L. JussiEu
JUSSIEU (LAURENT -PIERRE De), ÉCRIVAIN PHILANTHROPE, NÉ A LYON, LE 7 FÉVRIER I792.
Il a publié : 1° Simon de Nantua ou le Marchand forain, excellent ouvrage populaire qui a remporté le prix fondé en faveur du meilleur livre destiné à servir de lecture au peuple des villes et des campagnes; 2» Antoine et Maurice, qui a obtenu un autre prix proposé pour l'amélioration des prisons (c'est un livre de lecture pour les détenus); Z° Histoire de Pierre Giberne, ancien sergent de grenadiers , ou Quinze Journées aux Invalides , ouvrage publié pour l'instruction et l'amusement des soldats de l'armée française ; 4° ^^■s^ OEwres posthumes de Simon de Nantua; cet ouvrage, dont le but est d'améliorer l'instruction morale du peuple, a obtenu un des prix Monthyon.
Véritable ami de l'enfance, M. de Jussieu a publié un journal, le Bon Gérde, qui, pendant cinq années, a fait les délices de la jeunesse ; c'est le meilleur ouvrage qu'on ait jamais écrit dans ce genre. Les jolies fables qu'il renferme ont été recueillies en un volume qui a d'autant plus de mérite qu'elles sont toutes composées pour l'enfance et la jeunesse Les pensées de M. Abel Dufresne, connues sous le titre de Mots il l'oreille, ont aussi formé un charmant recueil.
On doit encore à M. de Jussieu un Exposé analytique des méthodes de l'abbé Gaultier, dont il s'honore d'avoir été l'élève et l'ami ; des Notices nécrologiques sur l'abbé Gaiillier, de IMonfèi^rc , IMorcau de Saint-3Icjv , etc., et une traduclion des
discours prononcés par Fox au parlement d'Angleterre.
Aujourd'hui secrétaire général de la préfecture du département de la Seine, M. de Jussieu rend encore de grands services à l'instruction élémentaire qui lui a dû, pendant piès de dix ans, la rédaction du Journal de l'Education , recueil qui a puissamment contribué à propager renseignement mutuel en France et à l'étranger.
I. Lors de la Révolution, l'abbé Gaultier passa en Angleterre et y fonda un cours public en faveur des enfants de famille. Pour se rendre utile à pluiieurs émigrés, il les initia dans sa méthode et confia à chacun d'eux la direction d'une classe ou division ; mais, ingrats envers cet homme généreux, ils s'criteiidirent pour l'abandonner tous ensemble (ils étaient douze), afin de former par eux-mêmes un cours à l'instar du sien.
Les nombreux élèves de l'abbé Gaultier se rendent à son cours comme à l'ordinaire j aucun des présidents (professeurs) n'est à son poste. On attend, on s'étonne, on s'inquiète, lorsqu'enfin arrive une lettre qui annonce la démission en masse de ces messieurs. L'abbé Gaultier ne se trouble point; car sa jirésence d'esprit était fort remarquable. Il choisit dans chaqjie salle l'élève le plus habile, l'installe conmie j)résidcnt, et la leçon n'en est que mieux donnée et mieux prise. Quelques jours après
un autre obtient la présidence, et ainsi de suite, à la grande satisfaction des élèves et des parents.
Cet enseignement mutuel improi'isé, le premier qu'on ait établi, excita merveilleusement l'émulation des élèves si heureux d'être délivrés de leurs pédants qui n'eurent en partage que le mépris, les sarcasmes et la honte. On ne tarda pas à parler de cette nouvelle méthode, à la prôner avec enthousiasme et à placer le digne abbé au premier rang des instituteurs de la jeunesse. De retour en France, l'abbe Gaultier perfectionna sa méthode et en fit à Paris la plus heureuse application, qui est continuée avec succès par les élèves qu'il a formés.