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Barbier de MontaulT, Églises de Rome, p

CHŒURS

desquels sont rattachés par des rubans de mosaïques, quatre disques plus petits. Au delà, après qu’on avait franchi la porte sainte, on marchait sur le dallage du sanctuaire orné de la môme manière, la marche d’autel est encadrée par une poste d’entrelacs en mosaïque qui comprend dans ses détours seize disques de serpentine et de porphyre.

Dans l’église Saint-Clément, dont la construction remonte à 1 1 12, la schola-cantorum est pavée dans le même style; on y voit dans le milieu, sur une longue bande, des rubans de mosaïque qui s’enroulent autour de onze disques.

Rien n’approchait de la richesse et de la beauté des dallages de Saint-Jean-de-Latran. On en juge imparfaitement aujourd’hui d’après ceux des nefs qui contiennent de nombreux éléments anciens, mais auxquels les remaniements modernes ont enlevé beaucoup de leur caractère. L’abside avait conservé jusqu’à ces dernières années son riche tapis de mosaïque, et j’ai pu, en 1870, en faire un relevé complet. Un losange, rattaché par des entrelacs à quatre disques, formait le motif central ; de chaque côté douze compartiments de dessins variés occupaient le reste de l’hémicycle. Ce dallage remonte au moins au xme siècle; on peut se rendre compte du soin qu’on y donna en comparant les cubes de mosaïque qui entrèrent dans sa composition avec ceux des nefs bien plus gros et plus désordonnés dans leur agencement.

Le pavage de Saint-Laurent-hors-les-Murs qui date du commencement du xiu' siècle, et qui nous montre encore dans ses dessins l’image des chevaliers donateurs, peut être cité comme un des plus remarquables. C’est toujours le même système décoratif, dessins composés de losanges, disques ou carrés de marbre ou de porphyre que rattachent les uns aux autres de brillants lacets de mosaïque.

On a donné le nom d 'opus alexandrinum aux marqueteries de marbre dont nous venons de citer quelques exemples ; on prétend que ce système décoratif tire son nom d’Alexandre-Sévère qui en fut l’inventeur selon Lampride. Je ne sais ce qu’il y a de vrai dans cette tradition ; il est possible que les Cosmati aient trouvé dans l’antiquité des modèles de leurs entrelacs, mais ils ont été surtout guidés dans ce travail parle désir de relier ensemble les dalles de porphyre et de serpentine qu’ils avaient sous la main et qui remontent à l’origine des basiliques.

La cathédrale de Sienne est peut-être la seule qui ait conservé un système complet de dallage historié, construit en marbre blanc et noir, ciselé et incrusté. Par l’opposition des tons ce dallage produit un effet dur, mais puissant ; on peut lui reprocher aussi de n’offrir au spectateur trop rapproché que d’insaisissables perspectives. Établi au xin° siècle il fut restauré dans le transept par Beccafumi au xvi'. Le transept, le chœur et le sanctuaire sont consacrés aux histoires juives *.

La France qui n’avait pas à sa disposition les riches matériaux dont la Rome antique fournissait une mine inépuisable aux architectes du moyen-âge, se servit souvent du procédé des mosaïques dans les dallages. Les cryptes de l’église de Saint-Germain d’Auxerre ont conservé un pavage en marbre noir et blanc qui remonte au ixe siècle. Gislemer, dans la description de l’église abbatiale de Saint-V incent, construite à Paris par saint Germain, dit que le pavé est composé de toutes sortes de pièces de rapport établies sur un fond d’or. Saint Palladius, évêque d’Auxerre (622- 667), construisant un monastère sous l’invocation de saint Eusèbe, évêque de Verceil, voulut que le culde-four de l’abside fut revêtu de mosaïques parmi lesquelles l’or n’était pas oublié. A Couson-au-Montd’Or il a été trouvé une mosaïque rouge et blanche qui paraissait remonter au ix' siècle. L’église de Germigny-des-Prés en possède une magnifique. ALescot, près Pau, il y a une mosaïque qui porte la date de 1 141 , elle est cachée sous le parquet des stalles2.

On garda longtemps l’usage des tableaux peints sur le sol en mosaïque; ainsi dans l’église deCruas, nous voyons dans l’abside, de chaque côté de l’autel, représentées les deux figures d’Élie et de Hénoc. Ce sont les pavements de ce genre dont saint Bernard fait reproche aux Clunistes: « Ne poussons-nous pas, « dit-il, notre vénération pour les images des saints, « jusqu’à en couvrir le pavé que nous foulons aux « pieds... Si- vous ne ménagez pas mieux ces images « sacrées, ménagez du moins vos belles couleurs. « Pourquoi ornez-vous ce qui va bientôt être souillé ? « Pourquoi chargez-vous de peintures ce qui sera « nécessairement foulé aux pieds 3? »

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