VERRES DORES
que le Christ à la Cène se contentait d’un plat de verre. J’ajouterai que la manière dont cette relique vint en Europe au commencement du xne siècle mérite une confiance que les dépôts de Constantinople n’autorisent pas autant.
Laréputation de cette coupe était si grande queles églises qui n’avaient pas, comme Gênes, le privilège de la posséder, tenaient au moins à en avoir des copies. La cuve baptismale qui se trouve au centre de la crypte de Spire en est une, et s’appelle le Saint-Graal. On prétendait qu’on s’y guérissait de la surdité en mettant l’oreille infirme sur un tuyau de fer qui était au fond du vase et qui l’avait fait surnommer le « calice bruyant1 ».
Ne serait-ce pas en souvenir de cette patène vénérable que le pape Zéphirin ordonna qu’on se servirait à la messe de patènes de verre? Le passage du Livre pontifical2 est un des plus anciens souvenirs que nous puissions rapporter sur ce sujet. Nous savons d’après ce texte qu’au 111e siècle, pendant la messe célébrée par l’évêque, les ministres devaient tenir devant lui des patènes de verre dans lesquelles les prêtres viendraient prendre la couronne consacrée pour la distribuer au peuple. C’était quelque chose de semblable au célèbre décret que nous trouvons mentionné dans la vie de Miltiade et dans les actes des papes Sirice et Innocent, à savoir que les prêtres titulaires, en signe de communion avec le pontife, devaient recevoir la Communion sous l’espèce du pain qu’il avait consacré, et le distribuer, chacun dans son titre, aux fidèles 3.
Selon M. Northcote4, les fragments des deux grandes patènes découvertes à Cologne correspondent à celles prescrites par Zéphirin. Les sujets bibliques qui les décorent, l’absence sur l’une et l’autre de toute inscription faisant allusion aux