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Laissons donc ces marbres et cherchons à classer chronologiquement ceux des nefs.
Parmi les plus anciens nous rangeons les bas-reliefs des agneaux, leur architecture, qui offre une excellente base d’appréciation, les reportent au vie siècle. Le petit temple, composé d'une niche centrale et de deux frontons latéraux, nous ramène au tombeau de saint Laurent à Milan ou aux ambons de Ravenne. Ils sont d’autant plus intéressants que les dessins des revers nous prouvent qu’ils devaient servir, non comme aujourd’hui de parapets perdus dans une partie obscure de l'église, mais de clôture de sanctuaire, leurs emblèmes eucharistiques confirment leur rapprochement de l’autel.
Viennent ensuite dans ce classement les panneaux qui portent les couronnes chrismales dont les rubans jettent leurs glands sous les deux croix latérales. Ce motif d’ornement appartient essentiellement au vie siècle; les moulures qui les encadrent, ainsi que leurs croix équilatérales sont tout à fait celles de Sainte-Sophie de Constantinople. (Voyez nos IV, VIII, XV, XVII, XVIII, etc.) Je ne leur donnerais pas une date plus récente qu aux premiers.
Le dernier groupe est celui auquel se rattachent les sculptures d’animaux : cerfs, lions, paons, dauphins, au milieu d’enroulements et de rinceaux; l’identité de leurs dimensions (voyez, V, VI, VII, XII, XIV, etc.) suffirait à les rapprocher; ils ont, de plus, une caractéristique commune, je veux parler des entrelacs de leurs encadrements; ce trait qui les réunit, les éloigne aussi des précédents comme époque, car je ne crois pas ces ornements très-usités sur des marbres antérieurs à la fin du vnc siècle. On trouve des méandres dans les monuments antiques, et nous avons nous-mème constaté l’existence d un réseau de ce genre au tabernacle du temple de Cli-
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tumne du ve siècle, aux transennes de Saint-Clément, etc.; mais je ferai observer entre les deux sculptures une différence notable de travail, et pour la signaler d’un seul mot, je montrerai au Clitumne les intervalles des nœuds soigneusement épargnés, au lieu que nous les voyons ici grossièrement refouillés d’un coup de trépan. Ces réflexions nous font descendre ces ouvrages à une époque contemporaine de l’ambon d’Ancône (667-701 ), où nous rencontrons des entrelacs plus lâches, et du tombeau de saint Théodote, à Pavie, qui lui est contemporain.
En résumé de cet examen, nous attribuons au vie siècle les panneaux qui portent les agneaux et les chrismes, à la fin du vne les bas-reliefs environnés d’entrelacs.
En descendant le littoral de l’Adriatique depuis Venise, on rencontre des monuments analogues à ceux qui viennent d’être décrits.
A Ravenne, nous avons déjà signalé les anciens chancels de Saint-Apollinaire-in-Classe, dont nous avons découvert une ancienne sculpture derrière un ciborium carlovingien ; il ne serait pas difficile d’en retrouver des vestiges dans les autres églises, la plupart fort anciennes; j’en ai signalé un petit fragment à Saint-Victor, mais le plus remarquable et le mieux conservé existe à Saint-Jean-Évangéliste et a été transformé en autel dans la chapelle San-Bartolomeo à l'extrémité du collatéral de gauche. Cette dalle a 1 m 76 de long sur o m 92 de hauteur, elle est encadrée d'une moulure très-camarde ; au milieu, un médaillon renferme une rosace formant une sorte de chrisme et au-dessous un double ruban noué s'échappe d’un anneau et va en ondulant aboutir sur les deux croix latérales. Je ne pense pas que ce marbre puisse remonter à l’origine de l’église, je le crois contemporain de l'autel qu’on voit dans la
CHANCELS.
crypte et que nous avons classés parmi les ouvrages du vi° siècle, époque où le mobilier de l’église fut renouvelé. (PL CCXXI.)
A Rimini, le musée nous offre des spécimens trèsintéressants de ce genre de monuments; c’est d'abord une grande dalle de près de 2 m de longueur ornée au milieu du médaillon chrismal, au-dessous - d’un double nœud d’où sort le ruban qui va à droite et à gauche rejoindre les croix. C’est ensuite un panneau aussi en marbre blanc (déjà employé dans l’antiquité comme l.e constatent les restes d’inscriptions mal effacées sur un des champs) qui porte une croix sur une des faces et sur l’autre une couronne avec le chrisme au milieu. Ces deux sculptures sont encadrées d’une moulure camarde. L’ornementation des deux faces prouve l’usage de chancel qu’avait cette dalle et de plus la languette de marbre qui existe encore sur la tranche, indique qu’elle était accompagnée d’autres dalles et qu’elle faisait partie d’un ensemble de clôtures. (PI. CCXXI.)
Dans la crypte de la cathédrale d’Ancône, j’ai mesuré un panneau de marbre de même style, mais qui n’est orné que d’une croix; il a 1 m 70 de large. On l’employa, au xive siècle, dans la construction d’un sarcophage, comme le rappelle l’inscription gothique que nous lisons dans le haut.
Le vie siècle pour les chancels ne se borna point au style particulier dont on vient de parler. Il suffit de visiter les églises de Ravenne pour se convaincre du contraire; dans une chapelle de Saint- Apollinaire, on conserve un beau panneau de marbre qui représente un calice sous une croix ansée et des branches de pampre sortant du calice et soutenant au milieu de leurs feuillages deux paons d’un excellent style. Je n’ose citer ici ce marbre qui a pu appartenir à un sarcophage, mais je rappellerai les deux transennes qui ferment l’entrée de la même chapelle et qui sont un chef-d’œuvre. (PI. CCXXI I .) Les chancels ajourés étaient alors très en vogue. Celui de droite se compose au centre d’une croix gemmée sur les bras de laquelle sont des couronnes crucifères et au-dessous des entrelacs noués. Alentour sont disposés des méandres, un rang de perles, une frise de rinceaux courants, une seconde rangée de perles et les champs. Cette grille de marbre a environ 1 m carré.
La transenne de gauche entourée du môme cadre a des ornements différents au dedans. Au centre une
croix gemmée et accostée de deux paons dont les queues se prolongent fort loin. Sur les bras de la croix deux couronnes portaient elles-mêmes des croix qui malheureusement ont été brisées. En bas de la croix gemmée un calice s’ouvre pour laisser sortir de sa coupe des rinceaux de pampre chargés de raisins qui forment une frise ajourée tout autour du motif central. La composition, meilleure qu’au précédent, plus régulière, les ajours distribués avec plus d’art, offrent une richesse extraordinaire. On remarquera que le bas des frises n’est pas sculpté, le marbre seulement épannelé devait sans doute être caché derrière une marche.
L’ambon du Dôme de Ravenne date de saint Agnellus qui occupa ce siège de 553 à 568. Je suppose que les transennes sont de la même époque ; (pl. CCXXIII) c’est dans le pavage de l’église modernée qu’il faut en chercher les restes; nous en avons estampé deux panneaux dans le chœur. Celui du côté de l’Épitre est orné alternativement de carrés et de cercles tracés par un ruban non interrompu qui les relie ensemble par des nœuds. Ces compartiments sont remplis de rosaces à feuilles aiguës, sauf les deux du milieu qui ont des colombes. Tous ces dessins à jour autrefois, mais remplis maintenant d’un grossier mortier, sont taillés avec une merveilleuse délicatesse; une moulure largement profilée et une frise de rinceaux feuillés et à jour servent de cadre. Le second panneau que nous avons relevé dans le chœur, du côté de l’Évangile, nous offre huit carrés enlacés dans des cercles et des rosaces à feuilles aiguës dans les plus grands vides; l’encadrement est le même. Ces grilles de marbre ont environ 1 ” 20 sur om 80 de haut. On en trouve quatre autres pareilles dans le pavage de la nef, deux devant l’autel du Saint-Sacrement, deux devant celui de la Sainte-Vierge.
Ces transennes fermaient le chœur du milieu de l’église : Buonamici dans la coupe qu’il donne de la basilique ancienne, nous les montre entre les colonnes de la nef. Les entre-colonnements sont d’environ 3 m, ce qui, en ajoutant les champs et le pilastre du milieu, suppose deux transennes par travée, disposition indiquée sur le plan et la coupe de Buonamici. (Pl. CXXIII.)
J’ai encore calqué au milieu de la nef un marbre ajouré dont les vides sont aujourd’hui remplis de grossières mosaïques. Il a dans le haut une partie pleine sur laquelle un cercle est dessiné en graffite;
VP SIÈCLE. — RAVENNE.
ORIENT
au-dessous, des rinceaux très-compliqués forment un réseau serré. On y remarque des griffons. Ce marbre a plus de o m 50 de large sur 1 m 63 d’élévation. J’en ignore la destination et l’usage.
La chapelle du Saint-Sacrement, à Saint-Vital, possède trois autels dont la table antérieure est formée d’anciennes transennes. Celle du maître-autel a omÔ7 de haut sur 1 m 55 de largeur; celles latérales o m 85 de haut sur 1 m 50 de largeur, ce sont des filets de marbre, dont les mailles alternativement grandes et petites sont garnies de rosaces, de feuillages divers, de branches entrelacées et de croix; ils semblent tendus sur un riche châssis orné de feuilles d’eau et d’une frise à jour elle-même; de telles dentelles sont une merveille et attestent le luxe inouï que l’art dépensait alors dans l’ameublement des églises. (PI. CCXXIV.)
L’église del Collegio, à Ravenne, conserve aussi une transenne d’un travail moins fin, mais qui offre de l’intérêt. Le panneau est occupé par huit médaillons, les uns circulaires, les autres à quatre lobes ornés de rosaces; au milieu on voit une croix, dans les autres 'ntervalles des paons et divers oiseaux; autour du panneau une moulure très-plate avec feuilles d’eau. (PI. CCXXIV.)
L’Italie est tout entière un musée si complet qu’on ne saurait trop s’y arrêter pour étudier l’histoire de l’art religieux. On ne doit pas croire cependant que les usages liturgiques, les mêmes dans toute la chrétienté, n’aient pas laissé dans d’autres pays des monuments dignes d’être rapportés.
Le midi de la France, notamment, semble avoir connu les élégantes transennes à jour que nous venons d’admirer à Ravenne; Millin 1 signale une dalle de marbre ajourée qui servait de son temps d’autel à la préfecture et qui, sans aucun doute, était entrée jadis dans la construction d'une clôture de chœur. On y voyait au centre, sous le chrisme, un calice duquel s’échappaient des enroulements. M. Le Blant m’a dit l’avoir inutilement cherchée et il la croit perdue.
Voici sur le croquis ci-joint, d’après Ruffi, une transenne qui existait autrefois à Saint-Victor de Marseille. ( Histoire de Marseille, II, 131.)