Hist. eccles. du diocèse de Lyon. i6~i, in
Ann. arch,, I, p. 102.
VÊTEMENTS D’AUTEL
elle paraissait encore convenable comme dimension, pour l’autel de l’église. D’après certains documents, on sait que ce fut au temps de Charles, roi de Bourgogne, petit-fils de Louis le Débonnaire, qui commença à régner en 855. Au milieu, à l’endroit où l’on place le corporal, on observait encore les traces d’une figure d’ Agneau, sous lequel on voyait A etü. On y lisait des inscriptions métriques.
Nous pouvons nous rendre compte de la disposition de ces ornements par des monuments contemporains; nous citerons comme exemple une miniature de la Bibliothèque carlovingienne (fonds latin, 819, f° i3) dans laquelle on voit l’Agneau entouré d’un cadre pourpre où court une inscription d’or, avec d’autres inscriptions semblables sur le cadre de la peinture. Rappelons aussi, à ce propos, l’autel portatif de la collection Spitzer, au centre duquel un agneau est entouré de cette inscription circulaire : Agnus Dei, rapprochement d’autant plus exact qu’il s’agit ici d’un instrument pour le saint sacrifice.
Hincmar, le célèbre archevêque de Reims, ordonnait par ses capitulaires le plus grand soin pour les linges d’autel; on devait, d'après ses prescriptions, rechercher chaque année « (IV) qualia « sint indumenta altaris, quot nova, quot vetusta, « qualiter nitida. »
Bocquillot pense que la triplicité des nappes remonte au ixe siècle, époque où parurent les fausses décrétales contenant la prétendue ordonnance de Pie Ier; à ce sujet, Guillaume Durand ne parle encore que de deux nappes1.
Dans le manuscrit de la Bibliothèque de l’Arsenal (1 1 63) du ixe siècle, nous voyons un autel couvert d’une seule nappe violette, bordée de rouge à plis flottants. (PL CDXX.)
Il est certain qu’au ixe siècle, l’usage des nappes n’était pas général pendant la messe; sur les ivoires et la plupart des miniatures du sacramentaire de Drogon, l’autel reste apparent. (PL IV et suivantes.) Dans la majuscule T qui commence la prière Te igitur, on y voit seulement un autel
drapé. Dans le sacramentaire de Tours, de la même époque, il reste nu. (PL VIL) Au paliotto de Milan, les tableaux représentant les messes de saint Ambroise montrent leurs riches autels à découvert. (PL VIII.) L’ivoire de Francfort et celui du Louvre ont des nappes, mais qui ne descendent pas jusqu’en bas et laissent encore apparents de luxueux antipendia.
Le manuscrit grec 5 10 de la Bibliothèque nationale, si riche en renseignements liturgiques, est encore précieux à consulter pour le sujet qui nous occupe. (PL DVI.) Au f0Ô2, sous un riche ciborium d’or % la table sacrée est représentée sous une nappe de pourpre avec quatre carrés d’or et rosaces en avant; au milieu est une partie blanche, peut-être le corporal. On remarquera que l’étoffe est serrée tout autour comme sur un châssis qui laisse la surface supérieure en creux.
F° 137. Au sujet de la présentation au temple, un autel paraît à droite, derrière le grand prêtre; blanche sur le dessus avec un carré rouge au centre, la nappe retombe en pentes d’or sur les côtés; elle est ornée de divers dessins, feuilles de lierre, etc., etc. Aux fos 332 v° et 36“ v°, les miniaturesnous montrent des nappes du mêmegenre, pourpres et avec le châssis qui en serre les plis sur le bord.
Nous croyons saisir le secret de cet ajustement des nappes sur un autre manuscrit de la même Bibliothèque (f°grec 923, f° 260 v°) : on y voit un autel carré, dont le dessus est couvert d’une étoffe tendue sur un châssis, tandis que de côté, elle retombe en plis abondants relevés de distance en distance par des agrafes le long de ce châssis 2. (PL DVI.)
1. La perspective, qui est fautive, semble l’indiquer en avant, mais il faut, sans aucun doute, le supposer audessous.
2. D’après Lebrun-Desmarettes, en Orient il y avait deux nappes sur l'autel, et le corporal; elles étaient de soie et permanentes. On ôtait le corporal de lin, qui ne se lavait jamais, parce qu’il était consacré, mais quand il était hors de service, on le brûlait.