XI' SIÈCLE. — SAINT-VITON DE VERDUN
Le texte du chroniqueur est si précis que nous avons été tenté d’essayer une restauration du monument d’après sa description. Remarquons d’abord que cet ambon était quadrangulaire et de plus assez vaste pour contenir plusieurs assistants et chanteurs : u Ad dorsum stantium et canentium. »
La face principale, celle désignée par facie, contenait un Christ en majesté, elle était sans doute tournée vers la nef. Le gyrus où, selon Hugon, on lisait l’Épître, regardait évidemment l’orient, puisque le lecteur avait le dos tourné vers l’occident et à la face des douze panneaux.
Nous avons supposé l’entrée du côté que la description nous montre, le moins chargé d’ornements, celle des quatre fleuves du Paradis distribuée dans autant de compartiments. Le pupitre et l’aigle, symbole de saint Jean, qui le supportait, a été naturellement figuré au milieu de la partie circulaire. Une fois le plan et la position de l’ambon fixés, il n’est pas difficile par les monuments contemporains de se rendre compte des différents sujets qui l’ornaient. Les douze apôtres et prophètes de la face (A) étaient accouplés deux par deux dans les panneaux, usage qu’on constate déjà dans les sarcophages antiques et souvenir de la parole de Notre-Seigneur qu’on retrouve rappelée au moyen-âge.
Pour la face (B), le sacrifice d’Abraham, le sacrifice d’Abel, se voient dans de nombreux manuscrits et sur des ivoires : notons l’émail du Louvre, les ivoires de la collection Castellani, de la collection Stein, etc.
Pour la façade (C) nous pourrions rappeler les mosaïques de Rome qui répètent fréquemment le sujet des fleuves du Paradis.
Sur la face principale (D), Notre-Seigneur en gloire dans une auréole ovoïde, et comme toujours accompagné des évangélistes dans les angles pouvait
ad dorsum scilicet stantium et canentium, positæ sunt ; at vero ad septentrionalem 4 fluviorum species de Paradiso emanantium, in 4 partibus eminent. In gyrum autem, quo Evangelii recitator stans obrumbratur, Abrahæ offerentis filium, Abel agnum, Isaac benedicentis, et Jacob supplantants, et Tobiæ sepelientis, et David manufortis imagines agnoscuntur, simili opéré compilatæ.
In facie autem Dominus Jésus in throno maiestatis residens, et Virgo mater, et Baptista Iohannes cum 4 evangelistis apparet. Porro dextra levaque Domini angeli et archangeli cum cherubim et seraphim Redemptori obsequium exibent. Instrumentum vero illud quod paratum est receptui textus Evangelii, Iohannes evangelista in similitudine aquilæ volantis adornat. In ora autem et summitate operis versibus exametris auro digestis patris Richardi dcvotio summa notatur. (Hugonis chronicon, Pertz, VIII, 374-)
rappeler l’autel d’Aix-la-Chapelle, la chaire de Henri II, etc.
On pourrait sans peine multiplier au xic siècle les exemples d’orfèvrerie appliqués aux ambons dans les contrées rhénanes. L’orfèvrerie était en grand honneur dans le monastère de Gembloux. L’un des abbés, Tietmar, élu en 1077, décora ainsi de bas-reliefs d’argent l’ambon où on récitait l’Évangile *.
Nous pourrions citer encore en France une église qui a le rare privilège de posséder son ambon, celle de Gaujac, dans l’Agenais, que virent élever les premières années du xie siècle; on s’explique sa conservation, parce que ce meuble fait pour ainsi dire partie de la construction. Cette chaire de pierre est à peu près carrée, elle n’a pour appui et pour bordure qu’un bandeau chanfreiné, et repose sur un socle quadrangulaire, un peu moins large. On y monte par un escalier de quatre marches que borde une balustrade massive en pierre. Elle est contemporaine de l’église, ses moulures sont de même style que celles des pilastres. Une grande niche carrée et cintrée est creusée dans le mur par derrière. D’après les rainures et des trous de crampons qu’011 y retrouve, on peut croire qu’elle servit d’armoire à livres. L’ambon et son socle paraissent ne former que deux blocs 2.
A Avranches, au xie siècle, nous savons par Jean, qui en était évêque, avant de devenir archevêque de Rouen, qu’il y avait un ambon 3.
Yves, évêque de Chartres, construisit à cette époque un ambon dans son église 4.
XIIe SIÈCLE.
Le xii' siècle, où saint Bernard réveilla l’éloquence sacrée, doit nous offrir des ambons bien plus nombreux que les siècles précédents. Nous arrivons tout