‹ La Mère-institutriceChapitre 99 sur 224 · CONSEILS A M. DURAND · texte numérisé non relu

CONSEILS A M. DURAND

Si j'osais quelque jour te dire, à toi poète : « Les hôtes des forêts , la colombe inquiète, • Le rossignol craintif, le timide bouvreuil «Abandonnent leurs nids; la nature est en deuil; « La place où tu venais rêver sous la feuillée, « Pour tromper les ennuis d'une longue veillée, « Le roclier, la cascade, et les prés, et les bois <• Sont déserts maintenant; l'écho reste sans voix , « Le souffle du zéphyr n'agite plus le chêne, « Et le voyageur seul lentement se promène - Dans les vastes sentiers, où parmi les roseaux « Serpentent tristement de limpides ruisseaux. » Tu me demanderais par quel pouvoir étrange Tout dans ce beau séjour s'anéantit et change, Pourquoi les chantres nés de ton Fontainebleau Quittent de leur pays le magique tableau El s'en vont, au hasard, chercher une patrie Par-delà les forêts, ton lac et ta prairie ?

Et tu voudrais, dit-on, génie ambitieux.

Fuir ton humble retraite et l'échapper comme eux.^

Crois-tu donc retrouver au milieu de nos villes

L'air pur du sol natal, et ces grottes tranquilles,

Et ce parc entouré de verdoyants genêts,

Et ces épais taillis , et ces vallons secrets

Où, disciple ignoré de la philosophie.

Ta pensée, en courant, croît et se fortifie;

Où chaque arbre qui meurt le laisse un souvenir.

El dans ses rejetons te parle d'avenir.

Oh! si pendant vingt ans tu vécus solitaire Du produit d'un travail utile et salutaire; Si tu goûtas vingt ans la douce paix du cœur, Monlre-loi vraiment sage et garde Ion bonheur. Que t'importe l'euceus des louanges publiques,

Chante à l'ombrage frais de les sapins antiques; Du sommet de tes monts plane sur l'univers, Mais ne viens pas ici prostituer tes vers ; Qu'ils descendent sur nous, purs comme la rosée Dont la fleur, au matin, se réveille arrosée; Qu'ilssoienlcommeunl)ienfait([uenous verse leciel. Crois-moi, l'abeille ici trouverait peu de miel. Libre dans ses déserts, que ta muse rustique ^e vienne pas ramper sous un étroit portique; Yis obscur et content : que ton Fontainebleau Te serve tour à tour d'asile et de tombeau ; Reste, car il est noble, après une victoire. Dépérir sur le ciiamp témoin de notre gloire. Reste, reste. — Vit-on jamais soldats vainqueurs Déserter leur bannière et changer leurs couleurs.' Reste à Fontainebleau , c'est là que ton génie Doit se nourrir d'extase et vivre d'harmonie; Ainsi que ses grands pins tu naquis dans ses bois, Ton sort est d'y vieillir ; et, si le roi des rois. Le souffle créateur de toutes ces merveilles T'inspire encore des vers qui charment nos oreilles. Retrace, aux doux accords d'un luth aérien. Ces agrestes beautés que tu chantes si bien ; Des temps qui ne sont plus raconte-nous l'histoire ; Peins-nous le bon Henri d'éternelle mémoire , Dis nous... Mais, dans ces lieux tout remplis de Ion

nom La nature est à toi ; tu n'as point d'horizon... Embrasse d'un regard et le monde et l'espace ; Puis, comme l'aigle au nid vient reprendre sa

place.

Rentre dans la forêt , et sous tes vieux ormeaux Viens soupirer eucor des chefs-d'œuvre nouveaux. M"® F. Pavy.

Page 1