Q.UÉNAULT, Guide à Coutances
SACRISTIES
dessins aux archives. A la Sainte-Chapelle, la sacristie avait trois étages.
Dans les cathédrales, une chapelle servit quelquefois de sacristie.
Lorsque la coutume s’introduisit de bâtir des sacristies dans les dépendances des églises et que les nefs se prolongèrent en déambulatoire autour du sanctuaire on les plaça du côté du nord. Cette position est plus favorable à la conservation des ornenements sacrés et elle fut nécessitée dans l’origine par la manière dont les hommes et les femmes étaient séparés à l’église.
Dans quelques grandes paroisses, on trouve une ou deux salles communiquant avec l’église, mais c’était d’ordinaire une dépendance des presbytères. Il paraît que les ecclésiastiques revêtaient leurs habits sacerdotaux devant l’autel. De grands coffres en bois sculpté ou recouverts de riches armatures en fer, servaient à serrer les ornements et le trésor. Les crédences pratiquées dans la muraille auprès des autels recevaient aussi beaucoup d’objets. Les bannières, les croix restaient sans doute appendues aux colonnes même du temple, qu’elles contribuaient à orner, usage pittoresque qui subsiste encore dans plus d’une église. Des réduits pratiqués aux divers étages des tours, des chambres hautes pratiquées sur les voûtes permettaient de loger les meubles qui ne devaient pas rester exposés d’une manière permanente. Les porches servaient d’abri aux objets plus grossiers '.
Nous avons appris de saint Grégoire que les anciennes sacristies étaient peintes. Il est probable que les sujets choisis avaient trait à la vestition des prêtres; on a vu longtemps sous le narthex de Saint- Jean-de-Latran une vieille fresque qui représentait le Pape revêtu de la chasuble par de nombreux clercs. Le souvenir nous en a été conservé par d’anciennes gravures et des aquarelles que j’ai copiées dans les bibliothèques du Vatican et de Saint-Ambroise à Milan.
On a vu de plus que les ornements s’y conservaient ; les étoffes devaient être pliées dans des coffres, les vases sacrés serrés dans des armoires. Les fouilles
i. Bull, mon., XVII, 557.
Barbier de Montault, Traité de la construction des églises, II, 143.
de Saint-Clément ont mis au jour un marbre sur lequel paraît une série de petites niches contenant chacune un calice '.
Au moyen-âge ces armoires étaient faites avec luxe; M. Viollet-le-Duc cite comme un des plus anciens exemples, l’armoire d’Obazine (Corrèze), celle de la cathédrale de Bayeux (du commencement du xiii0 siècle) entièrement couverte de peintures et ornée de ferronneries magnifiques 2, celle de Noyon. J’ai dessiné dans la bible de Pilippe le Hardi (commencement du xve siècle) une armoire qui contient des calices, des autels portatifs et qui offre cette particularité d’être mobile et portée sur des roues.
Les livres de chœurs avaient leurs armoires dont nous parlerons dans la suite de l’ouvrage; une mosaïque de Galla Placidia, à Ravenne, des verres dorés juifs, nous en fournissent des exemples intéressants. On les mettait aussi dans des niches pratiquées sur les côtés du chœur et simplement fermées par des rideaux, comme M. Albert Lenoir m’en a montré un dessin fait en orient.
Parmi les meubles de la sacristie, il y a aussi le lavoir, car la rubrique du missel prescrit le lavement des mains avant la messe 3. On a découvert aux Tourelles, près d’Apt, un fragment de marbre qui doit provenir d’un ancien lavabo; il est concave sur le dessus, orné de mosaïque et porte une inscription qui engage à purifier les souillures de l’âme avec plus de soin encore que celles du corps 4.
Un des plus élégants est encore le lavabo que M. A. Normand a relevé dans le cloître de Saint- Alexis; c’est un ouvrage cosmatesque, sans doute, contemporain de l'iconostase dont nous nous sommes occupé déjà.
Ce lavatorium a sa vasque portée sur deux pilastres ornés de mosaïques et garnis d’une base dans, le bas et d’une astragale en haut. La vasque peu profonde a ses bords profilés d’un tore et d’une doucine. — Son dossier, décoré d’une croix et de quatre ro-
1. Je n’apporte ce renseignement qu’avec réserve, car il est possible qu’il s’agisse d’urnes funéraires.
2. De beaux dessins de cette armoire ont figuré à l’exposition des Beaux-arts de 1882.