‹ La messe (volume 2)Chapitre 202 sur 245 · ORNEMENTATION. — MOSAÏQUES · texte numérisé non relu

ORNEMENTATION. — MOSAÏQUES

La tribune est éclairée par trois grandes fenêtres qu’on a rouvertes dans ces derniers temps. — Le bord de la voûte hémisphérique est orné d’une série de cornes d’abondance entrelacées, le cul-de-four d’une image du Sauveur entre quatre saints. — La tenture de mosaïques descend beaucoup plus bas que dans les églises romaines et laisse se dérouler à portée de la vue les deux célèbres tableaux de Justinien au milieu de prêtres et de soldats, deThéodora accompagnée de ses dames d’honneur qui porte au temple, dont on lui soulève le voile, un riche offertoriuçn.

Une description est impuissante à rendre l'effet de ce choeur, et de cette vaste tapisserie multicolore qui s’attache aux voûtes, aux arcades, aux tympans, aux pilastres, qui ne laisse pas un vide et ne s’arrête qu’aux colonnes et au soubassement de marbre.

Le mot tapisserie est celui qui exprime le plus fidèlement la riche apparence de ces peintures, dont les petits cubes sous le jour frisant qui les éclaire, ressemblent aux mailles irrégulières d’un tissu brodé. On aime, pour compléter l’effet imposant d’une telle décoration, à restaurer ce qui manque dans cet incomparable sanctuaire, à s’imaginer par la pensée les lourds balcons modernes écartés des arcades, le ciborium et la croix d’or relevés au-dessus de l’autel, l’iconostase, qui sans aucun doute fermait l’entrée, rétabli avec ses beaux marbres d’orient, enfin les transennes de marbre tamisant la lumière du fond, trop abondante aujourd’hui, jetant dans l’enceinte une lumière mystérieuse.

Ces mosaïques d’Italie frappaient vivement les pèlerins qui revenaient de Rome et qui rêvaient à leur retour d’en rappeler la splendeur dans leur patrie. — Au vne siècle, Benoit Biscop (690) rapporte de Rome le désir d’en imiter les peintures pour l’église Saint-Pierre qu’il vient d’ériger 1 , Bède (735) nous fait part des mêmes impressions et Charlemagne, dans ses constructions d’Aix-la-Chapelle, n'a pas d’autre pensée que de reproduire les splendides décorations qu’il admirait au Latran.

1. ... Picturas imaginum sanctarum quas ad ornandam ecclesiam B. Pétri apostoli quem construxerat detulit, imaginent videlicet beatæ Dei Genitricis semperque virginis Marias simul et duodecim apostolorum, quibus mediam et ejusdem ecclesiæ testitudinem, ducto a pariete ad parietem tabulato præcingeret, imagines evangelicæ historiæ quibus australem Ecclesiæ parietem decoraret; imagines visionum Apocalypsis B. Johannis quibus septentrionalem æquè parietem ornaret... (<Ann. bénéd., II, 1005, Vita S. Bened. Biscopi, Bède.)

Les voûtes et les parties supérieures du chœur étaient seules livrées aux mosaïstes. Cette peinture d’un si grand effet de loin, ne souffre pas, surtout traitée en manière décorative, d’être regardée de près. Je me souviens d’être monté prèsdes admirables mosaïques de Sainte-Marie-Majeure, et je me rappelle ma déception, en touchant ces petits cubes si savamment groupés, d’avoir vu s’évanouir leur expression et même leur signification linéaire. Je m’explique, par cette observation, la pensée des architectes qui réléguèrent les mosaïques au-dessus de l’imposte des arcs, pour couvrir les soubassements de revêtements de marbre. Ils y trouvaient en même temps un contraste très-heureux entre le mouvement pittoresque, la coloration des tableaux et la majestueuse tranquillité de ces marbres qui tombent comme de blanches draperies tout autour du chœur. Les yeux se reposent sur ces froides tentures où les veines allongées du proconèse semblent imiter de légers plis.

Ces longues dalles couronnées seulement d’une maigre cymaise et descendant jusqu’au banc presbytéral n’ont le plus souvent aucun ornement. Dans l’abside de Saint-Jean-de-Latran on voyait cependant des disques de porphyre de o 75 de diamètre. Nous pouvons citer même dans l’ornementation de ces soubassements une dépense de richesse considérable; à Sainte-Sophie de Constantinople, à Parenzo, nous voyons de magnifiques marqueteries de marbres ou de nacre. Signalons aussi dans l’abside de Saint-Georges-in-Velabro l’élégante ordonnance de pilastres cannelés avec chapiteaux à feuilles d’acanthe aiguës qui rappellent les édifices de Ravenne.

Les anciens chœurs qu’enveloppait un déambulatoire étaient aussi quelquefois ornés d’arcades qui les mettaient en communication avec ce portique. M. Stevenson a récemment découvert sur la voie Tiburtine une basilique dédiée à sainte Symphorose et dont l’abside fut reliée par une arcade avec une nouvelle église plus grande.

J’ai dessiné à Naples la tribune antique de San- Giorgio-Maggiore qui doit être démolie aujourd’hui pour le passage d’une rue nouvelle et qui, large d’environ 10 m, est percée dans le fond de trois arcades; deux colonnes corinthiennes surmontées d’un chapiteau à feuilles aiguës et d’un abaque avec chrisme paraissent indiquer une construction du vi" siècle '.

/. Ces lignes étaient écrites lorsque M. de Rossi (‘Bull. 1880, p. 1 5 1) a publié ce monument. Il croit que la chaire

CHŒURS

— Nous avons dit que la basilique de Saint-Martin de Tours avait son chœur ainsi tout entouré d arcades.

Ancienne abside de Saint-Giorgio à Naples. (Plan en détail d'un chapiteau.)

C’est aussi le genre de décoration que visait sans doute dans sa pensée l’auteur des mosaïques de Saint-Georges de Thessalonique ; on y voit figurées sous la conque absidale une série d’arcades soutenues par des colonnes ioniques; les archivoltes y sont enrichies de pendeloques en pierreries; au centre de chaque arcade une lampe est suspendue '. (Voy. p. 155.)

M. l’abbé Hytrek a dernièrement relevé, près de Tébessa en Afrique, le plan d’un oratoire à abside ouverte soutenue par des piliers et débouchant sur une enceinte de forme quadrangulaire 2.

Lorsque les constructeurs avaient de beaux fragments antiques sous la main, ils ne manquaient pas d’en profiter pour l’ornementation des absides. M. l’abbé Galante m’a fait voir à San-Giovanni-Maggiore de Naples une belle découverte qu’on a faite dernièrement au fond du chœur; on y a trouvé plongées dans la maçonnerie deux grandes colonnes corinthiennes cannelées et précédées d’un pilastre carré large de o m 5 5 sur lequel se déroulent les plus beaux rinceaux antiques. Ces colonnes soutenaient une arcade et accompagnaient le trône épiscopal 3.

épiscopale était devant l’arcade centrale comme dans le lampadaire Basilewsky et il explique ainsi le passage du Livre pontifical qui nous montre la chaire de Pascal Ier tout rapprochée du malroneum. (Voyez, p. 154.)

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