LEO TERTIVS EPISC. FECIT
J'avais pensé d’abord qu’il s'agissait du pape saint Léon et du commencement du ixe siècle, mais l’histoire de Noie, comme on l’a dit, nous permet de remonter à une époque plus reculée et d’attribuer cette construction à Léon III, évêque de Noie, qui florissait au commencement du vme siècle.
On descend neuf marches jusqu’au sol de la chapelle. Nous ferons remarquer que ce sol est à peu près le même que celui de la basilique de Saint-Félix, mais qu’il est un peu supérieur à celui que le diamètre des deux colonnes de cipolin nous permet de supposer sous leur base.
Le plan de la chapelle est très - intéressant (pl. LVII et CCL), il se compose de trois parties : i° Une sorte de presbyterium avec autel appuyé au mur du fond fut restauré au xvne siècle, par Carlo Guadagni. L’autel est dédié à saint Jacques et sur les murs on voyait représentés ses miracles; il reste quelques traces de ces peintures, mais trop rares et trop effacées pour que nous puissions recomposer des tableaux. Au-dessus de l’autel, nous avons cru distinguer encore un personnage assis.
Ce chœur était éclairé par une fenêtre ouverte dans le mur extérieur et l’était par deux longues fenêtres qui le mettent en communication avec l’autre partie de la chapelle. De chaque côté de l’autel, dans la muraille du fond, sont creusées deux petites niches de om 35 sur om 22 de profondeur, destinées proba-
ÉGLISES
blement à recevoir les instruments du saint sacrifice ou les réserves eucharistiques.
A gauche on voit sur le sol un ancien sarcophage ouvert, celui peut-être qu’on retrouva pendant la restauration du xvnc siècle et dans lequel on découvrit un corps revêtu de vêtements épiscopaux. Là, descendait autrefois un petit escalier pour conduire à une grotte, celle, je crois, où la légende nous montre saint Félix se cachant et où des araignées en filant leurs toiles le dérobèrent aux recherches des persécuteurs.
20 La seconde partie de la chapelle éclairée du même côté se compose d’une pièce carrée couverte d'une voûte d’arête et garnie de deux petits autels placés à droite et à gauche du grand arc. Ces autels sont évidemment du v 111e siècle, ils rappellent beaucoup par leur construction ceux de Provence que nous avons publiés ; érigés en plusieurs assises, élevées de im 04, ils ont vers le milieu une niche carrée de om 19, revêtue de plaquettes de marbre et dans laquelle se déposaient les saintes reliques. La dalle de l'autel de gauche est un ancien marbre funéraire qui porte encore sur sa surface les caractères témoins de son ancienne destination. Les deux autels sont appuyés à deux niches peu profondes, dans lesquelles sont peints des bustes de saints sur fond bleu, l’un porte un livre, il est nimbé et son nimbe est orné de perles. (PI. LV II.)
Sur la muraille septentrionale de la chapelle, on voit dans le soubassement une niche de om 30 sur o 35 de profondeur. Deux trous de côté nous font présumer qu’elle était jadis fermée par une grille. Elle est entourée de plaquettes de marbre, celle du bas est percée de cinq trous. C’est la fermeture d’un puits consacré par le sang des martyrs. On ajoute qu’une femme ayant voulu un jour y descendre son chapelet, le retira tout sanglant et que l’ayant posé sur une pierre de la chapelle il s’y produisit une tache rouge indélébile.
3° La troisième partie de la chapelle des saints Martyrs est une petite chambre obscure, carrée, donnant dans la salle centrale et garnie d’un banc. La longueur totale des deux salles et de 12'" 64.
A peu près en face de la porte des saints Martyrs, s’ouvre un petit porche qui précède l’entrée de la basilique de Saint-Félix; il est flanqué de deux colonnes doriques en granit que je crois mises en œuvre à l’époque de la chapelle de Léon III, car leurs
bases sont au même niveau que les pilastres qui portent le nom de cet évêque.
A gauche est un portique sous lequel descend la scala-santa, c’est-à-dire l’escalier composé de dixsept marches qui conduit à la prison de sainte Archelaa, vierge et martyre, et compagne de sainte Thècle. On visite au bout de cet escalier deux petites salles sombres et voûtées, dans la première on voit un fragment de colonne qui avait jadis plus de im 30 de haut, mais qui est maintenant extrêmement réduite par les mutilations que lui ont fait subir les pèlerins. La seconde prison possède un puits sacré, couvert d’une dalle de marbre rouge et percé par derrière d’une petite niche à fleur du sol; il ressemble plutôt à un autel.
Le campanile est contigu à la prison de la vierge; on sait qu’une tradition fait honneur à saint Paulin du premier emploi des cloches, j’ai autant de peine à y croire qu’à l’origine antique de cette tour. Elle est peut-être assise sur des fondations antiques, mais je ne la regarde pas comme antérieure à l’évêque Léon. C’est un édifice de pierre, carré, peu élevé, percé à mi-hauteur de fenêtres allongées et couronné d’un pavillon également carré, en retraite, que surmonte une pyramide octogonale. A une certaine époque, il dut menacer ruine, car l’angle nord-ouest est soutenu par un éperon du côté de la basilique.
Entrons dans la basilique de Saint-Félix qui s’ouvre devant, nous au pied de cette tour. La porte est surmontée d’un arc architravé dont le linteau est soutenu par deux consoles. A la partie inférieure deux petits pilastres de marbre carrés, terminés en pointe avec une croix et ornés d’entrelacs, ont été sans doute arrachés aux chancels du sanctuaire. Lorsque le seuil est franchi, on pénètre dans un vestibule où l’on remarque seulement, à droite en descendant l’escalier, un arcosolium avec un sarcophage antique. Le sujet du bas-relief est profane, il représente un combat, des chars, des personnages renversés, etc. Quelques pas plus loin on entre dans l’ancien presbyterium de la basilique de Saint-Félix, large enceinte de iom 33 sur 1 2m 25 arrondie en forme de tribune et terminée en face par le quinconce de colonnes que nous décrirons tout à l’heure. La voûte a dû être soutenue par deux gros piliers carrés placés au milieu. Le jour n’y pénètre que par une croisée au fond, dans laquelle on voit encore l’antique clôture en marbre ajouré que nous avons estampée. Un banc circulaire fait le tour de la tribune; les marches qui
NOLE (ÉTAT ACTUEL)
lui servaient de base manquent aujourd’hui. Les re vêtements de marbre ont également disparu ; je n’ai observé dans le mur aucune reprise qui nous autorise à supposer cette abside percée, comme l’était la basilique de Sainte-Symphorose près de Rome. Le trône de l’évêque fait aussi défaut. On remarque des restes de peintures sur les parois des murs.
Un perron de neuf marches conduit de là à la sacristie; les marches paraissent anciennes. On a entassé dans cette enceinte une multitude de marbres qui proviennent de l’ancienne basilique, mais qui appartiennent à des époques fort diverses ; nous décrirons les plus importants.
On y voit d’abord un arc de marbre qui provient, croyons-nous, de l’ancien ambon et dans sestympans figuré en bas-relief, un lion menaçant un bœuf. Remondini attribue l’ambon à l’évêque Lupenus (f 786), il nous semble que le style de cette sculpture plate et archaïque le rapproche de cette origine et confirme cette opinion. Près de là sont jetés un pilastre de transenne de om 1 5 x om 20 avec entrelacs, une base d’un pilier octogonal (de om 27 à la plinthe sur om 18 dehaut), un chapiteau ionique (haut de ora 17, large en diamètre de om 30), un autre chapiteau corinthien (om 50 de haut, diamètre om 37), un fragment de colonne (om 45 de diamètre), divers pilastres où s’encastraient autrefois les dalles de clôtures avec leurs anciennes rainures (im 10 de haut sans le pyramidium, om 09 de côté, pl. CCXXXII).
Entre les deux piliers qui soutiennent aujourd’hui la voûte, on voit un grand panneau de clôture (im 03 de haut sur 2m 30 de large) il se compose au milieu de deux oiseaux affrontés sous un fronton de omçide large et de deux arcades avec niches, coquilles et dessins géométriques. Ce marbre appartenait certainement au même ouvrage que le panneau encore debout, entre deux colonnes de quinconce; celui-ci sans doute coupé pour être mis en place, n’a plus que 1 m 9 5 » sa hauteur est de imo8, il présente deux griffons affrontés et buvant dans un calice. (Pl. CCXXXI.)
Nous trouvons encore un arc dont les dimensions analogues à celui précédemment décrit, laissent supposer qu’il entrait dans la composition de l’ambon. Au-dessus de l’arc, un agneau crucifère dans un médaillon, aux tympans l'aigle et le lion évangéliques portant des livres. (Pl. CLXXXIV.) Près de là un fragment de clôture (ira 16 de haut, sur imqo de large), sur un des côtés la feuillure subsiste. La moulure d’appui a om 20, les imbrications qui ornent ce
panneau ne sont pas à jour mais creusées à une petite profondeur et ornées d’espèces de fleurs de lys. (PL CCXXXII.)
De l’autre côté de ces dépôts de marbre, on a placé un grand sarcophage antique (2™ 12 sur om 77 et om 68). Le bas-relief est d’une belle époque et représente des scènes profanes, un chasseur caressant un chien, des génies ailés, un char, etc. La face latérale est brute. — A gauche, une cuve baptismale me paraît dater du moyen-âge.
Par un perron de quatre marches on descend dans le quinconce de colonnes. On trouve là d’abord une chape de briques portée sur deux colonnettes de marbre noir avec taches blanches. Remondini parle de chapiteaux avec les images de saint Félix et de saint Faustillus et pour un temps antérieur d’une figure de mosaïque du Saint qu’on avait peint au-dessus.
A droite de l’autel on lit cette épitaphe de l’évêque Félix II :