats, enfin tous les intérêts particuliers des diCférens membres de la société.
Ici se borne ce que nous avions à dire sur l'origine de Ihumanité; car nous ne voulons pas anticiper sur les événemens.