‹ La messe (volume 2)Chapitre 222 sur 245 · De Vogué, Églises de Palestine · texte numérisé non relu

De Vogué, Églises de Palestine

Dei et sanctorum Felicis et Paulini, Ruji, Laurentii et Patritii.

Lupenus Episcopus fieri præcepit.

Noie eut un évêque du nom de Lupenus à la fin du vme siècle; le même auteur a retrouvé ce nom dans l’ambon, avec cette inscription qui lui est relative : Hoc opus Lupenus renovabit... Nous avons cru reconnaître dans quelques marbres des fragments de ce monument que leur style reporterait à la même époque; il résulte donc de l’inscription et des ruines qu’il y eut alors dans la basilique une restauration, un renouvellement et sans doute des reconstructions.

Les évêques des vm' et îx* siècles ne pouvant plus soutenir l’antique magnificence, durent se contenter de sanctuaires qui ressemblèrent à des nids logés dans des ruines. On vit les anciennes constructions coupées par les murs, des chapelles, telle que celle dite Santo-Apostolo, (peut-être dans la continuation de sa nef vers l’est), les belles colonnes de cipolin remplacées par des colonnes de granit grossières, surmontées de chapiteaux barbares, dont on découvre encore les restes dans les constructions inférieures de l’église moderne.

L’histoire ecclésiastique de Noie nous offre peu de renseignements postérieurs, et je suis persuadé que l’état de choses que nous venons de signaler était à peu près celui que vit Ambrogio Leone, lorsqu’il le décrivit au commencement du xvi' siècle. En faisant l’inventaire des marbres de la basilique, j’ai retrouvé des fragments antiques, d’autres des vm”, et ixc siècles, mais je n'ai rien retrouvé de postérieur, et si les siècles suivants avaient ici mis la main à l’œuvre, il nous resterait sans nul doute des témoins de leurs ouvrages. Remondini parle de mosaïques du xe siècle, mais elles ont disparu et rien n’authentique cette date.

Ambrogio Leone devant ces ruines a cherché à retrouver la basilique de saint Paulin; il la suppose chevauchant l’ancienne ; la supposition ne peut soutenir un instant d’examen, nous rapporterons toutefois le témoignage du premier archéologue qu’ait tenté cette restauration parce qu’on y trouvera la description de divers objets qui ont disparu ’.

1 . Ambrosii Leonis, De Nola, c. xii, De basilica et episcobio antiqtio deque reliquiis divorum qua inibi eranl. Cet ouvrage se trouve inséré dans VItalia illustrata, p. 939- Je l’a* consulté à la Mazariue où il est catalogué sous le numéro 5685.

ÉGLISES

« Nous avons exploré (i 5 14) la basilique de Saint- Félix (celle qui est sous le chœur) laquelle devait s’étendre jusqu’à la via Portelli, où étaient trois portes de ce temple, comme dans ce lieu un exhaussement du sol semble le rappeler. Il est clair qu’elle regardait le nord et s’étendait vers le midi1. La basilique de Paulin avait ses portes sur la via Cortefellana et s’étendait vers le nord. Car, ainsi qu'il le dit, elle n’était pas orientée. De là on peut conclure que la surface de la présente église et de ses trois cellæ a pour base la basilique de Paulin. On peut y ajouter toute la chapelle qu’on appelle maintenant Santo- Apostolo et tout l’emplacement derrière les trois cellæ sur toute la longueur de la chapelle Santo- Apostolo. En effet la longueur de la basilique de Paulin du midi au nord s’étendait sur une longueur de vingt-cinq pas, elle était divisée par deux rangs de colonnes. Donc le côté droit et oriental de la basilique de Saint-Félix était réuni avec le côté gauche et occidental de la basilique de Paulin, de sorte qu’elles formaient les figures de deux dés. Elles correspondaient de telle sorte que l’angle de l’une touchait au côté milieu de l’autre.

« De l’ordonnance des colonnes on peut conjecturer qu’elle avait une grande étendue et que la chapelle Santo-Apostolo, sans doute construite depuis avec les ruines de l’édifice, était comprise dans ces limites et que les belles colonnes qu’on y voit maintenant faisaient partie de cette grande basilique.

« L’antique siège épiscopal fut Saint-Félix, où était autrefois Jupiter. C’est là que mourut Félix le jeune qu’on enterra sur le côté oriental de ce sanctuaire.

« Le siège épiscopal fut transféré dans les nouveaux édifices construits sur l’emplacement de la basilique de Paulin dont nous avons parlé. De telle sorte que la muraille qui séparait les deux basiliques et dans laquelle Paulin ouvrit trois arcades, cette muraille se trouvait où est maintenant la muraille occidentale de l’église épiscopale, et touche du côté de l’occident à la chapelle souterraine de Saint- Félix.

« Celui qui, placé sur le côté septentrional de la nouvelle basilique, regardait vers le couchant, voyait les trois nefs de l’ancienne. De même celui qui se tenait sur le côté méridional de l’ancienne basilique

1. On voit d’après cela comment l’auteur s’oriente peu exactement.

et qui regardait vers le nord les trois nefs de cette basilique voyait aussi celle de la nouvelle. »

L’église moderne est perpendiculaire à l’ancienne, les constructeurs n’eurent sans doute pas l’idée, à laquelle on tenait de moins en moins, de l’orienter, mais ils voulurent ainsi placer le chœur au-dessus du four de saint Janvier, comme sur une sorte de confession. Il est probable que ces travaux eurent lieu après les ravages qu’une éruption du Vésuve produisit au commencement du xvn* siècle. L’évêque Lancellotti (161 5) y fit graver une inscription qui nous les rappelle et que Ughelli nous donne :

Ædiculam videns viator venerare,

hic est ille carcer, quem Beatus Januarius decoravit, hæc est ilia fornax quœ eundum citra noxarn accepit, ve getiorem emisit utrumque locum orbi universo celebrem

inter prœcipuas urbis Nolæ reliquias

temporis injuria deformalum ob repressum iterum hoc anno MD CX XXI Vesuvij sævienlis furorem Joanne Baptista Lancellotto Pontijice

Capitulum Nolanum restituit.

Cet évêque, l'avant-dernier, mourut en 1656.

Remondini nous dit qu’à la fin du même siècle toute la muraille septentrionale de Saint-Félix s’écroula, on ne put la rebâtir et ce fut sans doute à cette occasion que le prince Girolamo Albertini qui gouvernait la terre de Cimitile fit un chœur et un autel magnifique ’.

Nous trouvons dans cet auteur une restauration des basiliques tracées probablement sur des documents qui nous font défaut. Canina la répéta à peu près dans celle qu’il publia il y a quarante ans.

Ces données historiques et ces documents en mains, passons à la description de l'état actuel des basiliques.

1 . Cadde rovinosamente sul terminar dello scorso secolo conle colonne ed archiche v’erano lamuraglia settentrionale con gran dannodi tutta la chiesa. Rifar non si potè, fu riparato da D. Girolamo Albertini che con titolo di principe

NOLE (ETAT ACTUEL)

État actuel. — A l’est du Vésuve s’étend une des plaines les plus fertiles de la Campanie; dans aucune région de l’Italie on ne saurait citer une végétation plus luxuriante ; des guirlandes de pampres touffues et chargées de grappes se balancent d’un arbre à l'autre, abritant, sans leur nuire par leur ombre, des moissons de maïs. Çà et là, au milieu de ces champs fortunés, s’élèvent de blanches métairies avec leurs terrasses, leur porche, leur area ; on se croirait dans l’antiquité, telle que les fresques de Pompéï et les poètes nous la représentent.

C’est au milieu de cette campagne féconde que s’élève la ville de Noie. Au xve siècle, suivant le dessin que nous en a laissé Ambrogio Leone’, elle était entourée d’une double enceinte et protégée du côté de Naples par une forteresse. Les murailles ont disparu, mais la forteresse subsiste en partie et on reconnaît encore son donjon en arrivant à Noie.

Près de cette ville s’élève l’église Saint-Félix, que les vers de saint Paulin ont rendue si fameuse dans un lieu où furent enfermés et martyrisés les anciens témoins de la foi chrétienne. Un village s’est établi près de ce vénérable cimetière. On sait par de nombreux exemples que les corps des martyrs chrétiens étaient jetés dans des puits, ainsi en fut-il à Ravenne, à Rome et ailleurs; c'est ce qui explique les puits qu’on y montre encore et au-dessus desquels la piété des fidèles éleva des sanctuaires.

L’entrée de la basilique donne sur la rue principale, non directement mais au bout d’une cour.

Autour de l’entrée tout est moderné. Je n’y ai observé que la partie supérieure d’un fût de colonne en marbre blanc cannelé et garni de son astragale. Le diamètre égale om 36, dimension semblable à celles de colonnes que nous aurons bientôt l’occasion de décrire et qui nous rappelle peut-être celles du vestibule.

La façade de l’église de iqm 50 de largeur est toute moderne et dans le style que la fin du xvie et le xvne siècle ont tellement répandu en Italie. A gauche s'ouvre un passage qui conduit à la chapelle des Martyrs.

A l’entrée on pénètre dans une sorte de petit vestibule; on y remarque deux colonnes de marbre

signoreggiavj, questa si nobil terra di Cimitile ed anche più diquel, che fù per l’addietro, allungandola vi costrusse con ampio coro sontuoso altar maggiore dalla parte d’oriente.

t. Opusculum di Nola. (K. 33 de la Bibliot. nation.)

cipolin, qui n’ont plus hors du sol qu’une hauteur de im 12, qui sont d’axe en axe à 2m 44 de distance et dont le diamètre supérieur est d’environ om 33, à peu près le même que celui des colonnes de la basilique de Saint-Félix. Le fût est couronné d’une astragale et d’un épais tailloir très-fruste et qui peut avoir formé à une certaine époque une sorte de chapiteau dorique. Ce tailloir, à coup sûr postérieur à la colonne elle-même, ne doit pas l’être à sa mise en œuvre au lieu où elle se trouve, il est incontestablement antérieur aux travaux du vme siècle qui l’entourent.

L’entrée de la chapelle des martyrs est flanquée de deux piliers de marbre blanc de om 17 de côté, ornés de losanges, surmontés de chapiteaux corinthiens de om 20 et de consoles feuillagées qui portent le linteau; on lit sur le listel supérieur cette inscription qui nous livre la date de la reconstruction de cette chapelle et le nom de son auteur (pl. L V 1 1 ) :

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