‹ La messe (volume 5)Chapitre 2 sur 303 · VÊTEMENTS LITURGIQUES · texte numérisé non relu

VÊTEMENTS LITURGIQUES

sacrées par un usage déjà fort long, et subsistèrent après que le milieu où elles avaient pris naissance eut disparu. L’antiquité fut ici comme un moule qu’on brise après qu’il a marqué son empreinte sur l’objet qu’il renfermait.

Nous devons donc, pour discerner les vêtements primitifs du sacerdoce, chercher dans l’antiquité les vêtements qui ressemblent à ceux de l’Église aux ve et vie siècles, et les déterminer à l’aide de cette similitude ; nous reconnaîtrons ainsi facilement les tuniques sacrées dans la dalmatiquc romaine, la chasuble dans la pœnula nnbilis , le pallium dans le lorum , etc.

Nous ne nous sommes pas contenté d’interroger |

cet illustre maître sur ce problème, nous lui avons apporté une pænula antique restaurée d’après les images; il a eu la bonté de la considérer, de l’essayer sur lui-même et de nous communiquer les observations qu’elle lui inspirait.

Appuyé sur ces précieux conseils, sur les essais faits sur modèles, et principalement sur les monuments, nous commencerons cette nouvelle étude avec l’espoir de ne pas trop nous égarer parmi les obscurités qu’elle nous oblige de traverser; nous y suivrons l’ordre de la vestition actuelle, et nous examinerons successivement l’amict, l’aube, la ceinture, le manipule, l’étole, la dalmatique, la chasuble, etc., et les insignes épiscopaux.

Bibliothèque nationale, latin i56iq. f° iq3, v°.

AMICTS

ORIGINES

L'amict, qui est aujourd’hui le premier des vêtements liturgiques dont se couvre le prêtre avant le sacrifice, a pour étymologie le mot latin amie ire, qui signifie couvrir1; chez les anciens il était pris dans une acception beaucoup plus étendue et s'appliquait à tous les vêtements de dessus dans lesquels la personne s’enveloppait entièrement; amicire s’emploie par opposition aux vêtements de dessous, induere. 11 comprend par conséquent toga , pallium , sagum , abolla, palludamentum'2.

Voici quelques passages d’auteurs profanes qui nous montrent l’étendue de cette acception.

Tibulle :

Jam vestes frustra mutanlur amictus.

Virgile :

... Duplicem ex hurneris rejecit amictum.

Sordidus ex humeris nodo dependet amictus.

Et ailleurs (Æn., lib. VIII) :

. Eum tenuis glauco velabat amictu

Carbasus, et crines umbrosa tegebat artindo.

Ovide :

Ex humeris de lapsus amictus.

i. Lkurun.

a. Rica.

Cicéron confond amiculus et amictus. Valerius Maximus : « Detracto etiam Jovi olympio magni « ponderis aureo amiculo, interjectoque si laneo pallio. »

Si les Romains avaient presque toujours la tète découverte, ils avaient cependant aussi la coutume de se la couvrir dans les jeux, les saturnales, pendant les voyages, à la guerre, et surtout pour les sacrifices. Plaute disait : « Tuis hic est? Qui « operto capite Æsculapium salutat? »

Virgile nous explique que ce voile servait à garantir les regards des fâcheux présages (Æn., III):

Et posilis aris jam vota in littore solves,

Purpureo velare comas adopertus amictu,

Ne qua inter sanctos ignés in honore deorum, Hostilis faciès occurrat, et omina turbet;

Hune socii morem sacrorum, hune ipse teneto,

Hac casti maneant in religione nepotes.

Les bas-reliefs antiques confirment le souvenir de cet usage; sur la colonne Trajane, nous voyons l’empereur, souverain pontife, relevant pendant le sacrifice un pan de sa toge sur sa tête ; un basrelief du Louvre, un autre dernièrement découvert au forum romain, peuvent servir de témoignages. Ces souvenirs de l’antiquité conduiraient à penser que l’amict était un usage de la liturgie païenne, accepté par les chrétiens; mais la défense sévère de saint Paul, qui prohibe aux hommes de se couvrir la tête pendant la prière, semble un obstacle à cette manière de voir; l’apôtre, dans sa deuxième épitre aux Corinthiens, écrivait en effet :

AMICTS.

« Nous ne faisons pas comme Moïse, qui mettait « un voile sur son visage afin que les enfants d’Is- « raël n’en vissent pas la lumière... Jusqu’à ce « jour, lorsqu’on leur lit Moïse, un voile est posé « sur leur cœur et n’en sera levé qu’après qu'ils « seront convertis au Seigneur. » (Épist.ad Cor. II, cap. iii). Il dit encore : « Tout homme qui prie la tête couverte la déshonore », et il ajoute que c’est le contraire pour la femme. Il est clair que cette loi, posée par saint Paul, s’appliquait aussi aux prêtres, pour lesquels aucune exemption ne semble avoir existé à cet égard.

Tertullien, à la suite de saint Paul, a fait son livre sur le voile des vierges pour prouver que la femme devait avoir la tête couverte à l’église, et que les hommes, quel que fût leur âge, devaient la laisser découverte.

Pour les plus anciens écrivains ecclésiastiques, amictus a le sens d’un voile pour la tête. Saint Jérôme, parlant dans son Commentaire sur Isaïe, des vêtements des femmes juives, nous dit : « Habent « sindones quæ vocantur amictoria. » Saint Grégoire désigne ainsi le voile d’une mariée. Saint Isidore de Séville (vers 63o) définit le mot anabolium « amictorium lineum fascinarum quo hu- « meri operiuntur quod Græci et Latini sindonem « vocant.» (Origines, XIX, 2 5.)

Le pape Zacharie sachant que des prêtres se couvraient la tête pour se défendre du froid, leur en fit la défense formelle dans le concile de Rome de 742, « Qu’aucun évêque, prêtre ou diacre, pence dant la célébration de la messe, n’intervienne ce avec un bâton, ou n’assiste près de l’autel avec « la tête voilée; car l’apôtre défend aux hommes « de prier ainsi. Celui qui contreviendra à cette « règle sera puni du corps et du sang de Notre- « Seigneur Jésus-Christ h »

Il semble, d’après ce qui précède, que Vanabolium ou 1 amictus fût spécial aux femmes; comme le confirme un détail de la vie de sainte Colombe, qui remit le sien, fait de soie, aux satellites, afin d’avoir le temps de prier avant son martyre2.

Ce serait donc par les femmes que le nom et

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