Bull, de l'Acad. de Belgique, IV
AMBONS
d’abord devant une série de monuments particuliers à cette époque, je veux parler des rouleaux d 'Exultet, que le diacre développait en chantant. Ces rouleaux étaient non-seulement faits pour une cérémonie de l'ambon, mais contenaient ordinairement des figures de ce meuble et de la cérémonie à laquelle il sert le Samedi-Saint. L 'Exultet est un chant fort ancien, où les comparaisons les plus suaves, les abeilles, les fleurs, les parfums, les anges paraissent successivement autour du feu nouveau; quelques auteurs le reportent jusqu’au ive ou ve siècle, et si les parchemins en question ne datent pas ordinairement d’un temps fort antérieur au xne siècle, nous croyons pouvoir signaler leur apparition comme une faveur nouvelle accordée dans l’Église aux cérémonies de l’ambon. Mais nous comptons revenir plus tard sur ces curieux manuscrits dont il n’est question ici que pour leurs images d’ambon.
Ces images nous offrent les vieux monuments dans toute leur sincérité, garantis de toute restauration et de plus animés de leur vie d’autrefois. Devant ces enluminures qui nous montrent le diacre bénissant le cierge d’une main, pendant qu’il laisse s’écouler de l’autre les ondes brillantes du parchemin ; l’enfant de choeur allumant le cierge, les fidèles groupés au pied de la tribune, on assiste à la scène, et tout à l’heure, lorsque nous nous retrouverons devant des marbres du même temps, ils n’auront plus pour nous la froide apparence actuelle et nous leur rendrons facilement dans notre pensée leurs usages anciens.
Ces parchemins ne sont pas fort rares, nous en rappellerons quelques-uns.
La bibliothèque de la Minerve (pl. CXCIV), à Rome, possède un Exultet qui contient trois spécimens d’ambons; à la seconde miniature, on voit le diacre bénissant le feu nouveau et l’assistance à droite; un tapis avec ornements d’or et fond gros bleu est jeté sur le parapet de la tribune. L’évêque, sous la main divine qui sort du ciel, est représenté en tête de son clergé, il porte un livre dans les larges plis de sa chasuble et le pallium. Le clerc placé derrière, lui tend un manipule. L’auteur, sans doute, faute d’espace, a rétréci à l’excès les deux escaliers; on les reconnaît cependant à leurs rampants, ornés de boules d’or. Les pilastres de départ sont découpés comme les meubles arabes; le corps même de 1 ambon est décoré d’arcatures, de croix et losanges à jour. La miniature offre peu de couleur et conserve le plus souvent l’aspect d’un dessin avec quelques
teintes plates. Plus loin, le diacre vient de dérouler le volumen, il le tourne vers le cierge pascal élevé auprès de la chaire, qu’il a le privilège de bénir. La tunique est garnie de croix noires et de dessins d’or, les manches brodées d’azur; le fond est bleu, le sol vert. En avant, un évêque lève les bras, il porte le pallium, une chasuble jaune avec traits rouges, étole rouge passant par dessous. (Pl. CXC1II.)
En déroulant le manuscrit nous retrouvons encore l’ambon, nous voyons indiquées les arcades de l’église, deux lampes qui pendent au-dessous. L’acolyte allume le cierge pascal; il porte un vêtement bordé d’or, des souliers d’or, il tient un rouleau à la main gauche; il est suivi d’une foule de clercs tonsurés. Le diacre monté dans l’ambon a l’étole crucifère et le nimbe carré attribué aux vivants. (Pl. CXCIV.)
Le rouleau a om 23 de largeur, mais les miniatures, si nous en défalquons les bordures, n’ont que om 18. Cet Exultet se trouve relié avec un Bénédiciionnaire d’un caractère différent et d’une plus grande largeur qui porte à la fin l’épigraphe de l’évêque Landulfo. Malheureusement, ce nom ayant été porté en Italie par des évêques d’époques très-différentes ', ne peut nous offrir un renseignement chronologique certain. Le nimbe carré n’est pas une caractéristique exclusive du ix° siècle, témoin le missel du Mont-Cassin dont nous avons publié une miniature et qui est du xie. Ne peut-on d’ailleurs séparer les deux ouvrages comme classement chronologique?
Nous figurons (pl. CXCV) l’ambon d’un Exultet que l’on conserve dans le trésor de Pise. Dans le haut est écrit : « Lumen Christi. Deo gratias », et dans le paragraphe au-dessous : « Exultet jam angelica turba cœlorum, exultent divina mysteria ex pro tanii Régis Victoria tuba insonet salutaris. »
L’édicule se compose de la tribune élevée et d’escaliers auxquels on accède par deux arcades, les fûts des colonnes qui les soutiennent sont verts et rouges, sans doute pour imiter le marbre; l’une