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A NOTRE-DAME-DE-LORETTE

Et moi aussi je voulais visiter l'église nouvelle, je voulus trouver dans cette œuvre du dix-neuvième siècle un souvenir de ce Dieu dont la pensée remplit si inlimemeut tous les cœurs; mais où le chercher vainement à Notre-Dame-de-Lorette.

L'or, l'argent , la peinture, la sculpture, tout y a été prodigué , une seule chose y a été oubliée : la foi, et sans la foi il ne peut pas y avoir d'église. Ah ! nos pères comprenaient mieux que nous les besoins du cœur , ils ont élevé au Dieu éternel des maisons de prières où l'âme accablée de douleur peut se soulager; elle y trouve une chapelle solitaire, un demi-jour favorable à la méditation, le silence, le recueillement; elle s'épanche devant le Seigneur, elle prie et elle pleure; mais le moyen de prier, de pleurer, de méditer dans cet édifice doré que l'on appelle Notre-Dame-de- Lorette ; où il ne se trouve pas un coin obscur pour échapper à la foule et s'entretenir avec Dieu. Ici la voûte hante est remplacée par un plafond droit qui refoule la prière dans le cœur, empêche l'hymne sacré et le parfum de l'encens de s'élever jusqu'au ciel. A Notre-Dame-de-Lorette il faut toute la foi du catholique pour ployer le genou ; il faut toute la force de la volonté pour prier ; dans nos vieilles églises la prière est un besoin auquel on ne peut résister, l'impie lui-même se découvre la tête et sent dans son cœur une agitation, une émotion qui lui dit qu'il se trouve dans la maison du Seigneur.

Notre-Dame-de-Lorette est un chefd'œuvre d'architecture; c'est un monu-

ment dont s'enorgueillissent les arts; je le veux bien, mais ce n'est pas une église catholique. Sous le ciel ardent et pur de la Grèce et de l'Italie , dans les jours du pai ganisme, on a dû immoler à Jupiter le taureau couronné de fleurs, dans des temples comme celui-ci ; mais le culte du Très-Haut s'y trouve à l'étroit. A nous chrétiens les voûtes hardies et élancées, les ailes obscures , les chapelles retirées , les jours mystérieux des vitraux à mille couleurs ; il nous faut le recueillement et la solitude parce que notre Dieu parle à nos cœurs et non à nos sens. Il faut dans nos églises que les arts eux-mêmes soient chrétiens; nos vierges ne doivent pas ressembler à des femmes mondaines , il faut que le ciel se reflète sur leurs fronts comme il habite dans leurs cœurs.

II ne faut pas non plus que nos martyrs marchant au supplice aient l'air de héros romains remportant une couronne civique. Tout dans une église catholique doit rappeler le culted'un Dieu crucifié, et c'est ce qui manque à Notre-Dame-de-Lorelte.

De grands artistes l'ont ornée des œuvres de leur génie, mais ils ont oublié qu'il fallait croire pour reproduire dignement les scènes de la religion. En sortant de la nouvelle église, l'ame chrétienne éprouve une sensation douloureuse, elle se dit : Voilà une maison de prière, où la prière est impossible ; voilà un temple consacré au Seigneur, et la pensée de Dieu n'a pas présidé à sa construction, lui seul y a été oublié.

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