‹ La messe (volume 4)Chapitre 55 sur 335 · Nouveaux Mélanges, 1874, pl. I · texte numérisé non relu

Nouveaux Mélanges, 1874, pl. I

PAIN EUCHARISTIQUE

l’autre unie, entre lesquelles s’étend la pâte azyme de froment; plus, de deux bras permettant de tenir ces palettes sur le feu; enfin, d’un anneau réunissant les deux tiges à leurs extrémités pour en empêcher l’écartement. Chaque église avait son fer, parce que les curés fabriquaient eux-mêmes leurs hosties 4. Il y avait des fers à empreintes multiples, comme nous l’avons déjà vu pour le ixe siècle dans le traité d’Ildefonse.

Nous avons sous les yeux une multitude de ces empreintes dont nous devons un grand nombre à la libéralité de Mgr Barbier de Montault; mais comme elles se répètent à peu près constamment, leur nomenclature serait aussi inutile qu’étendue; il suffit d’indiquer en quelques mots les principaux types. Le sujet le plus fréquent est le crucifiement auquel assistent la sainte Vierge et saint Jean. On voit souvent aussi la résurrection , Notre- Seigneur sortant du sépulcre et tenant en main la croix victorieuse; ailleurs le Sauveur assis sur un riche trône et tenant un globe à la main. Sur un fer de la paroisse de Pandrigues, que m’a communiqué M. l’abbé Faurie, on voit le sujet assez rare du portement de croix. On trouve aussi l’Agneau crucifère, forme symbolique du même sujet. Sur un fer du musée diocésain d’Angers, d’une époque tardive, on a figuré la nativité de Jésus-Christ selon le mode byzantin. Souvent, et surtout pour

i. Barbier de Montault, Description iconog. de quelques fers à hosties de l’Anjou, 1880.

On publia dans les -4mm. arch., XXVII, p. 285, un gaufrier du xiii' siècle du musée de Cluny.

Deux autres fers à hosties existent au musée diocésain d’Angers.

les hosties de petites dimensions, il n’y a qu'une fleur de lis ou le monogramme de Jésus h

Il semble sur certains méreaux qu’on ait voulu rappeler la forme et l'ornement des hosties. M. de Fontenay 2 en publie un qui porte d'un côté l’agneau crucifère et de l’autre cette légende, où je crois lire en abrégé corpus Jesu Christi.

On cite des vers de saint Raimond (f 12/5) où sont énumérées les sept qualités que doivent avoir les hosties bien confectionnées, et les sept défauts qui sont à éviter 3 :

Munda sit oblata, nunquam sine lumine cantes,

Hostia sit modica, sic Presbyteri faciant hanc,

Candida, triticea, tenuis, non magna, rotunda, — Expers frumenti, non salsa sit hostia Christi.

Spernitur oblata duplex, vel a terra levata Facta, vel inflata, vel discolor aut maculata.

Les détails sur la fabrication des hosties méritent de nous intéresser par le soin et la piété qu’ils nous révèlent chez ceux qui en étaient chargés. Cette fabrication avait lieu dans les monastères selon les besoins; cependant il y avait deux époques principalement destinées à ce travail, avant Noël et avant Pâques. Les novices triaient les grains de froment sur une table, l’un après l’autre; on les lavait ensuite et on les étendait sur une nappe blanche pour les faire sécher au soleil. Celui qui les portait au moulin lavait les meules, se revêtait d’une aube et mettait un amict sur sa tête. Le jour de faire les pains étant venu, trois prêtres et deux diacres avec un frère convers, après l’office de la nuit, mettaient des souliers, se lavaient les mains et le visage, se peignaient et récitaient en particulier dans une chapelle l’office

1. Il sortirait de notre cadre fermé aux objets modernes de nous étendre sur la description de ces empreintes; on pourra consulter Novarini f Agnus eucharisticus, liv. V, du ch.Lxvn au ch. lxxviii, Lyon, 1 638, in-f°.) On trouvera, de la page 207 à la page 234, cent quarante-trois modèles. Nous en possédons aussi au musée de Cluny une collection assez étendue du département de la Nièvre, donnée en 1 856 par M. Dumoutet.

Mgr Barbier de Montault nous en a communiqué un grand nombre des églises de l’Ouest, entre autres de Claunay (Vienne), de Dissais (id.), de Bouchet (id.), des Trois-Moutiers (id.), d’Arcay (id.), de Saint-Léger- Montbrillais ( id.), de Chise, près Brioux (Deux-Sèvres), de la Trimouille (Vienne), de Messemé (id.), de Bonnes (id.)j de Vezières (id.), de Dercé (id.),rde Curcay (id.), de Saint- Leomer, près de La Trimouille (id.), etc., etc.

M. Augier en possède plusieurs dans sa collection de Marseille.

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