‹ La messe (volume 2)Chapitre 21 sur 245 · RAVENNE. — SAINT-JEAN-ÉVANGÉLISTE · texte numérisé non relu

RAVENNE. — SAINT-JEAN-ÉVANGÉLISTE

On remarquera que les animaux aquatiques semblent réservés pour le bas des compartiments; quant aux cadres supérieurs il ne paraît pas qu’il y ait eu d’ordre intentionnel et fixe. Les animaux se dirigent vers le centre, comme dans les marbres antiques et les plus vieilles mosaïques, où les apôtres, figurés par des agneaux et les colombes, s’avancent en sortant de Bethléem et de Jérusalem vers le Sauveur. Nous observerons que les zones comprennent six animaux de chaque côté, ce qui équivaut pour l’ensemble au nombre du collège apostolique.

L’agneau symbolise la pureté, la douceur, le martyre et enfin Jésus-Christ réunion de toutes les vertus. Le paon, dont la chair passait pour incorruptible, représente l’immortalité. Le cerf, la sage timidité qui fait fuir les tentations, la soif des eaux vives du Paradis; l’empressement à écouter la parole de Dieu. La colombe, la virginité, les noces divines, le Saint- Esprit. Le canard, l’élément de l'eau. Les poissons, les chrétiens régénérés par le baptême.

Si je ne me trompe, ces divers symboles figurent donc les fidèles qui viennent entendre la parole évangélique et les vertus qu’ils y doivent apporter pour en profiter, c’est-à-dire la pureté de l’agneau, la simplicité de la colombe, l’espérance immortelle du paon, l'empressement du cerf et le désir de la régénération dans les ondes baptismales.

En 1763, on retrouva sous le pavage de l’église Saint-Jean, un fragment d’ambon que nous avons dessiné dans l’oratoire de San-Bartolomeo; c'est le pilastre de droite d'un py-rgus1 comme celui du Dôme. Ce marbre, dans lequel les modernes ont profilé une cimaise et un larmier, dut servir de linteau. Le haut est fruste et rappelle la frise de mosaïque dont on l’a dépouillé, au-dessus sont trois trous, sans doute ornés jadis de cabochons, une figure de saint nimbé, et drapé avec assez d’art, le bras gauche levé sur la poitrine, puis, dans des encadrements successifs, un agneau, un cerf, un paon et une poule ou colombe; entre ces cadres, les champs étaient décorés d’incrustations de marbres découpés. (PI. CLXXVI.)

1. En 1678, il était encore en place comme semble le prouver ce texte de Fabri :

Meritano essere osservati il campanile di antica fabrica, ilpulpito, la scala per le quali si ascende al presbiterio. (Fabri, Ravenna ricercata? 1678.)

Garrucci, Stor. dell’arte, VI, pl. CCCCX, p. 10.

Muratori1 rapporte deux inscriptions qu’on lisait surl’ambon de Saint-Jean.

Celle-ci en avant :

Tco ’Ayico ’lcoavvt Qécâo)poç Y.ca Kcovoravriva ’A vodd'nxiy.v 'Ynép ’ Avanocvcrecç

Cette autre par derrière :

’E peù£co h rt Qecâcaiov nepiêpycv

C’est-à-dire : « Théodore et Constantine l’ont élevé à Saint-Jean pour leur repos. La renommée de cet ouvrage s’est étendue jusqu’à Théodose. »

Il est malheureusement difficile de faire coïncider la façon de notre marbre avec ces épigraphes. L’hypothèse qui se présente le plus naturellement à l’esprit s’applique à l’empereur Théodose II (408-450) qui régnait à l’époque de l’érection de la basilique (423) et dont l’image y était figurée; nous remonterions ainsi à l’origine de l’église et au ve siècle, mais cette donnée nous écarte trop de nos autres ambons identiques de style avec celui-ci; le nimbe du Saint qu’on y remarque ne paraît pas si ancien. Les donateurs de cet insigne ouvrage seraient-ils un exarque et sa femme ? Théodore Calliopas régna à deux reprises diverses de 648 à 649 et de 652 à 666, époques qui ne coïncident pas avec le règne de Théodose. Un second Théodose fut exarque de 678 à 687, son règne n’est pas fort éloigné de celui de Théodose III (716), mais Agnellus nous a laissé le nom de sa femme qui s’appelait Agathe, ce qui obligerait à supposer un premier mariage, de plus cette date ne s’accorderait plus avec le caractère du marbre. Ces données chronologiques trop incertaines, nous obligent à classer ce monument d'après son style intrinsèque, qui nous indique le vic siècle, d'une manière beaucoup plus probable.

Le palais Rasponi possède, sous son portique, un petit musée d’antiquités, qui prouve les goûts distingués du propriétaire et, parmi ces marbres, un fragment d’ambon, que nous avons gravé. Ce fragment se rapporte à un des pilastres, il comprend encore dans le haut une figure de sainte nimbée et les mains

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