‹ La messe (volume 3)Chapitre 144 sur 341 · Smith · texte numérisé non relu

Smith

XIe SIECLE. 80

dier: «Je n’ai, dit-il, trouvé dans cette église rien « qu’un missel et un calice....; à cause de cela, « durant presque toute l’année, on n’y lisait ni les « épîtres ni les Evangiles. 11 faut que vous sachiez « combien la situation s’est améliorée au point de « vue des livres. Il y a maintenant un livre de « sermons que j’ai écrit seul avec mon prieur, « un texte des Evangiles très bien écrit et recou- « vert d’une belle table d’argent, un excellent « missel qui restera toujours dans l’arche1. » Il parle de cinq missels et de divers livres.

Pour la France et pour la peinture décorative des manuscrits, nous pouvons citer quelques artistes dont les noms sont conservés, par exemple : Gui, Ernaud, Robert le Gallois, Lambert et Girard de Saint-Maur des Fossés, un Irlandais Arbédoc, Constant de Luxeuil, André de Micy, etc. Godefrid, Gislebert à Saint-Germain de Tournai, Foulques, Herbert. Nous pouvons surtout citer beaucoup de livres, qui donneront idée de la situation de l’art à cette époque; sous le n° 943 6 du fonds latin, la Bibliothèque nationale possède un beau manuscrit, supérieur à l’époque par son exécution. La couverture est en or, ornée de cabochons, de filigranes et d’ivoires rapportés ; ses dimensions égalent o™33 sur om25. — Au centre est la croix, à laquelle manque le Sauveur, entre la sainteVierge et saint Jean; sur la bordure, quelques prophètes; de côté, deux séraphins et les attributs évangéliques.

Au reste, ce que nous avons déjà observé peut être répété ici ; il n’ y a jamais eu dans l’art ni complet apogée, ni décadence absolue, et lorsque nous voyons le même siècle produire le missel de Limoges (n° 9438), puis le sacramentaire de Verdun (t8oo5), ou le bel évangéliaire (n° 17325), il est impossible de comprendre sous le même dédain tous les artistes d’une époque. En effet, le manuscrit de Limoges atteint le dernier degré de barbarie, le dessin y voit ses règles violées avec une , audace révoltante, et les fautes accusées avec une sorte d’énergie par les sertissures des contours qui les mettent en relief-.

r. Quod semper in area manebit.

Il faut peut-être entendre par là un missel des fidèles qui était exposé dans l’église.

Muratori, Antiq., IV, 788.

2. Nous avons fait j’analyse de ce manuscrit p. 102 de la Sainte Vierge.

Au contraire, dans le bel évangéliaire i/325, le dessin, sans subir la loi byzantine, acquiert une justesse extraordinaire pour l'époque, une douceur dans le coloris, une dignité singulière dans la composition. Avec plus de noblesse et de sévérité, ces sujets ont quelque chose du charme qui s’attache aux peintures du xve siècle. La double scène de l’Assomption peut donner idée de ce mérite1. Quoi de plus majestueux que la figure du Christ dans son auréole céleste, d’abord immobile dans le premier tableau, pendant l’ensevelissement de Marie, puis, dans le second, semblant s’éveiller pour tendre les bras à sa mère que les anges lui apportent; les poses sont justes, sans raideur, pleines de grâce et de naïveté. De telles oeuvres soutenaient l’honneur des livres liturgiques, au milieu du déclin de l’art le plus affligeant.

Dans la collection Firmin Didot2, on remarquait une reliure en métal doré, avec émaux de Limoges : au milieu, un crucifiement en ivoire, dans les angles de gros cabochons.

M. Basilewski possédait une belle couverture de livre, que je crois du xie siècle, qui se compose d’un ivoire encadré de riches émaux ; l’ivoire représente la Visitation et les deux saintes qui s’embrassent.

Le plus souvent, les émaux commencent à remplacer les cabochons, l’industrie s’en répandait; les intailles antiques avaient été épuisées, on y trouvait plus de facilité et moins de dépense. La capsa d’évangéliaire que nous avons au Louvre et que nous avons gravée (PI. CDLXX), nous montre le mélange des pierres et des émaux3.

On conserve, dans la Bibliothèque de Besançon, un évangéliaire sur lequel les archevêques prêtaient serment, et qu’on appelait saphir. Son plat était orné de la magnifique plaque d’ivoire du Cabinet des Médailles (catal. 3268), qui représente le couronnement de Romain IV (1068); il était garni tout autour d’or et de pierreries4.

Nous trouvons, à la Bibliothèque de Bruxelles, un exemple des livres reliquaires dans l’évangéliaire (n° 14(170) sur lequel les comtes de Namur prêtaient serment. Le plat supérieur (om2g sur

1 Sainte Vierge, PI. lxi.

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