IX' SIÈCLE. — ROME. — TRABES
Nous avons cherché à réaliser la description de l’iconostase sur le plan même de l’église. La tribune de Sainte-Sabine a i im 24 d’ouverture et 7“ 20 de profondeur, ce qui semble indiquer qu’il y avait un pilastre au bord de l’hémicycle. C’est là que nous avons distribué (pl. CCXXXIII) selon la manière ordinaire, les six colonnes de l’iconostase. On verra que nous les avons dressées sur les chancels; le texte d’Ugonio semble le prouver, lorsqu’il dit que ce fut après l’érection des chancels qu’on s’occupa de celle des colonnes; de plus au ix' siècle, l’usage en était assez répandu, comme on peut le voir par d’autres exemples et notamment par celui de Sainte-Marie-ad- Martyres au sujet duquel nous lisons dans Ugonio: clriuso con un parapetlo di pietra, con sei colonne sopra.
Nous avons retrouvé dans le vestibule de l’église divers fragments des chancels que Sixte V avait fait déposer et qui s’appliquent sans difficulté à cette clôture. Le mieux conservé se voit près de l’entrée du couvent, il se compose de deux arcades encadrant des croix ornées d’entrelacs. Il a aujourd’hui im 35 de long; en supposant, à cause de la mutilation qu’il a subie, quelques centimètres de plus et peut-être des champs, nous trouvons une mesure qui peut s’appliquer à l’écartement des colonnes du presbyterium. Un autre fragment nous offre un damier dont chaque case, encadrée d’entrelacs, renferme des oiseaux ou des fruits. Un troisième morceau de marbre, conforme pour le style aux précédents, nous montre la partie supérieure d’une archivolte décorée d’entrelacs et de volutes rampantes à l’extrados. On distingue audessous une rosace assez fruste, les grandes dimensions (environ om 45 de rayon) de cette arcade rend peu probable son emploi comme chancel, elle ornait plutôt la confession.
La belle église de Sainte-Anastasie avait encore à la fin du xvi= siècle son chœur fermé par un iconostase de six colonnes 1 . Après l’avoir franchi, on trouvait l’autel élevé sur quatre degrés et accompagné aux angles de quatre colonnes qui soutenaient autrefois un ciborium ; sur l’une d’elles se lisait une inscription antique. Ugonio voyait encore là quelques vestiges de l’ancien pavage et des débris d’inscriptions. Il est probable que l’iconostase avait été l’œuvre de Léon III, quoiqu’Hubsch prétende que l’église ne fut
t . Prima di salire all’altare maggiore, stanno dritte dinanzi, sei colonne che anticamente chiudevano il presbiterio. (Ugonio, Delle stationi.)
construite qu’en 940 *; cette dernière date concerne probablement une restauration.
L’église de San-Martino-a-Monti était pourvue d’un iconostase; la description d’Ugonio est à cet égard très-explicite et très-intéressante : « Après « qu’on a dépassé les pulpiti, dit-il, on arrive à la « confession et de chaque côté ou monte par cinq « degrés au presbytère ou chœur. Le pape Adrien « sépara ce chœur du reste de l’église avec des « chancels de marbre qui soutenaient plusieurs co- « lonnettes; on trouve quelque trace d’une inscrip- « tion qui lui fait honneur de l’ouvrage, on lit « à main gauche: hadriani presvlis opvs, plus « quelques mots difficiles à déchiffrer. Aujourd’hui « ce chœur, livré aux frères qui y chantent l’office « divin, est séparé par les colonnes entre lesquelles « on a placé des grilles de bois et des portes qui y « donnent passage. Dans l’enceinte s’élève le maître- « autel sur un lieu élevé, orné de son ciborium de « marbre, soutenu par quatre colonnes de marbre, « et enfin la tribune où Léon IV fit faire une mosaï- « que. Sous l’autel est la crypte circulaire, à laquelle « on accède des deux côtés en descendant quelques « marches. »
Il ressort de cette description que l’iconostase portait sur les chancels de marbre percés de deux portes au seuil desquelles on arrivait par cinq marches ; on aperçoit au travers un beau ciborium soutenu par quatre colonnes et la mosaïque de Léon IV qui brillait sous la voûte de la tribune. Il est probable que le Pape auquel l’inscription doit nous faire attribuer l’iconostase est Adrien II (867) ou Adrien III (884).
Il a été souvent question dans les pages précédentes de trabes qui formaient le couronnement des iconostases ; lorsque la largeur de la nef n’y mettait pas obstacle on se contentait d’étendre la poutre d’un mur à l’autre ; les manuscrits carlovingiens nous offrent beaucoup d’exemples de ces trabes richement ornées surmontées de calices décoratifs et soutenant par des chaînes les couronnes qu’on y suspendait. Nous avons dessiné à Venise dans le couvent des Arméniens, une miniature du vne siècle très-intéressante à cet égard. Dans la bible de Charles le Chauve, dans celle de Théodulphe, celle d’Épernay, etc., on peut