Mémoires de la Société des Antiquaires, i853, p
et d’une colombe et qui porte en avant deux mèches.
Aucune lampe n’est aussi curieuse que celle qui figurait dans le cabinet du grand-duc de Toscane. Elle représente une petite nef de bronze, sur laquelle sont placés saint Pierre et saint Paul, saint Pierre à la poupe dirigeant le gouvernail, saint Paul en avant, debout et les yeux sur l’horizon, comme pour y prévoir les écueils,
On pourra consulter, pour compléter cette étude, les ouvrages suivants : Fortunio Liceto , De reconduis antiquorum lucernis; P. Menochio , t. III, Delle Stuore, cap. xli : Varia osservazioni circa le lucerne e lumi e uso loro appresso gli antichi; Luca Fanciulli : De lucernis, sive lampadibus pensilibus in sacris christianorum ædibus, Macerata, 1802 — avec figures; Giov. Pietro Bellori : Le antiche lucerne sepolcrali disegnate ed incise da Pietro Santé Bartoli. — Roma, 1729, planches.
Ve SIÈCLE.
Nous avons déjà, en étudiant le luminaire de Saint-Jean de Latran, parlé de deux lustres antiques que possède M. Basilewski, et qui sont d’un grand intérêt. Le premier, précieux spécimen de la corona pharalis du Livre pontifical, fut trouvé dans une catacombe de la Calabre; il fut acheté dans l’été de 1879 par M. Castellani, qui me le montra dans sa collection à Rome, et qui le céda depuis à M. Basilewski, chez lequel je l’ai dessiné. (PI. CDXXXIX.) Il se compose d’un plateau à jour formé de sept anneaux qui se rattachent à un cercle central et qui sont destinés comme ce cercle à porter des lampes. Les tiges rattachant les anneaux au centre sont ornées de croix et les intervalles garnis de sortes d’ancres. — Une seule des huit lampes subsiste; elle est d’un charmant modèle; une colombe sert de couvercle au récipient d’huile.
Le plateau est suspendu par quatre chaînettes, au bas d’un disque vertical où l’on voit un chrisme découpé; sous ce chrisme on remarque un appen-
Ve SIÈCLE. — COLLECTION BASILEWSKI.
dice à quatre branches avec crochets, qui permet de supposer au lustre une zone supérieure de lumière; la lampe centrale, peut-être pour l’éloigner de celle du dessous, devait être reportée un peu de côté, comme la situation de l’anneau le donne à penser.
Le chrisme était assez souvent adopté dans l’ornementation des lustres et du luminaire. Les lustres se sont appelés signwn Christi , sans doute à cause de leur forme, ou même à cause de ce disque de la chaîne1. Il existe, au musée de Vienne, deux monogrammes de ce genre, à jour, et enrichis d’inscriptions votives; ils devaient être posés sur un pied comme candélabres votifs. — D’autres fois la chaîne suspensive était garnie d’un cartel avec inscription; sans sortir du musée Basilewski, on en trouve un exemple intéressant que l’épigraphie, selon M. de Rossi, reporte au ive siècle: Heraclida epis[copus) servus Dei fe[cit). Au musée Brukenthal, à Hermanstadt, un bronze découpé porte cette autre inscription : Ego Zenovius votum posui.
Le second lustre que M. Basilewski, avec son inépuisable libéralité, nous a permis de dessiner dans sa collection, est façonné en forme d’oratoire, avec une nef rectangulaire et une abside demicirculai^. La façade, ouverte sur toute la largeur, est limitée par deux colonnes corinthiennes qui supportent un arc en anse de panier. Deux anneaux de suspension sont ménagés aux pignons de l’édicule. Sur les faces latérales, cinq colonnes corinthiennes portent quatre arcs et un attique avec colonnettes et fenêtres à claire-voie. L’abside est percée de trois arcs en plein cintre; devant celui du milieu figure la chaire épiscopale.
C’est autour de ce petit temple que se projettent les dauphins lychnifères, trois sur chaque côté et quatre à l’abside. Ils ont dans la bouche un tenon qui s’engage dans les mortaises du soubassement, et qui s’y maintient par le simple frottement. Pour éviter tout ballottement, chaque tenon avait la mortaise exactement préparée, de telle sorte qu’on ne pouvait intervertir la place des dauphins, et que des chiffres de repère gravés d’une part sur leur tête, d’autre part sur le socle de l’oratoire, prévenaient toute méprise.
i. Bull, d'arch, chrét., 1871, p. 68.
Nous avons dit, à propos de Saint-Jean de Latran, l’importance qu’avaient les dauphins dans la composition des lustres chrétiens ; ceux-ci et ceux trouvés à Djemila prouvent que leur usage était répandu en Afrique. Si nous n’en connaissons pas d’exemple en Europe, on trouve en revanche des godets de verre munis d’un rebord et qui s’encastraient dans les anneaux de la queue. Le P. de La Croix en a découvert dans ses fouilles de Poitiers; je crois en avoir vus au Vatican et ailleurs.
Ce bronze fut trouvé à trois kilomètres d’Orléansville, en i85o, dans les décombres qui provenaient de la démolition d’un vaste cubiculum. Une inscription de q35, exhumée en même temps, laisse supposer qu’il date aussi du commencement du ve siècle. (PI. CDXXXVIII.)
La charte Cornutiana, qui, selon Mabillon, remonte à 471, nous signale parmi de nombreux objets liturgiques : « pharum cantharum argen- « teum cum catenis et delphinis XVIII, coronas « argenteasIV,cum catenulissuisetdelphinisVIII, « cicindelas argenteas V, cum catenulis suis. « Stantarea argentea, et in confessione ostrea ar- « gentea II, cum clavi sua: quæ omnes species « appensatæ habent ad stateram urbicam argenti « pondo quinquaginta quatuor uncias. Septem « pharosæreos : duos habentes Delphinos octonos « et hermoras : Cantharos æreos majores sex, mite nores XII et lilia ærea II 1 et Stantaria ærea « XIII . »
Les successeurs de saint Silvestre (402-1-417), quoique le trésor impérial ne leur ouvrît pas les mêmes ressources et que le sac de Rome eût singulièrement appauvri les églises, s’efforcèrent d’entretenir le plus magnifiquement qu’ils purent le luminaire liturgique. Nous voyons Innocent I (402 -j- 4:7) donner à la basilique des martyrs un phare d’argent de 22 livres, quatre lustres d’argent pour cierges de chacun 35 livres, 16 phares de bronze de 10 livres, et 20 du même genre pour le centre de la basilique, pesant chacun 40 livres 2. Sixte III (423) 3, 64 coronœ pliarales du poids de 10 livres d’argent.
1. L’usage des lis pour les ustensiles de luminaire était très répandu, nous ditM.de Rossi. [Bull. d’Arch., 1871, 69.)