SUB TEMPORE DIOPRANDO REGE
C’est la même formule et la même faute qui substituent l’ablatif au génitif. Les D sont faits en A, les G sont tracés en faucille; il règne dans l’ensemble la même incorrection et inégalité des caractères. Il me parait difficile de ne pas considérer ces épigraphes comme contemporaines.
Le baptistère de Cividale (734-736) présente aussi des traits de ressemblance tels que les feuilles de vigne et les grappes de raisin alternativement distribués dans les rinceaux. Le ciborium de Classe (807-812) porte des grappes d’une forme très-spéciale, dont les grains sont fortement sertis par un liseret saillant. Ces rapprochements nous paraissent décisifs pour choisir le milieu du vmc siècle, comme date de notre ambon, dont le travail méthodique incline vers la manière carlovingienne sans en avoir encore la lourdeur. (PL CLXXXII-CLXXXIII.)
Nous devons le relevé de ce monument à M. Messori, qui n’a cessé de porter à ces études l’intérêt le plus efficace, et qui a bien voulu nous en faire luimême le calque à Ferrare. C’est d’après ce relevé, dont nous ne saurions trop le remercier, que nous pouvons en offrir l’exacte description qu’on va lire.
Sur la face principale de l’ambon, celle où commence l’inscription, nous voyons un paon devant un palmier chargé de dattes, on le reconnaît à l’aigrette de sa tête et à sa longue queue où les plumes sont figurées par une suite de raies parallèles. Le palmier symbolise la victoire des chrétiens et les fruits qu’elle leur procure, et le paon signifie l’immortalité qui est le prix de cette victoire 1 ; on sait que cet oiseau avait été choisi dans l’antiquité pour l’apothéose des impératrices. Dans les angles du panneau sortent des tiges terminées par trois feuilles. Dans le compartiment
1. Mgr Barbier de Montault, auquel nous avons soumis notre dessin, regarde les quatre panneaux divisés par une croix comme relatifs aux quatre Évangiles qui répandirent dans le monde les joies du paradis, ce jardin mystique, celeste nemus paradisi.
IXe SIÈCLE. — TOSCANELLA.
au-dessous on voit deux paons l’un au-dessus de l’autre, celui du dessus beaucoup plus petit et tourné en sens inverse; les mêmes feuilles dans les angles. Les deux panneaux de la seconde bande renferment chacun un paon entouré de branches de vigne et de raisins qu’ils becquètent. Les feuilles sont tracées sommairement, simplement découpées et sans modelé ; les tiges auxquelles elles pendent ont une finesse encore fort éloignée des épais entrelacs du ixc siècle. Les panneaux sont encadrés par des torsades, sur les champs court une brindille qui porte alternativement une grappe ou une feuille. Dans le champ du milieu la brindille forme un double rinceau qui se coupe à chaque détour. Les quatre panneaux de la face postérieure ressemblent aux deux que nous venons de décrire, ils contiennent des paons mangeant des grappes. On remarque des S qui ne sont sans doute que des tiges de pampres destinés à remplir les vides.
M. Middleton nous a fourni le plan de l’église copte de Saint-Sergius au Caire qu’il attribue au vin' siècle, nous notons ici l’ambon qui se trouve dans la précinction des hommes; il est en bois, richement décoré d’arabesques, mais évidemment beaucoup plus moderne. D’autres églises coptes ont des ambons construits en marbre avec des cabochons et des ornements délicats dans le style arabe.
IXe SIÈCLE.
Nous avons réuni peu de monuments pour le ix' siècle; l’ambon de Santa-Maria, à Toscanella, est un des seuls que nous puissions citer. Il est heureusement fort bien conservé et s’élève devant les marches qui séparent le sol du sanctuaire de celui de la nef. Quatre colonnes de marbre, sans bases, trapues, servent de supports à des arcs surbaissés qui s’ouvrent dans la partie inférieure de la chaire; sur les archivoltes de ces arcs et dans les tympans sont sculptés des ornements variés que surmontent une corniche et une frise dont la plus grande partie est peinte; des couleurs dans les chapiteaux, dans les pilastres qui accompagnent les arcs, concouraient aussi à la richesse de l’édicule. Un parapet en marbre, décoré de palmes et d’entrelacs variés, présente sur son angle le plus apparent un ange et un aigle sculp¬
tés en rond de bosse, lesquels portent le pupitre de l’évangéliaire. L’escalier tourne autour d’un des gros piliers du sanctuaire, il est composé de grandes marches de pierre portant sur un massif demi-circujaire; un autel cubique s’élève entre les quatre colonnes de l’ambon; des armoiries décorent sa face principale. (PL CLXXXV.)
L’église, d’après une description de 1206, serait du commencement du xme siècle; mais l’ambon et différents fragments d’architecture qu’on y voit encore portent le cachet d’une époque beaucoup plus ancienne. Il est certain qu’elle remplaça une église antérieure dont le siège épiscopal fut transféré au milieu du vu' siècle dans l’église Saint-Pierre; ce souvenir est confirmé par une bulle de Léon IV, adressée au ix° siècle à Virobono, évêque de Toscanella, et s’exprime ainsi : « ecclesiam sanctæ Mariæquæolim,
« caput Episcopi extitit. »
D’après les ornements qui se rapportent à la seconde période carlovingienne, nous n’hésitons pas à classer cet ambon, non pas à l’origine même de l’église, mais à la fin du ixe siècle. On remarquera leur ressemblance avec ceux du ciborium de Pérouse'.
Nous devons le dessin et les détails de ce monument à M. l’abbé Gentili, prieur de la cathédrale, et à M . Francesco Marcelliani, archéologue distingué de Toscanella.
M. de Dartein2, dans sa restauration de Sant- Abondio près Côme, est parvenu, à l’aide de fragments, à restaurer un ambon-ciborium qu’on peut très-bien rapprocher de celui de Toscanella pour le style. Nous donnerons à l’article Chancels quelques spécimens des nombreux marbres du ixe siècle, que l’on conserve auprès de l’église. Nous ne pouvons douter que