RELATION DU SIEGE DE LÉRIDA
Sire, M. le prince de Condé assiégeait Lérida. La place n'était rien, mais don Cl rfigorio Brice était quelque chose. Celait un de ces Espagnols de vieille roche, vaillant comme le Cid et fier comme tous les Guzman ensemble. Il nous laissa faire les premières approches de sa place sans donner le moindre signe de vie. Le maréchal de Grammonl, dont lamaximeétait qu'un gouverneur qui fait grand tin lamaiTe d'abord, et qui brûle ses faubourgs pour faire une défense, la fait d'ordinaire assez mauvaise, n'augura pas bien pour nous de la politesse de Grégoire Brice ; mais M. le prince, couvert de gloire et fier des campagnes de Rocroi , de Norlingue et de Fribourg , pour insulter la place et le gouverneur, fit monter sur la première tranchée, en plein jour, parsonrégiment, à la tèle duquel marchaient vingt-quatre violons , comme si c'eût été pour une noce.
La nuit venue , nous voilà tous à goguenarder, nos violons à jouer des airs tendres, et grande chère partout. Dieu sait les brocards qu'on jetait au pauvre gouverneur et à sa fraise, que nous promettions de prendre l'un et l'autre dans vingt-quatre heures. Cela se passait à la tranchée, d'où nous entendîmes un cri de mauvaise augure qui partait du rempart, et qui répéta deux ou trois fois : « Alerte , à la muraille î » Ce cri fut suivi
d'une salve de canon et de mousqueterie,et cette salve fut suivie d'une vigoureuse sortie qui, après avoir culbuté la tranchée, nous mena battant jusqu'à notre grand'garde.
Le lendemain, Gre'gorio Brice envoya par un trompette , des présens de glaces et de fruits à M. le prince , priant bien humblement son altesse de l'excuser s'il n'avait point de violons pour répondre à la sérénade qu'il avait eu la bonté de lui donner;maisque, sil avait pour agréable la musique de la nuit précédente, il tâcherait de la faire durer tant qu'il lui ferait l'honneur de rester devant sa place. Le bourreau nous tînt parole , et dès que nous entendions : « Alerte, à la muraille!» nous n'avions qu'à compter sur une sortie qui nétoyait la tranchée, comblait nos travaux et tuait ce que nous avions de meilleuren soldats et en officiers. M. leprince en fut si piqué qu'il s'opiniâtra, malgré les sentimens des officiers généraux, à continuer un siège qui pensa ruiner son armée, et qu'il fut encore obligé de lever assez brusquement.
Comme nos troupes se retiraient, don Grégorio, bien loin de se donner de ces airs que pi'ennenl les gouverneurs en pareille circonstance, ne fit de sortie que pour envoyer faire un compliment plein de respect à M. le prince.
Hamilton.
LITTKRATLKi: ALLEMANDE.
LUEULE.
PERSONNAGES :Le comte Zdenoko de BoKOTix ; Berthe , sa fille ; Gunthea , gouverneur du château ; I'Aïeule.