‹ La messe (volume 4)Chapitre 203 sur 335 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

tation ne commence qu’au-dessous ; l’extérieur est divisé en six arcades décorées d’une pierre fine à la clef, et dont la retombée s’appuie sur d’autres pierres fines. Les tympans de ces arcades sont enrichis chacun d’un émail cloisonné de forme triangulaire. Le nœud est décoré d’émaux en losanges alternant avec des perles fines. Tous ces émaux, exécutés avec une rare délicatesse, reproduisent des roses à douze lobes, des croix, des feuillages variés.

Le pied, moins riche, est uni dans le haut, et dans le bas partagé en six compartiments, avec perles, pierres fines et quatre pierres antiques gravées. L’inscription suivante a été gravée au xnie siècle, sur la partie plate du pied : f Quicumque hune calicem invadia ( v)erit vel ab hac ecclesia Remensi aliquo modo invadiaverit (mot barréj alienaverit anathema sit fiat. Amen. On ne peut considérer cette inscription comme un argument pour prouver que ce calice soit un travail occidental. M. Labarte montre que son style postérieur à l’orfèvrerie, que son incorrection, dont l’auteur se souciait si peu, qu’il n’effaçait même pas le mot invadiaverit répété par mégarde, ne peuvent concorder avec l’habileté du premier orfèvre; je ne pense pas toutefois qu’on puisse le considérer comme le produit des ateliers byzantins, et il suffit de le rapprocher de nos types de Venise pour saisir des différences péremptoires.

Les archevêques de Reims étaient en relations fréquentes avec les évêques de Lorraine, qui dépendaient alors de l’empire d’Allemagne, et on peut penser qu’ils employaient au profit de leurs églises les ouvriers rhénans, si connus alors pour leur habileté en orfèvrerie. « Nous vous envoyons, « écrivait Adalbéron, archevêque de Reims, à « Egbert de Trêves, les matières réclamées pour « l’ouvrage que nous avons résolu de faire faire. « Votre grand et célèbre talent donnera beaucoup « de prix à la matière de peu de valeur que nous « lui livrons, tant par l’élégance de la composition « de l’artiste que par l’émail qui y sera ajouté h » De telles relations expliqueraient que nous ayons dans le trésor de Reims un ouvrage exécuté sur les bords du Rhin.

Le chanoine Hugues de Semblancé donne à l’église d’Angers un calice garni de deux anses

et enrichi de pierreries. L’inventaire de 1 3 5 5 le désigne : « calix aureus sine patena cum lapidibus pretiosis », et, ajoute celui de 1286, « cum duabus ansulis 1 ».

A l’époque romane les calices en France paraissent avoir eu de larges dimensions, témoin celui qui est figuré sur le portail de Saint-Denis (PL XIV), ou celui qu’on voit dans le reliquaire émaillé de Chamelle 2 (Allier), sur lequel est peint le martyre de saint Thomas de Cantorbéry, celui du chapiteau du Mans. (PI. CCCXII.)

L’église paroissiale de Champagne- Mouton (Charente) nous montre, dans son portail de la fin du xnc siècle, des anges qui tiennent des instruments liturgiques, entre autres un calice; ce genre de représentation se retrouve aussi à Bourges, où nous en avons pris quelques détails. A Chaduric (Charente), on voit sculpté sur le portail un calice auquel deux colombes viennent se désaltérer 3.

Les crucifiements représentés à l’époque romane nous peuvent donner des renseignements utiles sur ses calices 4; on y voit le sang divin recueilli par l’Église dans une coupe qu’elle tient à la main ou qu’on a placée sous les pieds du Sauveur ; c’est la continuation de l’antique usage que nous avons déjà observé au ve siècle et qui nous montre le vase sacré au-dessous de la croix.

La Bibliothèque de Wiesbaden, dans le manuscrit des Révélations de sainte Hildegarde, nous montre un véritable autel disposé sous la croix avec le calice prêt à recevoir les gouttes de sang. Ce calice est ovoïde et sans anses 5.

Ne devons-nous pas classer ici un calice que Charles V conservait dans son trésor et que l’inventaire de 1379 mentionne en ces termes: « N° 23yi :item, ung calice d’argent doré, d’an- « cienne façon, à deux ansces, escript tout par le

Page 1