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La messe

Nous avons fait précéder nos premières études sur la messe d'un recueil de ses images, voulant ainsi montrer l’ensemble du sacrifice, avant de nous occuper des détails de ses monuments; suivant la même pensée, avant d’étudier spécialement les ustensiles de la sainte Eucharistie , nous croyons convenable de jeter un coup d’œil sur son iconographie ; nous y verrons l’emploi des vases sacrés, l’action elle-même dans laquelle ils interviennent avant de les considérer séparément. En ouvrant le tombeau d’un saint évêque saxon de Lindisfarne, on découvrit des pains, un autel portatif et un calice, souvenirs de l’Eucharistie; telles sont les reliques que nous allons demander aux siècles chrétiens de nous rendre, et que nous ferons sortir, sinon d’un tombeau, du moins des ombres sous lesquelles elles sont trop souvent ensevelies.

Ces ombres s’étendent surtout sur les premières images de la Communion, qu’on ne pouvait à l’origine affranchir des lois de l’arcane, de peur de scandaliser le vulgaire, et qu’on devait réserver pour les seuls initiés, en les leur montrant sous des voiles symboliques. Aujourd’hui, grâce auxprogrès de l’archéologie, ces voiles sont devenus pour nous presqu’aussi transparents qu’ils l’étaient alors pour eux ; nous n’hésitons plus par exemple à reconnaître un sens eucharistique dans le vase

1 de lait posé sur un tertre de gazon (l’ara cespiticia des anciens), dans l’agneau figuré avec le vase de lait et le bâton pastoral. — Nous reconnaissons maintenant des images eucharistiques dans Habacuc nourrissant Daniel, dans la source miracu-, leuse du désert, dans la manne, dans Melchisédech donnant le pain et le vin à Abraham. Non seulement la dernière Cène nous offrira des représentations de la Communion, à toutes les époques, mais d’autres scènes de l’Evangile qui en ont été les figures, comme le miracle de Cana, ou la multiplication des pains, pourront être rangées parmi les images symboliques que nous allons rechercher. Nous les demanderons aussi aux repas mystiques sur les fresques chrétiennes.

Les plus anciennes images de la Communion se confondent avec celles de la sainte Cène, et demeurèrent un des types permanents de son iconographie, après même que les voiles symboliques purent être écartés sans inconvénient. Ces premières images nous font assister à un repas antique, assez semblable à ceux que les Romains peignaient dans leurs tombeaux, de telle sorte que les peintres des catacombes ne semblaient rien innover dans ces fresques. Chez les anciens, le nombre des convives était ordinairement restreint; on le faisait varier entre trois et neuf. L’empereur Lucius Verus, selon Capitolin, fut le premier qui fit un festin de douze personnes. — Montfaucon* cite un monument de Padoue, malheureusement

i. Antiquité expliquée, V, p. 1 10, pl. LVII.

MESSE

COMMUNION

déjà en mauvais état, dans lequel on pouvait compter onze personnes; on y reconnaissait bien la forme du triclinium. Trois lits sont joints à angle droit devant la table.

Il y avait aussi les tables en sigma qui furent le plus généralement adoptées pour représenter la Cène; le croissant était bordé d’un coussin demicirculaire, orné de certains flocons de distance en distance '. (Cette manière de triclinium est appelée sigma dans Martial, ce que saint Paulin explique par sa conformité avec la lettre grecque C.) On explique dans la vie de saint Martin 1 ordre du festin que l’empereur Maxime lui donna; à la corne droite était couché l’empereur, à la corne gauche le consul Evodius, et entre eux étaient placés les plus grands de la cour, parmi lesquels un prêtre qui accompagnait saint Martin. Saint Martin n’était pas couché comme les autres, mais assis à la droite de l’empereur.

Sirmond s’est servi de Sulpice Sévère et de Sidoine Apollinaire pour interpréter l’ordre des positions à la Cène; nous verrons les témoignages iconographiques presqu’unanimes à supposer le Sauveur à l'une des extrémités du sigma, celle à la gauche du spectateur, et saint Pierre à l'autre extrémité 1 2.

Miniature du Virgile du Vatican.

Cette tradition de la table lunaire a pénétré très avant dans le moyen âge ; nous la retrouvons dans un bas-relief de Charlieu3 (Loire). — Le Virgile du xne siècle, au Vatican, nous fait voir trois

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