De Vogué, Syrie centrale, II
Louvre un fragment de ce genre de monuments que rapporta, en 1881, la mission archéologique de Tunisie. Cette mosaïque (Pl. CCLXXV) représente un calice de forme allongée, surtout au col, auquel sont fixées les deux anses, la panse est ornée de canaux. On ne peut douter que le sujet ne soit chrétien, car on voit sur une autre partie de la mosaïque un chrisme avec cette épitaphe : Candida fidelis in pace; des oiseaux s’approchent des bords de la coupe, et des tiges surmontées de fleurs sont figurées à côté.
Le Père Delattre, qui a bien voulu porter à notre ouvrage un si affectueux et efficace concours, nous a communiqué une autre mosaïque funéraire trouvée à Carthage et qui nous présente aussi une image de calice ansé. Lenom du défunt inscrit sur le médaillon central manque aujourd’hui et nous n’avons plus que les deux dernières lignes : fidelis in pace. Le calice est à droite, et représenté couché par rapport à cette épitaphe; il est ansé et largement godronné sur la base. Sur l’autre côté, sont des colombes et des dessins oü l’on serait disposé à voir une trousse d’ustensiles, mais oü, comme le pense le P. Thédenat, il est plus simple de voir seulement une feuille et une fleur de lotus. (Pl. CCLXXV.)
VIe SIÈCLE.
Nous avons vu l’orfèvrerie déjà protégée par Constantin; au début du byzantinisme nous allons lui voir prendre un nouvel essor, et sous Justinien devenir la première industrie de Constantinople. Les calices, dans ce mouvement artistique, durent recevoir un surcroît de splendeur, et l’empereur, qui prétendait à Sainte-Sophie rivaliser avec Salomon, dota certainement son temple de vases magnifiques h Tous ces trésors ont disparu;
1. Agathias, dans sa Vie de Justinien, raconte que les Alemans pillaient les temples et en enlevaient les aniulae, les calices et autres vases d’or qu’ils y trouvaient. (Lib. II, De rébus Justiniani.)
On raconte aussi que Chosroës, roi des Perses, donna un calice, un disque et un encensoir d’or à saint Serge, pour obtenir par ses prières que sa femme, qui était chrétienne, eût un enfant. (Ex Theophylacto Simocatta, lib. V, Hist., cap. VII .) ( f 640. )
VIe SIÈCLE. — CALICES D'OR ET D’ARGENT.
à Constantinople, nous n’en avons même plus les images qui, du moins, nous sont encore conservées pour Ravenne sur les mosaïques de Saint- Vital et de Classe. Grâce à ces impérissables peintures, nous pouvons nous rendre compte de la forme des vaisseaux sacrés, de leur grandeur, de leur éclat et des pierreries dont ils étaient chargés.
A Saint-Vital, sur l’autel de Melchisédech, représentation symbolique de l’autel chrétien *, nous voyons un calice largement ouvert sur ses bords supérieurs, resserré au col, s’évasant de nouveau à la panse pour se terminer par un nœud et un petit piédouche. Aux touches jaunes de la peinture, on comprend que le mosaïste a voulu imiter un calice d’or, mais le métal disparaît presque dans un flot de perles et de pierreries. Sous la lèvre très recourbée du vase est un collier de perles blanches, puis au-dessous une rangée de pierreries. Au bas du col, là où le galbe change et où la panse commence, on doit reconnaître une certaine moulure accusant cette transition, plus bas une suite de perles blanches, puis de grands cabochons dans des bâtes carrées, sans doute des émeraudes, comme l’indique leur couleur verte, puis une autre série de cabochons décorés sur chaque angle d’une perle blanche; le nœud et le pied semblent en or sans garniture. Deux anses sont attachées aux flancs de ce beau vase, elles ferment leurs volutes sur le bord supérieur, se resserrent sur le haut de la panse pour se rouvrir en dehors. Faisons remarquer au-dessus de ces anses un petit appendice, peut-être destiné à retenir le pouce lorsqu’on les prend, ou un simple ornement, ou, s’il faut y voir la même chose qu’à plusieurs calices de Venise, sans doute une bâte élevée pour contenir une pierre précieuse. Pris à l’échelle, ce calice aurait om 1 8 d’ouverture et à peu près autant de hauteur, environ om2 5 de largeur en comptant les anses. Nous avons relevé ce curieux morceau de mosaïque à la chambre claire, avec le soin qu’il mérite. (PL CCLXXVII.)
Un autre calice du même genre est représenté à Classe. (PL CCLXXVIII.) Les dimensions sont à peu près les mêmes, mais il est moins élégant, moins ouvert, plus ramassé. Les anses ne se cambrent pas gracieusement sous l’évasement du col,
i. C’est si bien un autel chrétien dont le mosaïste a eu la pensée, qu’il y a mis les quatre gammadiæ sur la nappe, ces figures des évangélistes.
comme celui de Saint-Vital, elles sont moins légères; le pied est d’une petitesse exagérée.
Nous parlerons quelques pages plus loin des autres images de calices, qui n’offrent pas le caractère clairement liturgique de ceux-ci.
Il semble qu’alors l'Orient fournit à l’Italie ses plus beaux modèles d’orfèvrerie; l’empereur Justin (-j- 527) envoya sous ce rapport de riches trésors à Rome; nous lisons dans le Livre pontifical la nomenclature des présents que reçut le pape Hormisdas 1 : « Multa vasa aurea, vel ar- « gentea venerunt de Grœcia et evangelia cum « tabulis aureis », etc.
L’évêque de Constantinople Epiphane écrivait au même pontife : « Destinavimus ad administra- « tionem divinæ culturæ et sanctæ apostolicæ « vestræ ecclesiæ calicem aureum gemmis circum- « datum, catenam auream et alium calicem « argenteum, vêla serica duo. »
Recarède ( 586-6oi) envoya à saint Grégoire « Calicem aureum desuper gemmis ornatum 2. »
Malgré la magnificence de l’orfèvrerie orientale au vie siècle, on se tromperait en supposant les Latins très inférieurs et dépourvus de ce genre d’artistes. Il est certain que le pape Hormisdas fit lui-même des présents d’orfèvrerie aux basiliques romaines, qu’il reçut de Gaule le fameux regnum; enfin on ne saurait douter que l’origine du trésor de Monza ne soit due aux libéralités de Théodelinde. Ce fait est assuré par une tradition constante qu’il est aisé de jalonner à travers l’histoire; Paul Diacre nous dit (740-801) : (Theodelinda) « dedicavit multisque ornamentis auri et argenti « mirifice decoravit. » Calixte II (1120) et Innocent II ( 1 1 3 5) le confirment au xne siècle dans leurs bulles; Cyriaque d’Ancône et Tristano Calco le répètent au xve siècle 3. Entrons dans cet incomparable trésor de Monza, qui a non seulement des lettres de noblesse si antiques, mais qui possède encore tant d’objets d’une conservation merveilleuse.
Les inventaires les plus anciens nous y signalent
1. Un décret attribué à ce pape parle de la consécration de l’autel, du calice et de la patène. ( Livre pontif., p. 92.,'
Baronius, Ann., t. VI, ad. 52o, num. xlvi.