‹ La messe (volume 2)Chapitre 116 sur 245 · IX* SIÈCLE. — ROME · texte numérisé non relu

IX* SIÈCLE. — ROME

au-dessus d'une large roue coupée par des lacets noués. Ces marbres sont tronqués, mais il est à croire que les travées avaient une assez grande dimension ; nous avons retrouvé dans l'escalier qui conduisait aux galeries du premier étage du cloître d’autres marbres réduits à l’usage de marches et qui jadis durent servir de frise à ces clôtures ; ils ont jusqu’à 2m de longueur et sont ornés de rinceaux et d’entrelacs. Nous signalerons quelques fragments du même genre dans le grand escalier du palais pontifical au Latran.

Nous parlerons à propos de son iconostase des chancels de Sainte-Sabine, construits par Eugène II (824-7) et des fragments que le vestibule de cette église conserve encore ; nous attirons spécialement (pl. CCXXXIII) l’attention sur le panneau orné de deux arcades crucifères. Les croix sont garnies d’entrelacs ; sous leurs bras, comme sous les rameaux de l’arbre de vie croissent deux palmiers qui peut-être symbolisent la Sainte-Vierge et saint Jean. Ce motif de clôtures, comme le prouvent de nombreux monuments, était très en vogue au ixe siècle.

Grégoire IV (827-44), d’après le Livre pontifical, décora la tribune de San-Giorgio-in-Velabro ; ne devons-nous pas faire honneur à ce Papedes fragments de chancels carlovingiens encore disséminés dans cette église? Au fond du collatéral de gauche, il existe un grand disque composé d’anciens débris ; en remettant ces débris à leur place, on peut reformer un panneau avec les rosaces, ses rubans entrelacés, ses noeuds de lacets et les moulures d’encadrement, etc. (Pl. CCXXXIV.)

Dans le collatéral de droite, divers fragments sont scellés dans le mur méridional, entre autres quelques débris de transennes qui ont certainement appartenu à une clôture, mais qui paraissent plus anciennes. Au milieu des décombres accumulés dans la petite cour contiguë, j’ai trouvé aussi une frise d’un caractère bien carlovingien et qui offre un intérêt particulier ; au lieu des entrelacs si souvent répétés, elle porte au milieu des rinceaux la scène de l’Annonciation : la Sainte-Vierge assise devant la porte de sa maison voit l’ange arriver, elle fait un geste d'étonnement ; on aperçoit sa servante dansla maison. (Pl. CCXXXIV.)

Les oculi ménagés sur la façade de Sainte-Marie- Majeure au milieu des mosaïques qui la décorent ont été taillés dans des marbres du môme genre déjà tra¬

vaillés; les ornements qu’on y aperçoit et qu’on n’a pas pris la peine d'effacer sont du ix* siècle et doivent, par conséquent, remonter à la restauration de l’abside sous le pape Pascal Ier, en 818. On y distingue encore les crosses qui ornaient l’extrados d’une des arcades de ces chancels.

On s'explique aussi peu le vandalisme des marbriers qui tranchaient sans scrupule dans les œuvres de leurs prédécesseurs que leur négligence en oubliant les traces de l’ancien travail. A l’Ara-Cœli lorsqu’on monte dans l’intérieur de l’ambon de l'Épître construit par les Cosmati à la fin du xne siècle, on est étonné de retrouver sur les parements intérieurs les entrelacs caractéristiques du ixe siècle; ces fragments tronqués en tous sens, laissent deviner encore quelques dispositions des clôtures dont ils faisaient probablement partie, une croix garnie d’entrelacs, des rinceaux, etc.

Nous avons relevé dans le cloître de Saint-Laurenthors-les-Murs un reste de chancel, où apparaissent encore la croix avec entrelacs, archivolte également entrelacés, crosses sur l’extrados, oiseaux sur les bras delacroix, paons dans les tympans. (Pl. CCXXXIV.)

Il existe, parmi les nombreux fragments entassés dans ce cloître, une croix dans une arcade aussi entrelacée, mais si son style la rapproche du ix* siècle, sa grande dimension ne nous permet pas de la classer parmi les chancels.

On a découvert dans les fouilles du Forum des fragments tout à fait semblables à ceux que nous venons de décrire et qui proviennent des chancels des églises qu’on y voyait jadis. Le plus intéressant offre une arcade avec entrelacs, crosses à l’extrados sur lesquelles est perché un paon, pilastres cannelés en imitation de spirales. Au milieu une croix entrelacée, pattée est accompagnée au bas de deux palmes qui se rattachent à son pied par des volutes, dans le haut de deux rosaces différentes. La partie gauche du marbre nous fait défaut, celle de droite a conservé un tenon prolongé qui s’encastrait autrefois dans l’enrainure d’un pilastre. Ces pilastres ont disparu, il nous reste cependant une sorte d’antéfixe, parfaitement conforme pour le style, qui devait les surmonter. (Pl. CCXXXIV.)

On a retrouvé en même temps des frises d’un style analogue mais d’une exécution plus grossière, et de dessins plus lourds; j’hésite à les supposer de

CHANCELS.

même provenance. Ces frises sont ornées de rinceaux avec des roues ou des croix. L’un des morceaux a cela de curieux, qu’il porte sur le retour une suite d’entrelacs; il devait par conséquent former le dessus du chancel.

Fragment de chancels sous le portique de l’église des Saints-Apôtres, à Rome.

Cette mode d’orner les chancels d’arcades crucifères était très-goûtée au ixe siècle ; voici encore un exemple dans une des églises les plus illustres de Rome, celle des Saints-Apôtres ; j’en ai fait un croquis dans le vestibule, où ce débris de marbre se trouve scellé. Nous n’avons plus que la partie supérieure qui nous montre comme toujours l’archivolte avec ses crosses, la croix entrelacée et le sommet des deux palmes adjacentes. L’archivolte et les pilastres sont cannelés en diagonale, une grande palme dans le tympan sépare les deux arcades, au-dessus des bras de la croix, deux feuilles de lierre remplacent les rosaces ordinaires. Tous les panneaux de ces chancels n’étaient pas pareils, on voit à côté un autre fragment contemporain, mais qui est orné de roues entrelacées ; on remarque aussi un reste de pilastre

décoré d’une moulure camarde, avec tige de feuilles au-dessus. Ces ornements doivent dater d’Étienne V (886) qui, selon le Livre pontifical, reconstruisit toute l'église. (Nibby, p. 112

Sainte-Marie-au-Transtévère est aujourd’hui l’église de Rome la plus riche en vieux chancels, grâce aux découvertes qu’on y fit, il y a quelques années, en la restaurant. Nous avons examiné les marbres qui datent du ive siècle, il nous reste à parler de ceux du ix= qui sont les plus nombreux. Un des principaux panneaux nous montre deux paons affrontés, montés sur des croix à branches égales et qui se désaltèrent dans un calice commun. Les intervalles laissés vides par ce sujet sont remplis de fleurons ; la croix a des entrelacs et des volutes ; à droite et à gauche du panneau s’élève une sorte de lotus, à droite une palme, dans le haut une frise d’entrelacs; le marbre avait imço de largeur. (Pl.CCXXXVII.)

Un autre panneau porte une grande roue composée d’entrelacs qui forment une rosace centrale, rayonnent en croix et vont se nouer à la circonférence ; des feuilles s’étendent dans les tympans.

Ailleurs ce sont des compartiments carrés tracés par des entrelacs et ornés de rosaces, de grands médaillons dessinés par des lacets qui les rattachent et qui se nouent aux listels des cadres, des roues avec croix à l’intérieur, de grands médaillons en torsades, etc. On voit aussi accumulés d’autres fragments derrière la porte de l’église comme des treillis géométriques, etc. Voici le tableau et les mesures des panneaux exposés sous le portique. Alb. Lenoir, Arch. monast., II, p 129.)

Rinceaux avec

-|- à l’intérieur.

I 8 rosaces encadrées dans

des torsades.

Grande roue

en torsades.

Médaillons formés -m

de lacets*. °

Enroulements avec —

feuillages.

2 paons buvant dans un calice.

hj

Coupé dans le bas. ld.

Grands entrelacs. ° £ -a>

O S Pu ? 3 ^ 0

2 roues d’entrelacs. 03

$ Enroulements IVe siècle.

1 $ cercles coupés par des

diagonales.

Enroulements ivc siècle.

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