DISCOURS
Prononce sur la tombe du vénérable abbé Gaultier^, ami dévoué de l'enfance ,
le ig septembre 1818.
Quel tableau vient s'offrir à mes yeux ? Que veulent ces enfants ? Quel art ingénieux , Sans tumulte, sans bruit, tout à coup les rassemble, Les fait penser, s'instruire, et se mouvoir ensemble ! X. B. Saintine.
Tu meurs ; mais tes bienfaits vivent où tu n'es plus. Deullk.
r; Mon vénérable ami !
Ce n'ost pas un éloge que ton disciple consteriii'; vient prononcer sur ta tombe. Il a accepté la triste mission d'être l'organe d'une douleur commune. II vient, précédant lecorlége de tes élèves, de tes enfants désolés, i)Ieurer sur ce cercueil une perte irréparable. Tu les as vus autour de toi; ils étaient réunis pour recevoir ton dernier soupir. Ils t'accompagnent pour te dire adieu. 11 y a peu de jours, la main pouvait encore presser la leur; ils te contemplaient douloureusement; ils ne te verront plus! Ah! pourquoi les as-tu si promptement quittés? Comment ont-ils mérite de te perdre? Ils l'aimaient avec tant de tendresse, tant de reconnaissance 2 ! Ab! si quelque chose peut en ce jour leur donner la force de la résignation, c'est l'exemple de ta mort.
Disciples d'un juste, réunissez- vous encore une fois autour de sa dépouille J^lortelle; contemplez avec respect ce qui reste ici-bas de l'homme qui était votre protecteur et votre maître. Vous savez tous quelle fut sa vie; vous avez vu quelle a été sa fin. Sublime et touchant modèle de résignation et de douceur! toujours la même égalité, toujours le même calme. Il semblait encore sourire avec bonté, comme ])onr vous dire l'adieu que ses lèvres glacées ne j)Ouvaient plus articuler. Rappelez-vous sans cesse
ce tableau que vous a offert un juste, un bienfaiteur de l'humanité prêt à quitter la terre. Sa mort n'est pas la moins grande leçon qu'il vous ait donnée.
Oh ! jamais il ne sorllra de ma mémoire cet édifiant et triste spectacle! Quel père de famille, à sou heure suprême, fut plus entouré que ce père adoptif de la jeunesse tout entière? 11 avait fait tant de bien!
Pauvres enfants, venez pleurer sur lui. Quel ami vous avez perdu! Mères de famille, pleurez aussi, vous qu'il avait instruites et dont il instruisait les enfants sous vos yeux. Hélas! il se félicitait de voir déjà la troisième génération de ses élèves. Qui pourra nous le rendre ? où retrouver cette tendresse paternelle pour l'enfance, ces soins désintéressés, ce besoin de rendre au jeune âge le bonheur que la nature semble lui avoir destiné ! Tes élèves, ô notre bon ami, feront leurs efforts pour rendre à ta mémoire l'hommage le plus digne d'elle, et pour marcher sur les traces que tu leur as laissées. Mais ])euvent-ils espérer d'adoucir nulle part s des regrets qu'ils sentiront toujours de même? Ah ! tu as disparu trop tôt de ce monde. Après î«ant d'efforts, tant de soins, le succès s'offrait à tes regards et s'apprêtait à couronner tes vœux. Celte grande et belle entreprise, à laquelle ton influence et les lumières ont si puissamment coucouru, celte heureuse réforme de l'ia-
struclion primaire s'accomplit, et lii ri'a§ pas le temps d'en jouir!
Déplorable condition humaine ! Mais du moins, avant d'expirer, tu as entendu le premier cri de la victoire. Ami désintéressé de l'humanité, cette assurance t'a suffi pour
quiltcr le monde sans regrets; nia:s nous, qui pourra nous consoler? Qui nous rendra l'ami, le collaborateur, le guide que nous perdons en toi?