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Viollet-le-Duc, Dict., III

7. Une fresque du cimetière de Cyriaque rappelle cependant un voile liturgique.

des secrets liturgiques et il était moins important de leur dérober la vue des saints mystères.

La paix religieuse rendit facile et nécessaire la clôture des chœurs ; comme il arrive toujours dans les moments de triomphe, l’Église se vit entourée d’innombrables fidèles auxquels il fallut ouvrir de larges basiliques. On sait avec quelle célérité on bâtissait sous Constantin ; au bout de quelques années, dans toutes les villes de l'Empire, les nouveaux convertis pouvaient se réunir à leur aise dans les nouveaux édifices. En même temps qu’il était facile, il devenait aussi utile de séparer le presbyterium des nefs, de cacher des cérémonies que beaucoup de néophytes n’auraient pas comprises, à cette foule souvent ignorante, quelquefois profane, et dont la persécution n’éprouvait plus la fidélité. Nous voyons alors aux abords du chœur, en avant de la tribune, dresser une rangée de colonnes dont le nombre symbolise les évangélistes ou les apôtres; elles sont surmontées de vases ou de statues, comme les colonnes honorifiques que les anciens élevaient en l’honneur de leurs héros, et sans doute dépourvues d’architraves; les voiles glissaient sur des tringles fixées le long des fûts.

Les colonnes des premiers iconostases sont en même temps des trophées, car on choisit ce que les édifices païens offrent de plus rare en matière et en sculpture pour l’étaler au-devant du sanctuaire à la façon de dépouilles opimes.

On se contente d’abord d’une rangée de colonnes, on y ajoutera plus tard une seconde file qui constitue tout un portique, le vestibulum presbyterii. On n’hésite pas à recourir aux métaux précieux : Galla Placidia surmonte la confession de Saint-Jean-Évangéliste de Ravenne d’une colonnade d’argent; Justinien érige devant la soléa de Sainte-Sophie l’admirable iconostase d’argent dont les colonnes ciselées jettent au loin, nous dit le Silentiaire, d’éclatants rayons.

L’Asie-Mineure et la Grèce imitent longtemps ce temple d’un nouveau Salomon, elles le copient dans son plan et construisent leurs iconostases à la même place, à l’entrée du chœur.

Devant les monuments eux-mèmes, nous pouvons nous assurer que l’usage des iconostases n’a jamais été interrompu; après le vi* siècle, voici le Dôme de Torcello du vne, puis l’ère carlovingienne où ces clôtures recevaient un surcroît de luxe et de magnificence. Angilbert,à Saint-Riquier, enveloppe le chœur du monastère d’arcatures d’argent; à Rome, les

ICONOSTASES

Papes remplacent le bois par l'argent et l'or, ils ne se contentent pas de bas-reliefs sur les trabes, ils les couronnent de statues entières, de calices; ils y suspendent des vases précieux, des couronnes surchargées de pierreries. Au ix' siècle, les trabes deviennent de véritables attiques sur lesquels se développent des processions de saints. Les noms d’Adrien Ier, de Léon III, d’Eugène II, de Léon IV, de Nicolas Ier, nous apparaissent parmi les plus illustres constructeurs d’iconostases.

La clôture de chœur que saint Grégoire de Nazianze considérait comme la séparation symbolique du ciel et de la terre, continue sans interruption à nous montrer des iconostases pendant l’époque romane primitive, à Rome surtout, où les traditions antiques ont une garde si jalouse.

La seule modification appréciable concerne l’introduction des arcs au-dessus des colonnes, la trabe sert longtemps d’architrave, elle sert ensuite d’imposte aux arcs architravés qu’elle supporte, enfin elle disparait dans beaucoup de monuments pour faire place à une franche arcature, comme on peut le voir dans de vieilles églises du Caucase.

Nous arrivons bientôt à une autre construction et à d’autres usages. Dans l’orient appauvri, dépouillé de ses marbres, au lieu des iconostases de vermeil ou de marbre qu’on voyait jadis, on ne sait plus élever que des écrans en planches, dont la seule richesse tient aux peintures qui les recouvrent; il n’y a plus rien de monumental dans ce meuble léger et étranger à l’ordonnance de l’édifice où il se trouve.

En Allemagne, en France, en Angleterre, l’aspect monumental subsiste, et grâce aux largesses pieuses, les clôtures conservent un grand luxe de construction ; mais leur forme change et elles acquièrent une double fonction, elles ne servent plus seulement à défendre le chœur contre la vue et l’ap¬

proche des fidèles, elles remplacent aussi les ambons qui viennent de disparaître, elles prennent le nom de jubés; la substitution commence à la fin du xiie siècle, elle s’opère lentement pendant le xni% et aux siècles suivants les grandes églises sont généralement dotées de leur jubé; c’est là qu’on chante l’Épitre et l’Évangile, là que se font les serments solennels, d’où le vieux dicton français « venir à jubé » pour parler d’une soumission forcée.

Le xve siècle semble avoir construit les plus magnifiques jubés. Toutes les ressources de l’architecture ogivale à son dernier période se réunissent pour parer ces clôtures, on y amasse des feuillages capricieux, des fleurons qui s’épanouissent en tous sens, à l’entrée du chœur. On dirait que les architectes regrettent de cacher les cérémonies aux fidèles et qu’ils cherchent par ces magnificences à leur faire aimer le voile.

Ce voile, en effet, ne devait pas tarder à être écarté et nous voyons le xvi' et le xvne siècles y renoncer presque partout. Cette réaction se traduit par un véritable vandalisme qui poursuit jusqu’à nos jours les jubés de coups implacables; à peine dans toute la France reste-t-il maintenant quelques monuments de ce genre pour témoigner d un si antique usage que l’orient respecte encore à sa manière.

Telles sont les principales vicissitudes monumentales que nos descriptions ont jalonné et que nous pouvons résumer par les traits suivants : colonnes honorifiques surmontées de statues ou de cratères, — colonnes architravées, — colonnes couronnées d’attiques, d’arcs, de vases, de statues, — colonnes portant des arcades. — Enfin, pendant que l’orientchange l’iconostase en un fragile écran enrichi de peintures, en occident, nous le voyons dans nos régions se transformer en jubé qui sert à la fois de clôture et d’ambon.

SACRISTIES

Nous ne pouvons dans nos études oublier la sacristie, qui se rattache presque toujours au chœur et reçoit une fonction importante dans les cérémonies de la messe. Le cardinal Bona croit que ce nom provient de secretarium. On trouve chez les anciens auteurs les expressions de sacrarium, secretarium, vesliarium, salutalorium, receptorium, et particulièrement chez les Grecs diaconicum et paslophorium.

Saint Paulin, dans sa nouvelle basilique, avait disposé à droite et à gauche deux absidioles qui en tenaient lieu et qui servaient à serrer les livres et objets du ministère sacré.

Vers 534, une inscription funéraire de saint Domnin, mentionne la construction des sacristies aux frais de Flavius Lacanius *.

EX VOTO FLAVIUS LACANIUS V1R CONSULARIS

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