CO
Le bas manque.
IXe SIÈCLE. — SAINT-DENIS. — ROME. — VENISE.
Il est certain que la mode si répandue dans Rome de ces sortes de chancels ne fut pas limitée à son enceinte et qu’elle s’étendit dans tout le territoire pontifical. A Saint-Pierre de Toscanella, les clôtures du presbyterium sont encore en place et nous offrent des panneaux de ce genre, entrelacs, arcades crucifères, etc.
Dans notre article consacré aux autels nous avons vu que l’autel de San-Silvestro à Oreste, dans les environs de Narni, avait été construit à l’aide de fragments d’anciens chancels. On peut se reporter à la description et à la figure que nous en avons données (pl. LXVI), et on y retrouvera les entrelacs, les enroulements et les divers ornements que nous signalons ici, sur un grand nombre de monuments.
Le marquis Eroli a acheté à Rome deux marbres qu’on lui a dit provenir de Venise et qui peuvent se rapprocher de ceux de Rome. Au ixe siècle comme au vie il y eut entre Rome et les rives de l’Adriatique une grande communauté de style qu’on s’explique, surtout pour le ixe, par la domination pontificale qui comprenait les Marches et l’Exarchat. Les ornements toscans sont différents. Un des deux marbres de M. Eroli porte une grande roue encadrée par des lacets qui se tordent en s’avançant vers une rosace centraleetdedeux torsades à droiteet à gauche. Le second mutilé dans le bas, offre une grande rosace, avec nœuds de lacets très-lâches et quatre animaux dans les angles.
En remontant jusqu’à Ravenne, nous pouvons signaler dans cette ville un fragment de sculpture qui doit provenir d'anciens chancels et qui date certainement de l’époque carlovingienne. On y voit un rang de crosses, une bande de torsades et une frise d’enroulements. Nous l’avons relevé au palais Rasponi. (Pl. CCXXXIV.)
Les îles de Venise sont très-riches en fragments de chancels carlovingiens. Il existe à Torcello, à l’extérieur de l’abside de Santa-Fosca, une croix encadrée par une arcade, entrelacée, accompagnée dans le bas de deux palmes à droite et à gauche, de rosaces dans le haut ; deux pilastres cannelés soutiennent une arcade légèrement en fer à cheval, dont l’archivolte est ornée de volutes. Ce marbre est tronqué à gauche. Nous pouvons lerapprocher comme style des fragments que nous avons signalés dans Rome, à Sainte-Sabine, à Saint- Laurent, au Campo-
Vaccino. (Pl. CCXXXV.) Au musée de Murano on voit une double arcade crucifère comme celle de Santa-Fosca, avec entrelacs dans l’archivolte et dans ^es pilastres et palmes sous les bras de la croix; au lieu des rosaces, deux feuillages partent du dessus de cette croix, pour orner les tympans. (Pl. CCXXXV .)
Nous avons calqué dans ce musée, un panneau de marbre de même époque, probablement de même provenance, qui présente une série de rosaces dessinées par les lacets qui les relient et des croix dans les intervalles.
Comme à Sainte- Marie-au-Transtévère, la restauration du Dôme de Murano mit au jour les anciens chancels. Dans le beau dallage de la basilique de SS-Maria-e-Donato, daté de 1140, on voit six grandes dalles de marbre, dont chacune mesure à peu près 2m de longueur sur im de large ; ces dallesavaient été employées par économie et pendant de longs siècles, les fidèles les foulèrent aux pieds, sans se douter de l’intérêt qu’elles possédaient. A l’occasion des travaux de restauration exécutés en 1873, on souleva une de ces dalles, la première à gauche en entrant par la grande porte, et on fut surpris d’y trouver à l'envers de curieuses sculptures. Cette dalle a 2ra25 de long, om95 de haut et omii d’épaisseur. Elle est décorée de trois pilastres, où l’on voit des pampres à tiges entrelacées, sortir du vase mystique et la croix au sommet. Dans le haut s’étend une frise composée de demi-cercles coupés; le fond des panneaux est orné de rosaces feuillagées et nouées par des entrelacs. M. Zanetti croit voir dans ce marbre un ouvrage du xie siècle, époque de la construction primitive de l’église. Mais les entrelacs ne me paraissent pas d’un temps si reculé et ils sont une caractéristique trop connue de l’époque carlovingienne, pour qu'on puisse les supposer antérieurs au vme ou ixe siècle. En tout cas ils précèdent de beaucoup la date de 1140’.
On vient de retrouver dans le Dôme de Modène des fragments de clôtures carlovingiennes dont nous devons communication au savant professeur
1. Le grandi lastre di marmo greco nel pavimento tessulare délia basilica dei SS. Maria e Donato di Murano Vincernp Zanetti, Venise,' 1878 (extrait de ViZrchivio veneto, t.XVI, parte II).
Voy. Zanetti, La basilica dei SS. Maria e Donato di Murano illustrata, Venezia, 1873.
La dépense du travail empêche de soulever les autres dalles qui offriraient sans doute la plupart les mêmes basreliefs.
CHANCELS.
Bortolotti '. Nous avons gravé un de ces marbres (pl. CCXXXIII) et nous en donnons d’autres restes sur la vignette ci-contre.
On a retrouvé dans l’église de Sant-Abondio, à Côme, de nombreux fragments des clôtures de l’ancienne basilique de Saint-Pierre-et-Saint-Paul, plus de vingt morceaux dans l’église et beaucoup dans les environs employés dans la maçonnerie. Les décrire serait nous répéter d’une façon fastidieuse, c’est toujours le même système de torsades, qui n’ont d’autre variété que celle des nœuds. Ici encore nous retrouvons l’arcade crucifère que nous avons déjà signalée à Rome et à Venise. M. de Dartein *, dans Y Architecture lombarde (pl. CCXXXVI), a gravé plusieurs de ces sculptures. Nous en offrons quelques fragments dessinés d’après une photographie que nous a communiquée M. de Laurière.
Les clôtures de cette époque, bien rares en France, ne sont pas cependant introuvables; nous citerons une pierre déposée au musée de Lyon, et de belles clôtures carlovingiennes au musée du Puy.
1 . ‘Di un aulico ambone Modeuese Ragguaglio di T . Bortolotti, Modena, 1882, pl. II.