ACTE II, SCÈNE II. 3i
Mais les plaisirs qa elle a dans son triste ermitage,
On les trouve à la ville , aussi bien qu'au village. ^)^i^
Jugez-en par ce trait que je vais vous citer. '^^'jd^lr
J étais dans sa retraite allé la visiter, de te taire, et
... ce dernier qia
Et je la plaisantais un jour sur sa manie persiste àpmr-
1er
De mener , loin du monde , une insipide vie.
« Faite pour embellir les salons de Paris ,
« Pouvez-vous, lui disais^je, habiter ce pays?
(t Quels y sont vos plaisirs?» Au lieu de me répondre,
Suivez-moi, me dit-elle, et je vais vous confondre.
En achevant ces mots , elle me tend la main ;
Nous traversons le parc , et nous gagnons enfin
Un pavillon masqué d'une longue avenue.
Un spectacle enchanteur s'offre alors à ma vue.
Mes regards sont fixés sur de jeunes enfans
En silence occupés de travaux différens.
Leur douceur me séduit ; ce sont de jeunes filles
Qu'assiégeait le besoin au sein de leurs familles.
Une femme, que dis-je? un ange de bonté
Eut pitié de leur âge et de leur pauvreté.
Depuis qu'elle a chez elle accueilli leur misère ,
Elle a pour ces enfans tous les soins d'une mère ;
Dirige leurs travaux^ et partage leurs jeux.
Long-temps, sans être vus, nous les suivons des yeux.
Un mouvement léger de mon aimable guide
Trahit notice présence, et leur foule timide
A ses pieds aussitôt s'élance en même temps ,
Et la presse a l'envi de ses bras caressans.
Tétais tout attendri d'une scène si belle.
Quand; se tournant vers moi : «Vous voyez , me dit-elle ,
3a LA MERE RIVALE,
« Que de me plaire ici j ai trouvé le moyen?
« On s*amuse partout quand on y fait du bien. »
GERMON
Que ce trait est touchant!
LA COMTESSE
Le charmant caractère!
LA MARQUISE
Que cette femme-là doit être bonne mère !
{Madame Dorvaljait un mouvement,) Vous avez dit, Monsieur, que nous la connaissions.
BELCOUR
Beaucoup ; mais je ne puis vous la nommer.
LA COMTESSE
Allons !
Vous riez.
BELCOUR
Impossible !
LA COMTESSE
A quoi bon ce mystère ?
Je veux savoir....
BELCOUR
Oh ! non, j'ai promis de me taire.
Moi , je ne puis parler sans indiscrétion ; Mais Madame a le droit de vous dire son nom.
LA COMTESSE ET LA MARQUISE , ensemble à Mne DotvaL Quoi! Madame ! ....
M** DORVAL , jouant V embarras.
Pourquoi me mettez-vous en scène ?
C'est , vous le savez bien , me faire de la peine.
BELCOUR
Vous m'accusez à tort. Quand je cite un beau trait , Est-ce ma faute, à moi, si Ton Vious reconnaît?