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ESSAI DE RESTAURATION DES BASILIQUES PRIMITIVES

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saint Grégoire et d’autres. Les mêmes besoins suscitaient les mêmes programmes d’architecture, dont l’unité ici peut encore en quelque sorte être invoquée en preuve de l’unité dogmatique. Malgré quelques variantes de détails les grandes lignes correspondent partout chez les commentateurs les plus autorisés, ainsi qu’on le verra par le tableau ci-joint (p. 164.)

Après que les portiques d’arrivée, les vestibules étaient franchis, on entrait dans un vaste cloître carré environné de colonnes, tendu de voiles pour abriter les pèlerins contre le soleil ; c’était le usTxx/hov des Grecs ou l’atrium, nom importé de l’architecture civile dans la langue ecclésiastique. Là se tenaient les pénitents auxquels leurs fautes, encore imparfaitement expiées, défendaient l’accès du sanctuaire, ceux de la première classe, celle des pleurants qui demandaient aux fidèles d’offrir pouf eux leurs prières. Au centre de l’atrium une fontaine était destinée à purifier ceux qui allaient pénétrer dans le lieu saint.

De l’atrium on passait dans le narthex ; on y trouvait les pénitents de second ordre, c’est-à-dire les écoutants, les Juifs, les Gentils et ceux qui n'avaient pas le droit d’entendre tout l’office religieux. Ce lieu se nommait aussi ferula, probablement à cause des pénitences dont il était témoin. On traversait le seuil de la belle porte derrière laquelle se tenaient les prosternés, troisième classe de pénitents, puis on pénétrait dans la nef, au centre de laquelle s’élevait l’ambon accessible par un double perron du côté de l’est et de l’ouest : la foule des chrétiens se pressait tout autour et inondait les collatéraux, cependant là encore se dessinaient diverses précinctions : d’abord au centre la schola-canlorum pour les clercs et les chantres, dans le portique du nord la place des femmes, dans le portique du midi celle des hommes. Des subdivisions partagaient elles-mêmes ces enceintes ; du côté des femmes, les diaconesses se rangeaient au premier rang comme plus dignes d’approcher du sanctuaire, les vierges consacrées, puis les veuves et enfin les femmes mariées. Du côté des hommes des distinctions partageaient aussi l’assistance, les personnages élevés dans la république, les sénateurs tenaient le premier rang. Ces distinctions furent maintenues longtemps en usage, caria mosaïque de Venise que nous avons gravée (pl. XVIII) semble les indiquer encore au xme siècle. (Voyez pour les divisions l’église de Saint-

Sergius au Caire dont la fondation remonte au vi* siècle.) (Pl. CCL bis.) Dans les églises pourvues de tribunes au premier étage, le matroneum s’y trouvait quelquefois disposé comme à Saint-Laurent-horsles-Murs, à Sainte-Agnès, où de cette façon les femmes avaient une entrée séparée.

Lorsqu’on avait dépassé la schola-cantor um on arrivait à la porte sainte celle que le ménologe du Vatican ou les homélies du moine Jacques semblent comparer à l’entrée du saint des saints du temple de Jérusalem. C’était l’accès du béma, du sanctuaire proprement dit, que les prêtres avaient seuls le droit de franchir. A quelques pas devant cette porte s’élevait l’autel, son ciborium accompagné de crédences et enfin dans l’abside se développait l’exèdre sacerdotal dominé au milieu par le trône de l’évêque.

L’église du Sauveur, à Spolète (pl. CCXLIX), offre une curieuse et très-ancienne dérogation au plan normal de la basilique, le chœur s’y trouve accusé par la grosse construction de l’édifice et la coupole qui s’élève sur quatre forts piliers d’angle.

Il y eut aussi dans les premiers siècles des églises construites sur un plan circulaire ; les temples ronds, assez nombreux, ceux par exemple dédiés, à Vesta en donnèrent peut-être l’idée. Nous les voyons imiter à Saint-Étienne-le-Rond, à Saints-Pierre-et- Marcellin, qu’on dit copié sur un temple d’Ostie, dans l’ancienne cathédrale, aujourd’hui le baptistère de Florence, à Antioche, Néocésarée, Hiéropolis, à Derbé, etc. Cette disposition offre l’avantage de rayonner autour du tombeau ou du lieu vénéré situé au centre, ce qui fut le motif du plan de l’église de l’Ascension de Jérusalem.

La plupart des églises primitives appartiennent, comme nous l’avons montré, au plan basilical; il n’est pas difficile cependant dans ces origines de signaler des exceptions et d’y voir la source de l'architecture byzantine. Cette dénomination, on l’a déjà prouvé, n’est pas fort exacte en ce sens que les monuments qui la déterminèrent n’appartiennent pas tous à Byzance, ni même à l’orient, nous avons dans les régions latines des symptômes précurseurs du style, qui, sous le nom de Justinien et dans les splendeurs de Sainte-Sophie, ne devait pas tarder à faire son apparition dans le monde. La fable de Minerve sortant tout armée du cerveau de Jupiter est aussi vaine dans la mythologie que dans l’art, et l’idée de l’éclosion soudaine n’a pu venir qu’à des esprits dépourvus de tout sens philosophique. Sainte-Sophie fut une éclatante mani-

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festation d’un style d’architecture qui vivait depuis longtemps en Europe, dont nous retrouvons les traces dès le iv' siècle, et qui sans doute se serait révélé plus tôt sans la facilité que les constructeurs d’églises du Ve siècle trouvaient à s’établir dans les édifices profanes convertis à peu de frais. Nous ne faisons pas ici une histoire de l’art qui ne conviendrait ni à notre sujet ni aux limites qu’il nous impose; il serait trop long de nous livrer à cette étude, nous ne pouvons donc qu’indiquer brièvement ces origines.

En admettant le mot d’église byzantine, malgré son incomplète acception, nous devons la définir un édifice formé en croix grecque étendant ses branches égales, vers le chœur, la porte, les ailes et couronné d’une coupole. Sauf quelques variantes, tels que l’addition de plusieurs coupoles, l’adjonction des tribunes absidiales, la transformation des bras de la croix en hémicycle, le principe du plan est en somme une croix grecque avec une coupole centrale. Si nous admettons cette définition, nous serons facilement persuadés par les monuments eux-mêmes que Sainte- Sophie dans l’histoire de l’architecture eut de lointains prédécesseurs.

Pour découvrir les premiers plans en croix grecque il faut descendre dans les catacombes, où une multitude de cubiculacarrésprésentent leurs arcosolia comme les branches égales d’une croix. Après le triomphe du christianisme, saint Grégoire de Nysse (330-400), selon Eusèbe, construit un oratoire dont la partie centrale octogonale reliait quatre branches égales, dont trois formaient des chœurs et quatre des niches dans leurs intervalles ; Constantin bâtit à Antioche une église analogue; Saint-Nazaire-le-Grand, à Milan, que Hubsch fait remonter au iv° siècle, a de même au milieu une coupole octogonale à laquelle viennent se rattacher les quatre ailes de l’édifice. Saint-Laurent dans la même ville et les chapelles adjacentes présentent des spécimens semblables et contemporains.

Les exemples pour le vc siècle ne seraient pas plus difficiles à trouver, les tombeaux de Ravenne, les oratoires construits par saint Hilaire autour du baptistère de Latran, celui de Sainte-Croix surtout, sont les caractéristiques qui, un siècle plus tard, à Constantinople, prendront le surnom de byzantines.

En orient même nous pouvons citer des monuments antérieurs à Justinien et datés. L’église d’Ezra, de 5 10, affecte la forme d’un octogone flanqué de niches et d’un chœur en face de l’entrée. La cathédrale de

Bosra (5 12) possède une vaste coupole avec niches et abside.

Il est impossible de ne pas reconnaître dans ces églises des ébauches de l’œuvre colossale qu’entreprit Justinien en fondant Sainte-Sophie en 532. On y retrouve les principaux traits que nous venons de signaler, c’est-à-dire la voûte centrale, les bras de la croix et le plan enfermé dans une enceinte carrée.

Les églises des Apôtres, de Deipara ad Blachernas, de Sainte-Irène, de Saint- Michel-sur-l’Anaple, de Saint-Sergius, construites par le même prince à Constantinople complétèrent le modèle que tant de villes imitèrent si longtemps.

L’enthousiasme de Justinien pour son œuvre était légitime et fut partagé par tous les constructeurs qui lui succédèrent; on peut dire que Sainte-Sophie dans les églises construites sur son modèle eut une suite triomphale. Elle était à peine achevée que nous les voyons surgir sur tous les rivages du Pont-Euxin et de l’Asie-Mineure ; Trébizonde, Ancyre, les villes de Lycie, Myra et Cassaba, nous en offrent encore des témoignages visibles.

Avant la fin du vie siècle, nous voyons la même inspiration souffler sur les côtes de Grèce et y faire germer d’admirables monuments, à Salonique, au Mont-Ossa, à Osphino, Navarin, Modon, Androussa et enfin à Athènes même qui abaisse ainsi devant Constantinople son antique souveraineté artistique.

Ce n’est pas tout, pendant que Justinien est maître de l’exarchat il élève à Ravenne l’église de Saint- Vital, comme une pierre d’attente du byzantinisme, encore presqu’inconnu en occident. Ce ne fut qu’aux xi° et xne siècles, à la suite des Croisés, que l’essor devait être donné et alors nous voyons le plan de Sainte-Sophie se répandre dans une grande partie de la chrétienté, depuis Venise et Périgueux jusqu’à . Lagoda, Nowgorod et Moscou. Ce fut le moment de triomphe de la coupole, et les églises de tout le littoral italien, Pise, Ancône, Monreale, Palerme la joignent à la forme basilicale de leurs nefs.

On peut dire qu’au vi° siècle toutes les formes d’églises étaient inventées, elles purent varier dans les détails, la basilique au lieu d’être soutenue par des colonnes cylindriques, le devint au xine siècle par des faisceaux s’élançant à perte de vue vers des voûtes aériennes, mais la nef, l'antique navire dont parlent les Constitutions apostoliques, conserve sa forme générale ; la cathédrale de Paris avec ses cinq nefs n’est

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pas fort différente de l’antique Saint-Jean-de-Latran, comme Saint-Marc de Venise ou Saint-Front de Périgueux ne s’écartent pas beaucoup de Sainte-Sophie, leur type original.

A partir de l’époque justinienne on voit se dessiner deux courants dans l’architecture religieuse, l’un qui traverse surtout les régions latines que caractérise le plan basilical, l’autre représenté par la croix grecque qui couvre l’orient et les pays Scandinaves et que l’on nomme byzantin.

De Constantin à Justinien, la basilique l’emportait généralement; les grandes églises du ive siècle furent érigées sur son modèle, mais depuis Sainte-Sophie, les influences se divisent et si nous rencontrons encore des basiliques en orient, si nous en voyons jus¬

qu’en plein xe siècle représentées dans les miniatures grecques, si d’autre part, nous voyons le type byzantin dominer à Venise et poussersesconquètesà travers les Cévennes jusqu’à Périgueux ou à Germigny (808) sur les bords de la Loire, on peut cependant dire, d’une façon générale, que les deux styles se sont partagé l’orient et l’occident de la chrétienté.

Au lieu d’un exposé rapide sur un tel sujet, il y aurait matière à une synthèse immense, qu’il nous est impossible d’entreprendre ici, et qu’on peut d'ailleurs trouver dans beaucoup d’excellents ouvrages, notamment dans Hubsch. Nous nous contenterons donc d’exposer ici un tableau qui fera mieux saisir qu’une dissertation plus longue ces transformations, à travers les siècles.

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