‹ La merveilleuse doxologie du lapidaireChapitre 8 sur 8 · LE DIAMANT · texte numérisé non relu

LE DIAMANT

« Celui qui est mort est justifié de son péché », dit l'Apôtre.

Sépulcre vide et menaçant, l'intensité de mon Désir a exploré ta vaine terreur et ton mystère. Tu es la porte du palais où chante et s"ébat à jamais la fête qui n'a pas de soir, Fextase sans défaillance et sans limite dans la Clarté victorieuse enfin. 'iSeigncur^jai aimé la beauté de votre maison et le lieu oit réside votre gloire ».

La gemme la plus dure, la plus i*are et la plus éclatante, celle dont l'excellence décourage 1 hyperbole et la comparaison, l'indomptable et magnifiqueDiamant a étéélu pour être l'hiéroglyphe de la Mort : Il en proclame par sa puissance l'inéluctable nécessité, la domination sans échec : comme aussi, par sa virginale transparence, il exprime Tâme délivrée de son vêtement de matière, dépouillée des accidents charnels qui trou-

blent de lourdesscoriesopaques sa limpide essence Tâme radieuse enfin de sa nudité sublime et pénétrée delà pure lumière incomposée etsanscouleur.

Diamant que nulle violenceau monde n'entame et ne brise, chasseur des songes creux et des larves de nuit, je te salue ! Je te salue, Thabor des transfigurations indicibles, seuil éblouissant des heures à jamais neuves, aube douloureuse du Jour que Dieu a fait, Diamant !

Les justes vont manger la chair de l'Agneau, ils vont boire le sang de l'Agneau que les méchants ont tué. La Terre Promise attend ses hôtes attardés. Irons-nous par les printemps puérils des amandiers ? ou par les berceuses nacelles au bleu profond des lacs crépusculaires ? Non, c'est une mer de sang qu'il faut passer , la Mer rouge ou s'abîmera la servitude égyptienne. La Pàque est une féerie sanglante,

Mais, o Mort, immortelle épouvante des vivants, par quel horrible stratagème as-tu trouvé ta place au sein de l'indivisible Eternité ? Et la Vie est-elle donc la bête forcenée qui dès les temps où elle fut se dévore elle-même et se digère pour assurer sa sempiternelle reviviscence ? Spécieux blasphème. Nous savons que ce n'est pas ainsi, et que la Destruction, sans cesser d'être

exécrable en son principe, accomplit une œuvre bonne lorsqu'en sa fureur aveugle et fatale, ne pouvant s'élever contre l'Impérissable, elle s'acharne, fille hideuse et hors nature, sur son père hideux, le Mal, le Pharaon oppresseur et maudit. C'est pourquoi Dieu l'a adoptée, afin que toutes souillures et toutes infirmités fussent abolies, — souviens-toi parce que tu fus humilié ! — et que par la Destruction fût enfin réalisée THarmonie-

^ Un jourdoncl'homme créé pour la Vie contracta dans l'Ivresse de son Libre arbitre une alliance avec le Négateur, c'est-à-dire avec le Mal. Adam avait-il donc le pouvoir de supprimer d'un coup la Vie, fille de Dieu ? Non pas, car la Mort n'a point d'empire sur la Vie, mais seulement sur ce qui est mortel; alors entre l'être immortel et l'envieux Néant une sorte de louche compromis intervint : le Temps parut et aussitôt commença de mourir.

Passé qui n'est plus et qui n'a pas été également pour chacun ; Avenir qui n'est pas encore et qui ne sera pas universellement; Présent, arche fragile, pont infinitésimal jeté entre ces deux néants: voilà le Temps, c'est l'ennemi qu'il faut tuer ! C'est lui l'attente, la langueur et la séparation, la soif et la satiété, le commenceriient et la fm; c'est lui le mauvais assassin des espoirs, le

destructeur des rêves légitimes, la géhenne aux barreaux d"airain des libertés, la griffe sournoise et féroce des déchirements.

Mais parce que les enfants de la Vie et de la Promesse avaient, par leur incrédulité, fait entrer dans le monde le mensonge de la Mort, la Promesse de Dieu n'était pas pour cela résiliée, et la Mort ne détruisit que le Temps dont les apparences sans cesse renaissantes s'efforçaient vainement d'éluder l'héritage d'immortalité.

Abdique, ô Néant, ta transitoire tyrannie !

Et voici que la Mort ouvrit la porte à l'éternité du Seigneur, que la Liberté s'étonna de respirer au sein de la Loi et que le Relatif étreignit l'inviolable Absolu. La Justice se reconnut au miroir delà Miséricorde, et toutes contradictions, toutes antinomies furent réduites en Dieu par la Mort.

C'est pourquoi, -en même temps qu'il recevait la tragique investiture, le Diamant était appelé la Geuune de réconciliation et d'amour.

Que si vous répugniez à voir dans la pierre éminente l'image de la terrible Rédemptrice, considérez, je vous prie, l'étrange légende où il est rap porté que plongé dans le sang de bouc l'indomptable diamant mollit et perd sa force cohésive. Or que faut il entendre parle sang du luxurieux capricorne? Sans doute les affections temporelles

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les viles passions, Tappétitcies biens éphémères, cette science mesquine aussi, fruit de Tarbre détesté, par laquelle l'homme en vérité sent et connaît, mais seulement dans le temps et l'étendue, qualités de mort et de restriction dont son ignorance a fait les conditions de TEtre. Tellement qu'à l'heure formidable où se soulève le voile de l'infini, inapte à concevoir la théométamorphose, il recule glacé du vertige de l'espace qui s'ouvre à ses yeux hagards et se crispe éperdument aux moribondes vanités qui déjà échappent à son étreinte.

Ce n'est pas tout : le Diamant n'a pas encore épuisé sa naturelle éloquence. Il a dit le martyre il va montrer la palme. Regardez: Le joyau unique ne serait-il pas invisible, tant est parfaite l'innocence de son eau, n'était que de son rayonnement royal il éblouit la nuit, auguste et véhément? Et maintenant écoutez Paul, le visionnaire du chemin de Damas. <i.Lœil na point vu^ dit- il, V oreille na point entendu, l'esprit de V homme est inhabile à comprendre ce que Dieti a préparé pour ceux qu'il aime. »

Allez, agonisants ! Au jardin nocturne des Oliviers,suez votre sang effroyable ! Encore quelques minutes et cette lie de la terreur et de l'angoisse, vous ne l'aurez plus même à boire. Mais qui que vous soyez, et que même vous ayez cru devoir vous borner à ce lambeau pantelant de vie, votre actualité précaire et douloureuse, que le Mal a

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détaché de l'Eternité, souvenez-vous que vous êtes sous la sentence des sublimes allégresses, des incessantes Epiphanies, à jamais, à jamais, et que vous allez naître, comme au jour où Dieu souffla sur l'argile, à la ressemblance de Tlncréé ineffable, dans les régions de l'Orient où le Soleil ne se couche pas.

H. Je tous le dis : vous êtes des dieux. »

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