‹ La mère rivale: comédie en trois actes et en versChapitre 12 sur 44 · ACTE I, SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIL

LISBTTS.

Elle s'en garde bien.

Aimer les siens ^ fi donc! cela ne mène à rien. Une telle conduite est par trop naturelle ; Quel gré vous en sait-on ? tout le monde s'en mUe. Pour nous faire un beau nom' j pour éblouir les gens. Nous usons de moyens toutrà-fait différens.

Le bien qu'on fait chez soi n'est connu de personne» Il faut, lorsque l'on veut passer pour être bonne, Laisser là des parens qui tous tendent les bras ^ Pour aller secourir ceux qu'on ne connaît pas. Attirer les regards est l'importante affaire ; Et ce n'est que le mal qu'on taiit avec mystère. Aussi, comme tu vois, on est du comité Des prisons , de celui de la maternité ^ On fait partout bénir son nom, sa bienfaisance; On va dans les greniers secourir l'indigence; Yoit-on sur son passage^ un enfant demi*nu , Expirant de besoin , si l'on pense être tu , Sans affectation on descend de Toiture ; On fait au malheureux conter son aTcnture ; On essuie une larme ; et , lui prenant la main , On le {ait habiller chez le tailleur Toisin ; Puis on échappe enfin , rouge de modestiei

Aux bénédictions de la foule attendrie !

Chez nous, on ne fait rien qu'aTec intention^ Et nous donnons un but à la moindre action.

Par exemple. Comtois, tu t'étonnes peut-être Que, sans même avoir eu le temps de te connaître, Madame t'ait chargé d*aller faire 8e$ dons ? • ,

Car c'est une faveur : de telles missions Sont pourles serviteurs qu'on aime^ qu'on estime; On ta choisi pourtant ; mais c'est un trait sublime ! Tiens ! en veux-tu savoir la raison ?

Oui, pourquoi ?

LISETTE

Cest que de la maison le plus bavard... c'est toi.

COMTOIS, s^ inclinant profondément.

Je n'ai jamais été prodigue de louange , Lisette; mais, d'honneur, vous peignez comme un ange; Et tous ceux qui voudront des portraits ressemblans , Je les envoie ici : les vôtres sont frappans.

LISETTE

Ah! vous comprenez donc, monsieur Fhomme capable , Que vous avez eu tort ?

COMTOIS , d^un air rês^eur.

Cela n'est pas croyable !

De pareils procédés me confondent vraiment.

LISETTE

Mais je m'étonne^ moi, de ton étonnement.

Cette conduite-là n'est pas inexplicable :

Madame est beaucoup plus frivole que coupable. C'est par degrés , Comtois , c'est insensiblement Qu'en elle s'est éteint le plus doux sentiment. Je vais te raconter son bistoire ; et peut-être Quelques femmes du jour pourraient s'y reconnaître. Aux doné de la fortune ayant eu peu de part , Madame pour époux prit un riche vieillard , Cacochyme, goutteux, et qui, selon l'usage,

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