Le Blant, I, p
Voici les renseignements sur les calices que nous trouvons dans le testament de saint Remy : « Futuro episcopo, successori meo, amphibalum album paschalem relinquo stragula columbina duo, vêla tria, quæ sunt ad ostia diebus festis triclinii, cellæ et culinæ. Vas argenteum decem et octo librarum, inter te, hæres mea, et diocœsim tuam ecclesiam Lugdunensem,/<2C^M patenis atque calicibus ad ministerium sacrosanctum , prout volui, Domino annuente distribui. Aliud argenteum vas, quodmihi Dominus illustris mémorisé Hlodovvicus Rex, quem de sacro baptismatis fonte suscepi, donare dignatus est, ut de eo facerem quod ipse voluissem tibi hæredi meæ Ecclesiæ suprà rnemoratæ jubeo thuribulum, et imagination calicem fabricari.» (Labbe, Nova bibl. man., lib. V, 1.)
Deux auteurs anciens, Hincmar1 (f 882) et Flodoard (-J- 966), nous ont transmis ces vers composés par saint Remi. D’après Hincmar, il était en argent et fut fondu pour le rachat des captifs faits par les Normands. Les auteurs pensent qu’il s’agissait d’un calice ministériel; en tous cas, le mot hauriat semble indiquer qu’on y puisait le précieux sang à l’aide d’un chalumeau.
Antonio de Yepez signale dans une ancienne charte des calices ciselés : « Diptagos aureos ar- « genteos imaginatos et deauratos, calices argente teos exaratos très » 2.
A la fin du ve siècle, le trésor d’Arles s’était enrichi de nombreux vases d’argent, notamment de calices et de patènes; saint Césaire 3 n’hésita pas, pour le rachat des captifs, à les vendre, se rappelant, dit son historien, que le Christ s’était servi à la Cène d’un plat de verre. Ce retour aux calices de verre ne causait pas alors d’étonnement, car ils ne furent proscrits qu’au ixe siècle par le concile de Reims, et nous verrons tout à l’heure que nous en possédons encore des spécimens de cette époque.
La valeur qu’eurent souvent au ve siècle les vaisseaux liturgiques, en même temps que le respect dont on devait les entourer, engagèrent de tout temps l’Eglise à les confier, non pas à des maisons privées et à des laïques, mais à des ecclésiastiques qui veillaient à leur garde dans un lieu saint et convenable 4. Nous trouvons un souvenir de cette vigilance au concile de Chalcédoine (q5 1), oü l’on reprocha, entre autres crimes, à Hasse d’Edesse, de n’avoir pas remis au gardien des vases sacrés un calice enrichi de perles, et de l’avoir fait disparaître.
Nous venons de voir que la charité de saint Césaire lui fit échanger les calices précieux de son église pour de simples vases de verre; ce souvenir
1. « Quod vas, » écrit Hincmar, « usque ad nostra tem- « pora perduravit, donec fusum, in redemptionem datum « est christianorum, ut a ministris diaboli Nortmannis « redimeret precium argenti calicis, quos de potestate tene- « brarum redemerat etfusus sanguis calicis, Christi vide- « licet passionis. »
2. Ant.de Yepez , Cronica general de la or den de S. Bénit o (1606), vol. V, in charta Rudesindi.