CARMEN X
Agmina concharum sériés densata coacto Marmore, mira oculis aperit spatiantibus arte.
Nous croyons donc pouvoir compléter avec le second poème la description que nous venons de commencer avec le premier.
Les colonnes du portique étaient en marbre aussi blanc que la neige :
... Atque infra niveisredimita columnis. (Carm. x,66}.)
Ne pouvons-nous attribuer à ce signalement le tronçon de colonne cannelée et blanche que nous avons mesuré devant l’église et qui se trouve non loin de l’endroit où s’élevaient les portiques en question?
Des chancels étaient disposés dans les entre-colonnements. Au milieu du compluvium se dressait un canthare éclatant, recouvert d’un dôme de treillage, édifice qui ressemblait à une tour. Le ciborium de Sainte-Sophie est appelé par le Silentiaire ripy os; l’usage de ces dais ajourés s’est perpétué dans le moyen-âge.
Quatre autres conques occupant les angles du compluvium y jetaient des ondes argentées au milieu des fines sculptures de leurs marbres. Dans les portiques, nous dit saint Paulin, les pèlerins peuvent se promener, et s’ils sont fatigués, s’appuyer aux chancels qui séparent les colonnes. De là ils peuvent à pied sec contempler le jeu des eaux, admirer les fontaines dont les ondes jaillissantes se livrent un doux combat. Ces portiques ne sont pas seulement commodes en hiver, ils n’abritent pas seulement des vents glacés, mais ils réjouissent aussi pendant l’été par l’ombre de leurs toits.
Les fontaines étaient ornées de vases; elles se composaient peut-être, comme nous le voyons dans la mosaïque de Saint-Vital, à Ravenne, d’un vase de marbre élevé sur une colonne. Les eaux retombaient des lèvres du vase dans un bassin de marbre étendu tout autour :
Cælera disposilis stans vasa, sub ccthere nudo Fonticulis.... (Carmen ix, p. 66}.)
La partie la plus intéressante de ce vestibule étaient les cellæ, auxquelles il donnait accès :
Inierquæ etmodicisvariatur gratia cellis. (Carm. x,66}.)
i. Migne, p. 664.
« Dans l’intervalle s’élèvent de petites et gracieuses « chapelles (cellis), séparées en trois, elles sont ce- « pendant attachées à un seul portique et elles ont « leurs trois entrées fermées par des grilles mobiles « (cancellis currentibus). On voit peints dans celle « du milieu les noms pieux des martyrs qu’illustra « une gloire égale dans des sexes différents. Quant « aux deux chapelles qui s’ouvrent à droite et à « gauche, la fidèle peinture les orne d’une double « histoire. L’une présente les actions sacrées de « saints personnages. Job tenté par les plaies, Tobie « par la cécité. L’autre rappelle celles d’un sexe « plus faible; on y voit peinte l’illustre Judith et en « même temps Esther, cette reine puissante. »
Saint Paulin parle plus loin de -trois basiliques; M. l’abbé Lagrange pense qu’il s’agit de ces oratoires, mais le texte semble indiquer de plus que le vestibule s’ouvrait sur les grandes basiliques, ce que nous avons cherché à reproduire dans notre plan :
Basilicis hæc juncta tribus, patet area cunctis, Diversosque adilus ex uno pandit ad omnes,
Atque itidem gremio diversos excipit uno A tribus egressos . (Id., 66}.)
En tous cas, il n’est pas permis de les confondre avec les autres basiliques, parce qu’ils étaient tous du même côté, attenant au même portique et que leurs portes étaient rapprochées :
Apposilas lateri tria comminus or a recludunt,
Trinaque cancellis currentibus ostia pandunt. (Id.)
Je n’ai pas hésité à les placer du côté de l’ouest, car nous retrouvons précisément en cet endroit, sous le même vocable des Saints-Martyrs, le sanctuaire du milieu dont il nous reste deux colonnes :
Marlyribus mediam pictis pia nomina signant,
Quos par in vario redimivil gloria sexu. (Carm. x, 66}.)
Comme nous l’avons vu dans la description de l’état actuel, cette chapelle a été remaniée au vme siècle, elle a été tournée dans un sens opposé, mais son sol est encore celui des édifices antiques, puisqu'on fut obligé alors de construire neuf marches pour y descendre ; le puits de sang existe encore, on voit l’entrée de la grotte où se réfugia, dit-on, saint Félix et ce qui est d’un prix inappréciable pour nous, deux des colonnes de cipolin qui divisaient les nefs de cette petite basilique subsistent encore. Leur base
EGLISES
doit être sur un niveau peu inférieur à celui de la basilique de Saint-Félix. Dans les ruines que nous étudions, lorsque des murs sont remblayés de im 50 à 2 m, nous pouvons être sûrs de nous trouver en face d'un monument du ive siècle; au commencement du vme siècle il dut y avoir un bouleversement dans les antiques constructions qui explique un remblai si considérable; nous pouvons voir aujourd’hui dans ce fait une caractéristique de leur âge à peu près certaine. J’ajouterai que le marbre cipolin semble à Noie appartenir particulièrement au temps de saint Paulin.
Ce riche vestibule dans lequel à la place d’un vieux jardin mal tenu (post stercoris usum *) on avait accumulé tant de richesses, multiplié des trésors de marbrerie, de peinture, amené l’eau dans des conques de marbre pour fertiliser les plates-bandes de roses et de lauriers répandant leurs parfums au pied du sanctuaire, ce riche vestibule n’était que le prélude d’autres magnificences. Il donnait du côté du nord accès dans l’atrium entre les deux grandes basiliques. Saint Paulin dans le natale ix, après avoir décrit les fontaines et les portiques du vestibule parle d’un atrium auquel il était joint par des arcades :
. Quod in alria juncta
Pandiiur, insertos socians disjuncta per arcus.
(Carm. ix, p. 659.)
Il n’y a pas à se méprendre, car cet atrium ne pouvait se trouver que sur la face opposée à l’entrée, et de plus nous devons forcément le supposer intermédiaire entre la basilique de Saint-Félix et la nouvelle basilique, car les vers de saint Paulin distinguent les arcades d’entrée des deux églises.
Au-dessus de ces portiques et même au-dessus des collatéraux des basiliques, s’élevaient des cellules pour les hôtes1 2 du monastère qui venaient vénérer le glorieux tombeau :
Sed rursum redeamus in atria ; conspice rursum Impositas longis duplicato tegmine cellas Porticibus, metanda bonis habitacula digne,
Quos hue ad sancti justum Felicis honorera Duxerit orandi studium, non cura bibendi.
(Carm. ix, p. 657.)