VI°-VI II0 SIÈCLES
En arrivant aux monuments du vie siècle, nous ne trouvons, pour l’histoire du pain eucharistique, nulle part des documents aussi intéressants qu’à Ravenne. Dans les mosaïques du chœur de Saint-Vital (522-534) (PI- CCLXVII), on a liguré le sacrifice de Melchisédech, qui élève vers le ciel un large pain qu’il tient à deux mains. Ce pain, pris à l’échelle, peut avoir om2 5. Il porte au centre, comme la corolle d’une fleur, une sorte de quatre-feuilles, et autour, onze sillons qui rayonnent en spirale vers la circonférence. Deux autres pains, plus petits, de omi8 ou om20, peut-être réservés pour la Communion des fidèles, sont posés sur la table, à droite et à gauche du calice. Ils sont semblables au premier, ornés d’un fleuron au centre, de côtes en hélice tout autour; sur l’un, on compte onze spirales, et quinze sur le second, où elles sont plus serrées. Ces pains sont blancs et leurs dessins figurés en gris.
Ce genre de pains qui commençait à se répandre n’avait pas toutefois remplacé d’une manière invariable les pains crucifères; nous en trouvons la preuve dans la mosaïque même qui fait face à la précédente et qui représente le festin des anges servis par Abraham. Sur la table sont posés trois pains d’environ om2o, gris, un peu bombés, et portant le signe de la croix.
A Saint-Apollinaire de Classe (525-538) le sujet de Melchisédech, représenté en mosaïque, nous offre des images semblables. Le sacrifice n’est pas figuré au même moment, et sans l’élever, le prêtre tient le pain entre ses mains. Ce pain, à cause des retouches de la mosaïque, peut être difficilement décrit, mais on voit distinctement les deux pains placés sur l’autel; ceux-ci d’un plus petit diamètre, qui ne devait pas, d’après l’échelle, excéder 'om 10 à omi2, ont au centre un cercle auquel se rattachent huit côtes en spirales. L’usage de la croix incisée sur les pains est rappelé dans celui de gauche par la croix équilatérale qu’on remarque dans le cercle. Cette marque indique que les pains étaient façonnés alors exprès pour le service de l’autel.
Je me figure que les couronnes, dont parlait Grégoire le Grand, devaient être dans le genre des
pains que nous venons de décrire, lorsqu’il nous montre un certain prêtre apportant « duas obla- « tionum coronas 1 »; Jean Diacre dit aussi : «ex « pugillo similæ et ad speciem coronæ ».
Cette forme au vie siècle était loin d’être gênérâlement adoptée. A Saint-Apollinaire le Neuf, à Ravenne même, l'image de la multiplication des pains nous la montre sous une autre façon. Ce ne sont plus les galettes de Saint-Vital, il n’y a plus les spirales, ce sont simplement de petits cônes marqués d’un semis de points. Au Dôme, sur les ivoires de Saint-Maximien (5q6-556), nous voyons des pains beaucoup plus petits dans une corbeille et ressemblant à des œufs pour la forme et la grosseur; sur une autre plaque d’ivoire de la même chaire, on a orné d’un quadrillé la surface des pains. Dans la Cène du manuscrit de Cambridge, -ils sont seulement marqués d’un point au centre. La Bible syriaque présente l’hostie dans la main du Sauveur sous l’apparence d’un petit disque blanc d’une dimension égale à une pièce de monnaie.
La variété admise alors dans la fabrication des pains d’autel dut quelquefois dégénérer en abus, car nous voyons en 5 5q le cinquième concile d’Arles prescrire « que les pains offerts au saint « autel devaient être rendus par les évêques conte formes à ceux de l’église d’Arles, et non coûte verts de signes et caractères arbitraires » 2.
Ces fantaisies ne résultaient pas souvent d’un manque de respect, car la confection de ces pains était tenue en tel honneur que les princes euxmêmes se montraient jaloux d’y mettre la main. On dit que Candide, femme de Trajan, les préparait à l’aide d’une farine qu’elle avait moulue ellemême. Jean Diacre nous montre une matrone romaine, sans doute d’une haute naissance, qui apprêtait pour le pape le pain sacré. On dit que Valens se livrait lui-même à cette pieuse occupation. Saint Fortunat nous montre sainte Radegonde occupée à moudre le froment pour nourrir les pauvres et pour les oblations qu’elle distribuait incessamment aux sanctuaires 3; Mgr Cousseau
1. Du Cange cite une charte du xtc siècle de la basilique ambrosienne, où il est question de pains coronati.