Darcel, Les Arts industriels en Allemagne
VIIIe SIÈCLE. — CALICES D’OR ET D’ARGENT.
fournies par Mgr Ganglbauer, prieur de Kremsmunster et depuis archevêque de Vienne. Très simple de forme, ce calice, au milieu de la barbarie de ses images, nous vaut un excellent spécimen du vme siècle; il nous montre que les vases liturgiques n’avaient pas alors toujours des anses et qu’ils ressemblaient déjà à ceux des modernes.
De plus, selon l’observation que nous faisions tout à l’heure, il nous révèle une singulière relation de style avec les monuments d’Irlande, et peut servir de témoignage à l’influence des missionnaires qui vinrent implanter la foi chrétienne en Bavière. On sait l’ardeur qui attirait vers ces contrées encore païennes les apôtres irlandais et le courant inauguré par saint Colomban entre les îles et l’Allemagne. On comprend qu’ils ne pouvaient arriver les mains vides, qu’ils devaient se munir des ustensiles du saint ministère, d’autels portatifs et de calices; ces calices, dans les chrétientés naissantes , devenaient des modèles et expliquent comment nous retrouvons des types de l’art anglo-saxon au fond de la Franconie du vme siècle. Les analogies sont trop frappantes pour qu’on puisse les nier. Qu’on choisisse, pour cette comparaison, une page enluminée de l’Evangile de Lindisfarne du vu ie siècle, ou même le calice d’Ardagh (PL CCXCIX); qu’on les rapproche du calice de Tassilon, on y verra dans les tympans ces mêmes dragons qui affrontent leurs têtes après avoir plié et entrelacé , dans cent détours, les volutes insaisissables de leurs corps; l’œil, après avoir dans ce labyrinthe cherché longtemps, trouve enfin la tête du monstre qui lui donne le mot de cette énigme figurée. Ces traits sont trop bizarres, trop extraordinaires pour avoir été inventés simultanément dans deux pays si lointains, et ils nous font saisir un lien commun h
Nous lisons dans les procès-verbaux de l’Académie royale d’Irlande, qu’on doitsupposer le travail d’orfèvrerie exécuté par un compagnon de saint Kilien de Franconie (-j- 689), ou de Virgile de Salzbourg, apôtredela Carinthie1 2. — On dit,àpropos de saint Kilien, que son nom même signifie calice, et que Geila, après l’avoir fait mettre à mort , s’écriait dans la folie que le remords lui avait donnée : « Kilien! Kilien! ton nom veut dire