PHILOSOPHIE ET RELIGION
Errant dans ce monde, triste, solitaire et sans abii, i homme a besoin d'un autre édifice que Fecole philosophique , pour reposer sa i6te battue par tant d'orages. La philosophie l'engage à être honnctf! , mais on ne peut élre honnête daijs ce monde , sans abnégation de soi , et sans sacrifices de tous l«îs genres. Voici la différence entre la philosophie et l'idée religieuse. La philosophie recommande à l'homme d'être heureux ; la religion va plus loin : elle entreprend do le consoler, s'il ue l'est pas. La philosophie luipcrinet de jouir sans abuser; la religion lui déclare que celle vie est une 7'allée de larmes, qui le mène à sa vérit;d)le patrie. La philosophie espère en l'immorlalilé, en la providence , en uncaulrc vie ; la religion n'espère point: elle lui assure la résuricclion, le jugement, la récompense. La philosophie mène trisliMneiit le deuii des funérailles 5 la religion acocpte la mort comme une délivrance, et biise sur le sépulcre celle faux meurtrièie qui lait tout trembler. La philosophie enseigne que la vie est quehjue chose , que le présent seul nous appartient, que l'heure fugitive qui s'écoule, doit nous instruire à profiler avec modération de celle qui vient, à sacrifier enfin l'avenir au pié-;ent. La religion fait tout le cônliaire : elle nous ciie que cette
vie est périssable, quelle est un chapitre, un passage, un fragment, une épreuve, ! qu'il faut souffrir pour être glorifié ; enfin ! cjue l'avenir «-st seul quelque chose, et que le piésent n'est rien ; elle nousenlève à nos sens, à nos plaisirs, 7i l'univers et à toutes ses pompes ; elle nous sépare de tout ce qui peut attacher et asservir notre activité ; elle immole tout aux principes , et elle nie rintéiêl; elle veut, non point des venus et de Ihonnêtelé, mais du désintéressement, des sacrifices , de Thé roïsme. — V oilà lemiuislère delareligion Qui ne voit à l'instant qu'elle embrasse un autre ordre de choses que la philos(jphie? Qui ne voit quelle a pour but de rendre les hommes, non pas honnêtes , mais t/Ji'Oiu'.s ; non pas estimables, mais lie'rdir/ucs, et cherchant leur récompense, non dans ce monde, mais oubliant ce monde pour regarder vers le ciel. Les devoirs étrangers , les vertus idéales, les convictions transcendantes, forment son domaine. A l'endioit 011 la raison délaisse l'homme , elle s'en empare pour le mener plus loin. C'est une erreur complète de s'imaginer que la religion s'empare de l'hoinme , seulement dans la jeunesse de son intelligence , dans la ilécadencc de ses facultés, dans l'enfance de sa civilisation ; elle lui ofire son flambeau sacré à
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loules ies t^poques de son oxi.stence. et toujours lorsque ses réflexions reculent devant le doute, à ce point où , écrasé par l'incertitude ou le malheur , il voit s'ouvrir devant lui uu sombre avenir, sans lumière et sans consolation. C'est dans cette position que le Christ lui adresse ces magnifiques paroles « Et moi, je vous donne la vie éternelle, et vous ne périrez pas , et personne ne vous ravira de ma main. Je suis la résurrection et la vie ; s'il croit en moi , quoiqu'il soit mort, le fidèle vivra. » Ces lignes imposantes sont le résumé et la substance de tout ce qu'on doit entendre par révélation. C'est une série de convictions et de préceptes d'où
découle un ordre de devoirs que la philosophie ne saurait imposer. Il est d'ailleurs évident que cette révélation, véritable voix du ciel, ne peut être admise que d'après des preuves décisives. Il faut un ordre de convictions supéiieures pour animer les hommes de ces sentimens qui vont chercher ailleurs que dans ce monde leur but et leur récompense. Comment la raison seule pourrait-elle enseigner aux masses populaires que leur devoir est de tout soutïrir pour les principes, et que pour eux Ihomme doit se tenir deboutau milieu des ruines de l'univers. Avouonsle franchement : il n'est qu'une religion pour populariser un tel sublime.