Ses beaux relevés sont encore malheureusement inédits
de Venise; nous devons seulement ajouter que les quatre panneaux de marbre qui décorent le devant du sanctuaire au Dôme de Torcello n’étaient pas les seuls aux abords du chœur. Ceux qu’on voit de côté sont manifestement du xie siècle et ont remplacé des marbres du vne siècle qui ont disparu. Le fragment mutilé qui servit à d’autres usages et que nous voyons aujourd’hui scellé dans le mur méridional de l’église doit en faire partie. En restaurant ce marbre, on voit qu’il se composait de deux croix comprises dans des arcades, ornées de feuilles, accompagnées sous les bras d’une palme et d'une plante à double tige, et dans le haut de deux rosaces; les montants des arcades sont garnis d’entrelacs, l’archivolte d’un rinceau ondulé et feuillagé, le tympan d’une palme à grandes branches. Les deux compartiments devaient avoir à peu près 1 m de large. (Pl. CC XXXV.)
Nous avons longtemps hésité à classer ce monument au viie siècle à cause de ce motif de la croix sous une arcade que nous retrouverons si souvent à l’époque carlôvingienne, mais son rapprochement des autres chancels de l’église laisse supposer qu’il leur était contemporain; de plus, nous pouvons noter des différences avec les chancels postérieurs qui ont presque toujours des pilastres, des crosses au-dessus du cintre et qui nous offrent un coup de ciseau bien plus grossier. Ici, au contraire, nous pouvons comparer les rinceaux de l’archivolte à ceux de l’autel de Ferentillo et même aux chancels de Saint-Apollinaire de Ravenne beaucoup plus anciens. On a vu que la présence des entrelacs n’était pas une difficulté, puisque nous signalons cet ornement sur l’ambon d’Ancône et le tombeau de saint Théodote à Pavie, monuments l’un et l’autre de la fin du vue siècle.
Nous avons gravé (pl. CCXXVIII) deux panneaux, l’un à jour, l'autre de sculpture pleine qu’on voit dans le vestibule de Saint-Marc de Venise et qui doivent appartenir à la même époque que la dernière catégorie de chancels que nous avons étudiés dans cette église, c’est-à-dire au vne siècle; on peut aussi les rapprocher comme style des chancels de Torcello.
Les chancels n’étaient pas alors de vains ornements autour des sanctuaires, mais des clôtures fermées à clef et des moyens de les défendre contre les profanateurs, témoin le miracle qui en ouvrit les portes à saint Austrégisile de Bourges, au moment