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La messe

L’éelise est construite et ouverte, l’autel est dressé au milieu du presbyterium, il est entouré de chancels qui en défendent l’approche aux profanes et qui cachent les saints mystères, l’ambon s’élève au milieu de la nef, les vases sacrés sont apportés sur les crédences, les lychni allumés, les voiles de lin ou de pourpre tendus, les corymbes parfumés se balancent le long des colonnes. La scène est prête, il ne manque que les personnages, le sacrificateur et les prêtres. Ce sont eux qui se présentent à nous et dont il nous reste maintenant à étudier la tenue et les vêtements.

De longues controverses se sont appliquées à l’origine de ces vêtements; on s’est demandé s'ils avaient été d’abord spéciaux pour le sanctuaire, ou simplement ceux de la vie ordinaire chez les anciens; on a dit que les costumes sacerdotaux des Juifs leur avait servi de modèles1.

Devant ces incertitudes, nous n’avons pas voulu mettre la dernière main à cette étude sans soumettre cette question des origines à l’éminent archéologue romain, M. de Rossi, pour lequel les premiers chrétiens ont laissé si peu de secrets; nous sommes donc retourné à Rome en 1887, exprès, pour recevoir ses conseils et lui soumettre notre méthode d’investigation. Il a complètement approuvé la manière dont nous avions

1. L’inspiration juive paraît peu dans la pratique, car à une époque où les prêtres avaient certainement des vêtements liturgiques, les images nous montrent les prêtres juifs avec un costume différent et devenu comme classique en iconographie.

recherché jusqu’ici les origines de la liturgie chrétienne, et nous a engagé à ne pas nous en écarter pour les vêtements sacerdotaux. Nous avions dit que les premiers autels furent les tables domestiques, les premiers calices les verres à boire, les premières burettes les gutti, les premières patènes les antiques patères; nous avions montré que les premiers pains eucharistiques étaient achetés dans les pistrines publiques, et que les premiers ciboires durent être les turres d’ivoire ou les arcœ, jadis dépositaires des joyaux des matrones. M. de Rossi nous engage à raisonner de même pour le costume; les premiers prêtres chrétiens, selon lui, s’habillaient avec les vêtements communs1, cherchant seulement dans les saintes fonctions ceux qui en étaient plus dignes par leur propreté et le prix qu’ils pouvaient leur donner. Jusqu’au ve ou vie siècle la distinction ne se manifeste pas; même après le triomphe de l’Eglise, dans les pompes du Latran antique, au milieu des richesses constantiniennes, les vêtements n’avaient encore rien de hiératique; saint Sylvestre y paraissait sans doute vêtu comme les princes de la république. Jusqu’au vie siècle on ne s’étonnait pas de voir figurer sur les diptyques le pape sous les insignes de consul. Ce fut, nous disait M. de Rossi, à celte époque seulement que les formes devinrent con-

1. Ferrari écrivait que, dans les premiers temps, « sacerdotes et clerici in communi habitu incedere minus invidiosum putarunt. » (De re vestiaria, p. 109.)

C’est aussi l’opinion de Bock, dans son Histoire des vêtements liturgiques , qu’ils ne différaient pas à l’origine des vêtements ordinaires.

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