‹ La Mère-institutriceChapitre 69 sur 224 · ELEGIE · texte numérisé non relu

ELEGIE

Il fut uu temps où je désirais vivre,

El je voyais avec effroi La pâle mort m'inviter à la suivre.

Ma mère alors n'avait que moi Pour alléger le poids de sa vieillesse, Pour entourer ses jours de mille soins touchants, Encourager, soutenir sa faiblesse. Et d'elle écarter les méchants.

«Amis, disais-jeavec inquiétude, Pour elle réservez votre sollicitude;

Vous le savez , je ne veux pas guérir. Et peu m'importe de souffrir.

Mais que la mort encor un peu m'attende ; Mourir avec ma mère est ce que je demande ;

li me suffit qu'en toutes ses douleurs

Mon tendre amour la calme ou la soulage.

Dans ce moment donnez-moi du courage ,

Pour qu'elle espère en me voyant sans pleurs. »

Trop tôt le ciel exauça ma prière;

Près de fermer pour toujours sa paupière,

Elle disait, en regardant les cieux :

« Je vais dormir ; demain je serai mieux. »

Par ces mois, moi-même abusée ,

Je sentais un furlif espoir

Remplacer ma crainte apaisée;

Je croyais encor la revoir!...

Eu vainsa main se glaçait dans la mienne, Je réchauffais de ma brûlante haleine; En vain ses yeux étaient clos par la mort, Je médisais: « Doucement elle dort; Sans bruit veillons, car sa force perdue Par ce repos lui peut être rendue. »

J'aurais voulu prolonger son sommeil , Et, sans pleurer, j'attendais son réveil...

Non ! dans son cœur et si bon, et si tendre. Dieu n'avait pas éteint tout sentiment ; Elle pouvait ou me voir, ou m'eni.endre, Vivait encore... mais pour moi seulement.

L'amitié i)ariois est cruelle;

Un jour on m'eulralna loia d'elle;

Malgré les pleurs que je versais On m'en sépara pour jamais.

Aussi des malheureux quand la dernière amie Voulut briser le réseau de ma vie, Je ne me sentis plus souffrir; Ma douleur devint moins amère; Il m'était si doux de mourir!

Au ciel j'aurais rejoint ma mère.

Pourtant tous mes amis, par des soins délicats, Voulaient me consoler et ne le pouvaient pas ; Ils fatiguaient vainement ma tristesse De leur inutile tendresse; J'avais même oublié qu'avant je les aimais; Mais une mère, hélas ! l'oublia-t-on jamais? Non, c'est un souvenir qu'avec sa main de glace Le temps même jamais n'efface.

Ah ! que n'ont-ils été vains les secours Qu'à nos nouveaux dieux d'Épidaure

On demandait pour prolonger mes jours!

Souvent l'homme heureux les implore

Sans en pouvoir obtenir la santé.

Moi qui suis loin de l'avoir souhaité.

Me faudra-t-il, au banquet de la vie.

Reprendre encor la coupe des douleurs?

N'en ai-je pas assez goûté la lie ?

N'esl-ilpas temps qu'on me couvre de fleurs?

Que la violette et la rose Cachent bien sous leur frais manteau La place où sera mon tombeau, Et que de vivre enfin je me repose.

On oubliera ma vie et mes douleurs j Mais, attiré par les douces odeurs, Lf jeune enfant rempli d'insouciance Viendra souvent, grâce à son ignorance.

Sur mon toit vert se livrer à ses jeux. Hélas 1 peut-être un jour, comme moi malheureux, Il reviendra sur cette même terre Pour dire d'éternels adieux A sa mère.

AsrASIE 6. CsAtLAlf.

NOUVELLE AMÉRICAINE

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