‹ La messe (volume 4)Chapitre 36 sur 335 · Garrucci, Storia de II" arte, IV, pl. CDLXXXVII, p · texte numérisé non relu

Garrucci, Storia de II" arte, IV, pl. CDLXXXVII, p

MESSE

PAIN EUCHARISTIQUE

J’ai estampé au musée de Latran, sur un des bas-reliefs que nous avons mentionnés à propos de l’iconographie de la Communion, un des pains dans la main d’un convive; il est crucifère, comme les autres, et si nous estimons sa grandeur d’après le module de la main qui le tient, il pouvait avoir environ om20, ce qui est le diamètre de ceux de Pornpéi. Sur un autre de ces marbres, ils sont crucifères, mais un peu plus grands. (PI. CCLXVI.)

Ce n’est pas seulement sur les monuments romains que nous pouvons rechercher des pains de ce genre, mais sur la plupart des sarcophages où l’on voit figurée la multiplication miraculeuse, et notamment sur ceux d’Arles. Nous citerons à leur propos les judicieuses observations de M. Le Blant : « La multiplication des pains est reconnaissable aux trois corbeilles emplies de pains incisés de croix. On a souvent dit que les artistes, en représentant ces pains, n’avaient en aucune façon voulu figurer le signe du salut, attendu que chez les gentils les pains portaient cette même marque cruciforme (Pellicia : De christianæ Eccl. polit., édit, de Cologne, II, p. 64). Je n’y veux pas contredire absolument; mais je dois pourtant remarquer qu’il serait peut-être excessif de se refuser toujours et partout à y reconnaître la croix, alors que la haute antiquité des monuments ne semble pas exclure la présence de ce signe. Un trait raconté dans les Dialogues de saint Grégoire le Grand, et qui peut témoigner d’un usage antérieur au temps où le récit nous reporte, suffira à le démontrer. « Dans la province de la Valérie, écrit le « saint pontife, il est d’usage d’imprimer sur la « pâte des pains le signe de la croix, qui les dite vise en quatre parties. Un jour, les frères du « moine Martyrius avaient négligé de marquer « ainsi le pain, avant de le faire cuire sous la « cendre, le saint l’apprend et les en réprimande; « puis, de son doigt, il trace au-dessus des charte bons le signe sacré. Retiré du feu, le pain porte tait la marque que la seule puissance de la foi y te avait imprimée. » (Dial., t. I, ch. xi ; t. II, p. 201 et 202. )

Il semble qu’au ve siècle la fabrication des pains ait été moins uniforme, et les monuments nous montrent quelque variété; si nous remarquons encore les sillons croisés sur beaucoup de sarcophages qu’on peut attribuer à cette époque, sur

l’ivoire de Brescia, d’autre part dans les mosaïques de Sainte-Marie-Majeure à Rome, nous voyons les pains d’Abraham façonnés en manière de petits cônes.

De Tersan, dans son manuscrit de la Bibliothèque nationale des antiquités gauloises et romaines, rapporte un titulus funéraire chrétien où l’on voit deux disques ornés en hélice. Il y joint une note exprimant l’idée qu’ils pourraient être des pains eucharistiques h On voit aussi cette marque sur un linteau de porte de la Syrie centrale, relevée par M. de Vogué2.

Nous pourrions, si les monuments qui viennent d’être exposés ne suffisaient pas pour nous montrer la forme des pains dans la liturgie primitive, recourir aux témoignages des Pères qui les confirment amplement.

Dès le commencement du 111e siècle, le pape Zéphirin, si nous pouvons croire à l’authenticité de ses écrits, donne déjà le nom de « couronnes » aux pains sacrés, ce qui accuse leur forme circulaire. Saint Epiphane ( In Anchora, num. 5y) parlant du pain qui doit être changé au corps de Jésus-Christ, reconnaît qu’il est de forme ronde; saint Césaire (Dial., lib. IV, cap. v) comparant le corps de Jésus-Christ qui demeure au milieu de nous, à ce même corps voilé sous les espèces du pain, dit que celui-ci est de forme ronde. Sévère d’Alexandrie (De fide cath... ordo miss.) appelle l’hostie « un cercle », saint Grégoire (Dial., lib. IV, cap. lv) parle d’un prêtre qui avait apporté avec lui deux couronnes d’oblation. Or le nom de couronne était employé ici pour marquer la forme arrondie 3.

Il n’est pas douteux que tous ces pains aient été fermentés; je n’en vois pas meilleure preuve que les décrets de Melchiade en 3 1 1, de Sirice en 385, relatifs au levain, et l’usage qu’avait le pape d’envoyer 1 e fermentum aux prêtres des tituli pour la communion. La lettre d’innocent Ier à Decentius, en 410, lui parle de son mécontentement de voir porter le levain à travers tout un diocèse, « quia « nec longe portanda sunt sacramenta » 4.

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