ORNEMENTATION
Après avoir retracé rapidement les principales dispositions sous lesquelles nous apparaît le chœur des églises chrétiennes, nous ajouterons quelques lignes
non moins courtes sur les ornements qui l'enrichirent : nous parlerons d’abord des mosaïques auxquelles l’art emprunta sa plus brillante et plus durable décoration.
La voûte absidale portait le plus ordinairement la figure du Sauveur en mosaïque ; celle de Sainte-Pudentienne qui remonte aux débuts du ive siècle est
CHŒURS
peut-être la plus ancienne. On y voit Jésus-Christ sur un trône somptueux, enseignant les fidèles groupés à ses pieds.
L’apparition qui eut lieu pendant la dédicace de Saint- Jean-de-Latran fut l’origine d’une image différente ; on figura le buste du Christ au milieu des nuages comme saint Silvestre l’avait vue en cette circonstance, et au-dessus d’une croix; la tribune de Saint- Jean et l'arc triomphal de Saint-Paul nous le montrent sous cet aspect. A Sainte-Pudentienne c’est la prédication divine, à Saint-Jean le crucifiement tel qu'il était symboliquement figuré aux Ve et vie siècles. Sur les fioles de Monza on voit de même le buste divin au-dessus d’une croix gemmée et accostée des témoins du Calvaire, sujet pieusement choisi pour rappeler le sacrifice de la messe.
Plus tard on voulut représenter, non la parole divine, le sacrifice du Verbe, mais sa puissance; on peignit souvent alors Jésus-Christ assis sur le globe terrestre comme sur le trône dont il a pris possession. On le voit ainsi à Rome, à Saint-Théodore du Palatin, Sainte-Constance, à Saint- Laurent-hors-les-Murs, à Saint-Vital de Ravenne, etc.
Souvent on observe en dessous une frise d’agneaux s’avançant à droite et à gauche vers le centre où l’Agneau divin est élevé sur un tertre duquel s’échappent les quatre fleuves mystiques. Ce sujet orne la tribune de Saints-Côme-et-Damien.
Une frise au bas des mosaïques, à l’imposte de la voûte hémisphérique, déroule la légende métrique qui célébrait la majesté du lieu et la munificence de ceux qui l'ont orné.
Une large guirlande dessinait le bord de la mosaïque formant une sorte d’arc-doubleau dans la tribune, ses branches vigoureuses chargées de fruits sortaient d’une corbeille ou d’un canthare pour aboutir au sommet à un monogramme.
La mosaïque n’était pas restreinte à la calotte hémisphérique. Les plus grandes surfaces n’effrayaient pas les artistes, qui, malgré le labeur qu’exige une telle peinture, rivalisaient avec les peintres de fresques. Après avoir couvert le fond de la tribune, ils se jetaient sur les larges tympans de l’arc triomphal. A Sainte-Marie-Majeure, dans une série de zones historiées qui font penser aux bas-reliefs de l’arc de Septime-Sévère, ils racontent les gloires de la Vierge d’Éphèse. Sous le trône majestueux qui forme la clef de l'arc, ils étagent ces tableaux de l’enfancede Notre-Seigneur. Voici l’ange à Nazareth.
— Marie parée comme l’impératrice Eudoxie présente l’Enfant au temple. — Hérode paraît, il reçoit les Mages, leur développe les rouleaux des prophéties ; les Mages viennent déposer leurs présents aux pieds de Jésus sur les marches d’un trône bien éloigné de la pauvreté de Nazareth. — Enfin les innocents sont arrachés à leurs mères et massacrés par les soldats. Cette mosaïque est un vrai poème qui devait d’autant plus frapper les imaginations qu’il n’embrasse pas, malgré le symbolisme qui l’enveloppe, des faits abstraits mais des scènes vivantes.
L’arc triomphal de Saint-Paul est orné d’une façon plus idéale. Au-dessous du buste colossal du Christ, sont rangés, dans le bas des tympans, les vingtquatre vieillards de l’Apocalypse et l’archivolte est ornée d’une inscription grandiose faite en l’honneur de Galla Placidia et de son frère, les ordonnateurs de l’ouvrage. Ces tympans portent ailleurs les figures des prophètes qui agitent leurs légendes comme des bannières devant un triomphateur.
Nous trouvons dans le Livre pontifical mention fréquente de la caméra basilicæ ; c’était souvent la calotte de la tribune ou la tribune elle-même qu’on revêtait d’or et de mosaïques 1 .
Nous pouvons citer le chœur de Saint-Vital de Ravenne comme celui qui conserve le plus parfaitement ses mosaïques originelles. — L’arc-doubleau qui domine l’entrée est encore couvert de ses médaillons d'apôtres, comme d’un chapelet gigantesque; au delà, au-dessus du chœur même, une voûte d’arète est enrichie de rinceaux.
De chaque côté de l’autel deux grands arcs superposés et subdivisés en trois arcades donnent passage dans les galeries supérieures ou dans les abords du chœur. — Les tympans des arcs du rez-de-chaussée contiennent des mosaïques bien en rapport pour le sujet avec le lieu et ses cérémonies sacrées, d’un côté le sacrifice de Melchisédech, l’offrande d’Abel, de l’autre le sacrifice d’Abraham, symbole de la messe.
i. 33. Silvestre (314). Cameram basilicæ (Saint-Jean-de- Latran) ex auro trimme in longum et in latum in pedibus quingentis.
Et cameram basilicæ ;Saint-Fïerre) ex trimma auri fui gentem.
Grégoire III (731), renovavit tectum S. Chrysogoni, martyris et cameram sive parielum picturas.
Léon III (795) à Sainte-Suzanne ædificavit ecclesiam cum absida amplissima et cacumina mirifica di musivo, atque cameram decoratam seu presbyterium et pavimentum marmoribus pulchris ornavit.